La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Hommage au POI

La semaine dernière j'ai entendu parler du décès tragique d'un bébé prématuré, dans la voiture de ses parents en route vers l'hôpital. 

J'ai pensé encore un bébé tué par l'Union européenne.

Ca paraît absurde mais rien d'autre que notre appartenance à l'Union européenne n'explique la vague de restrictions budgétaires qui a conduit à fermer la maternité de Figeac, où aurait pu accoucher la jeune femme.

Je m'apprêtais à oublier d'évoquer ce cas dramatique, de crainte de passer pour un forcené.

Et puis, sortant du métro, j'ai attrapé un tract du Parti Ouvrier Indépendant.

J'y lis ceci :

"Un drame, conséquence de la fermeture des maternités. [...] En 1975, en France, il y avait 1400 maternités pour 740 000 accouchements !

Aujourd'hui, il y en a moins de 600 pour plus de 800 000 accouchements par an ! [...] Voilà où conduit la soumission au pacte de stabilité de l'Union européenne. Non à la fermeture des maternités et des services dans les hôpitaux ! Abrogation de la loi Bachelot ! Rupture avec l'Union européenne, son pacte de stabilité et ses traités ! Abrogation du TSCG ! Non à la dictature de la troïka !"

Sur le site du POI, je lis ceci, en fin de l'article consacré à ce drame :

"Une fois les projecteurs des médias éteints, Marisol Touraine, ministre de la Santé, est allée défendre à l’Assemblée nationale son projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui prévoit 657 millions d’euros de restrictions supplémentaires dans les hôpitaux l’an prochain. "

On dira que le POI va bien vite en besogne, comme l'auteur de ce blog, et qu'il conviendrait de prendre en compte les résultats de l'enquête commandée par François Hollande. Mais l'enquête a été commandée à l'agence régionale de santé Midi-Pyrénées, celle-là même qui a demandé la fermeture de la maternité de Figeac en 2009. Sans surprise, l'ARS a conclu qu'il n'y avait rien à reprocher à la nouvelle cartographie médiacle.

Plus au fond, le lecteur voit là toute la différence entre un parti qui voit ce qui se passe, et le Parti de gauche, sur le site duquel le lecteur ne trouvera rien sur l'affaire de la maternité.

le-dc3a9lestage-de-lue.jpg

sur le site du POI

Comme si, tout contents de leur vision planétaire, qui leur fait accroire qu'une formule magique permettra de rendre l'euro "de gauche" et l'Union européenne solidaire, les gens du PG ne se souciaient plus du quotidien de la population.

De fait, ils ont bien dû se rendre compte de la légèreté extraordinaire de leur position, puisque je lis chez Fred que Mélenchon, sur son blog, appelle à considérer le POI car "De nombreux camarades ont été impressionnés par la force des cortèges du POI dans la manifestation du 30 septembre."

Il faut dire que le POI n'a pas l'air de vouloir conserver l'euro (même si le site de ce parti n'appelle pas explicitement à en sortir, il m'apparaît bien plus clair dans son rejet des institutions européennes.)

Et Mélenchon donne, dans le même billet, ce que je crois être la clé de sa politique navrante. Sa tâche, selon lui, est de "préparer sérieusement l’alternative gouvernementale que nous voulons incarner". Il table sur une aggravation de la situation qui conduirait Hollande à devoir l'appeler à Matignon. Et il sait fort bien que Hollande ne pourrait pas appeler un parti qui se serait donné comme ligne d'en finir avec l'euro, étape la plus marquante et la plus importante d'une rupture avec l'Union européenne et d'un retour à la démocratie - le nom de la souveraineté quand elle est collectivement exercée (on pourrait d'ailleurs écrire que démocratie est le pluriel de souveraineté).

La stratégie de Mélenchon est donc assez bassement politicienne et découlant d'un raisonnement purement tactique. Une vraie stratégie de gauche exige de prendre en compte un élément de réalité : ce n'est pas à terme humainement prévisible que l'on peut imaginer une politique de gauche dans l'euro et dans l'Union européenne. Le gouvernement Hollande en donne la démonstration quotidienne, et même l'ajout de Mélenchon qui viendrait jouer le Monsieur plus à Matignon ne changerait rien au problème.




 


 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

edgar 07/11/2012 10:05


Pablito : je prépare une réponse sous forme de court billet. ce soir ou demain !

Pablito Waal 06/11/2012 23:22


Bonjour Edgar et les autres commentateurs,


comme Tythan, je suis mal à l'aise vis-à-vis de cet article. Déjà, rappelons-nous que la malheureuse mère a dit elle même qu'elle n'accusait personne, qu'elle et son mari pensaient être partis à
temps pour la maternité (http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/23/accouchement-sur-l-a20-pour-la-mere-il-n-y-avait-aucune-solution_1779891_3224.html). Mais aussi parce que l'article
reprend certains poncifs trop répandus à gauche:


- pour de meilleurs résultats sanitaires, il faut toujours dépenser plus, avoir plus d'hôpitaux, plus de lits, plus d'établissements sanitaires dont des maternités, etc...


- il n'y a pas à s'inquiéter du niveau actuel des dépenses publiques, sauf si on est un ultralibéral ou un européïste (ce qui revient au même);


- il n'y a pas à choisir entre un risque sanitaire et des économies.


Or non, les pays où on meurt le moins jeune et dans les moins mauvaises conditions ne sont pas forcément ceux où on dépense le plus. Tythan a raison de rappeler que trop d'établissements
dispersés signifie une hausse des risques d'accidents médicaux (une étude américaine sur les blocs opératoires a donné les mêmes résultats).


Ensuite, il y a bien un niveau très élevé de dépenses publiques (56% du PIB en France) qu'on ne peut laisser tel quel. Les suédois en ont fait l'expérience au début des années 1990 : il y a des
niveaux de dépenses au-delà desquels on n'a plus de croissance ni de progression de l'emploi (donc plus de croissance en valeur absolue des budgets sociaux, proportionnels au PIB). Cela veut dire
que même sans l'UE, il faut que les politiques, dans certains cas, envisagent la limitation des dépenses. A titre personnel, ce n'est pas l'austérité qui me choque, mais son imposition à un
niveau européen. Après tout, les britanniques font eux aussi de l'austérité, et vu l'ampleur de leurs déficits, ce n'est pas entièrement dû au fait que Cameron est tory...


En dernier lieu, rappelons-nous une chose : un gaspillage crée toujours un manque ailleurs. Le temps et les efforts gâchés représenteront toujours une ressource de moins à l'avenir, ou dans le
présent, même si on ne raisonne pas dans un cadre de ressources fixes. L'argent que l'on dépense pour maintenir un établissement rural à faible activité, c'est de l'argent que l'on ne dépense pas
pour de la recherche médicale ou diminuer les infections nosocomiales dans un autre établissement. Vu que personne ne peut prétendre que l'on peut augmenter indéfiniment la part des dépenses de
santé dans le PIB, il faut bien faire des choix un jour, dont aucun n'est sans risque.

edgar 06/11/2012 13:57


Tythan : de mémoire, Sapir estime à 400 milliards le déficit cumulé de rentrées budgétaires du fait de l'euro. ca en fait des maternités.


celle de figeac a été fermée en 2009 parce que réalisant 260 accouchements/an (le seuil est à 300). je pense que hors UE nous n'aurions pas eu à faire ce choix d'économies.


On s'habitue à chercher les petites choses dans les grandes (dieu git dans les détails), mais il faut aussi faire l'exercice de voir les grandes dans les petites. C'est bien l'effort systématique
de réduction des dépenses publiques imposé par le TCE/TSCG/lisbonne/pacte de stabilité etc. qui conduit à une baisse systématique de la qualité des prestations publiques. 

Jaures 06/11/2012 12:10


Pour le commentaire ci-dessus. C'est avec un certain malaise que je l'ai lu. En effet, une maternité pas assez "rentable" est certainement plus dangereuse que les aires d'auto-route si je
comprends bien. Ensuite pour ce qu'est de l'UE, il est certe des gouvernements plus zélés que d'autres dans l'application des directives qui, elles, sont claires et précises quand aux "déficits"
publics. L'UE sanctionne et de façon encore plus automatique et anti-démocratique dès l'application du TSCG qui a commencé avec le budget 2013. On peut essayer d'épargner l'UE ou essayer de
blamer les gouvernements qui de toute manière n'hésiteront pas à rappeler leurs engagements européens et leur reponsabilité. Donc oui, l'UE est reponsable comme les gouvernements successifs
depuis plus de 30 ans de la désertification médicale et la destruction des services publics et des institutions collectivistes (retraites, sécu...).


L'UE n'est qu'une institution anti-démocratique qui vise à libéraliser l'économie des pays membres en convergence avec les règles de l'OMC, FMI, etc. Elle a été créée pour cela et toute la
propagande autour de ce qu'elle n'est pas, instrument de paix et de progrès, s'écroule de jour en jour au fur est à mesure que ses traités meurtriers sont renouvelés et appliqués (Grèce,
Portugal, Espagne....).


À bon entendeur...

Tythan 05/11/2012 17:15


C'est avec un certain malaise que j'ai lu l'article que vous avez consacré à ce drame qui a fait les gros titres de l'actualité.


Ce qui me choque, c'est que vous écrivez ne pas voir d'autres raisons que l'Union Européenne à la fermeture de la maternité de Figeac. Et là, je suis désolé, mais je trouve la ficelle bien
grosse... Non, l'UE n'est pas seule responsable de cet état de fait. Certes, l'UE est souvent perçue par ses critiques (et j'en suis) comme destructrices des services publics, mais de
là à faire le raccourci que vous faites...


 


En réalité, comme souvent, la pression de l'Union Européenne est bien souvent avancée comme argument par les tenants du moins-disant social et les partisans de l'abaissement de l'Etat alors
qu'en réalité cette pression est bien plus supposée que réélle...


 


Certes, on peut disserter à l'infini sur la responsabilité de l'UE quant à l'abaissement des barrières douanières et la logique du moins disant social. Mais voir dans la seule la cause unique de
la fermeture de la maternité de Figeac me paraît tout à fait hasardeux. Même si la France n'appartenait pas à l'UE ou même si la France était un pays protectionniste, il y aurait des raisons
tendant à la fermeture de la maternité de Figeac.


 


Ainsi, il est un fait reconnu que les maternités ayant un nombre trop faibles d'accouchement par an sont plus dangereuses que les autres, ce qui peut s'expliquer tout à fait rationnellement
(en premier lieu en raison de l'expérience, mais aussi des investissements lourds possibles seulement en raison d'économies d'échelles). Je ne connais pas la situation de Figeac, mais je suis
prêt à parier que cette maternité était dans ce cas.


 


Dernier point, au delà de la situation tragique de cette femme: il y aura toujours, même si l'hôpital ne se trouve qu'à quelques kilomètres du lieu de résidence, un risque.

fd 03/11/2012 18:36


Hommag à Aurore Martin