La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Hommage ambigu aux langues régionales

panneaux.jpg

"A Nice, la principale artère commerçante a été récemment rebaptisée, et l'on peut lire sur la plaque : "Avengueda Jouan Medecin. Consou de Nissa 1928-1965". C'est, dans le contexte français, une initiative politiquement correcte que de rappeler aux passants que les gens du cru parlaient autrefois un patois provençal proche de l'italien et d'évoquer, au nom de l'identité de la ville, cette langue. Mais Jean Médecin, maire de Nice entre 1928 et 1965, ne s'intéressait pas particulièrement aux coutumes ou dialectes locaux, n'utilisait pas la forme niçoise de son nom ou de son titre. il était français et francophone, comme la plupart de ses administrés. C'est un exemple entre mille où un faux passé est substitué au passé réel pour des raisons motivées par le présent ; dans notre cas, l'historien peut au moins aider à remettre  la mémoire d'aplomb."

 Tony Judt, Retour sur le XXème siècle

 

Les défenseurs actifs des langues régionales sont pour moi un mystère. Quiconque souhaite apprendre le latin peut acheter un Gaffiot et se lancer (et a d'ailleurs intérêt à le faire parce c'est de moins en moins dans l'enseignement public qu'on l'enseignera). On imagine mal des manifestations régulières de latinistes, ou la lecture des voeux du président du parti de la nation latine.

Dans un monde déboussolé, ces phénomènes sont sans doute à rattacher à un besoin de commémoration également évoqué par Judt : "Actuellement, il se produit un phénomène nouveau. Nous commémorons bien plus de choses, nous ne sommes pas toujours d'accord sur ce qui doit être commémoré et de quelle manière, et alors que jusqu'à récemment (du moins en Europe), un musée, une plaque commémorative ou un monument étaient censés nous rappeler ce que nous savions déjà ou pensions savoir, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ils sont là pour évoquer ce que nous ne savons sans doute pas, ce que nous avons oublié ou ce que nous n'avons jamais appris. Nous vivons dans une peur croissante d'oublier le passé, de le voir s'égarer dans le bric-à-brac du présent. Nous commémorons un monde que nous avons perdu, parfois même avant de l'avoir perdu."

J'ai du mal à me départir, en vilain jacobin, d'une certaine ironie à l'égard des langues régionales. Peut-être ces manifestants nous font-ils reproche - à nous autres français plus soucieux de savoir le français et d'autres langues vivantes que le breton, l'occitan ou le basque - de ne pas avoir su offrir à ces langues un monument, une place dans notre mémoire, d'avoir voulu les refouler. Peut-être qu'un musée des langues de France aurait plus de sens qu'un musée de l'histoire de France.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

Gérard Couvert 05/02/2011 17:12



Les "langues régionales" en France sont essentiellement des réinventions du XIXeme. , et le fait de mouvements politico-sociaux nettement à droite, généralement coupés des populations (cf. les
breto-nazi), particulièrement de la part active.


Les légendes ont la bvie dures mais la république ne jouait pas "contre" les langues locales (plus ou moins) mais pour le progrés et l'émancipation par l'usage d'un moyen puissant d'ouvertur au
monde : le français.


Aprés tout les instituteurs publics étaient aussi Catalans ou Savoyards, et sans doute plus avertis que d'autres de la vérité des langues locales. Par exemple le Basque compte plus de 80 % de
vocabulaire d'origine latine.


Les revendicactions actuelles ont un relent de racisme à peine dissimulé, sans parler des impérialisme moyenageux genre anti-gallo.


Mais si l'on observe bien les origines intellectuelles du régionalisme on comprend mieux la proximité des gauchistes avec les mouvements indépendantistes.


 



internaciulo 03/02/2011 02:03




Comme sous-entendu plus haut, l'important est pour moi l'idée d'une langue auxiliaire internationale et si une "meilleure" que l'espéranto commençait à percer, je l'apprendrais sur le champ.
Reste qu'aujourd'hui sur 100.000 personnes qui pratiquent réellement une langue internationale n'appartenant à aucune nation, 99.996 pratiquent l'espéranto, deux
l'interlingua, une l'ido et une l'un des autres projets et que par ses associations, ses congrès, ses sites internets (lernu.net, wikipedia, ...) , sa littérature, sa musique, ... l'espéranto est
la seule qui soit une langue vivante aujourd'hui. 




p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 10.0px Verdana}
span.s1 {font: 12.0px 'Times New Roman'; color: #033704}

Zebulon Whateley 02/02/2011 23:54



"Le globish (unification et simplification des divers dialectes anglophones) gagne du terrain


2500 langues sont menacées de disparition.


http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/02/atlas-des-langues-en-danger-dans-le-monde_1474011_3260.html"


 


Evidemment, vous ne nous dites rien de nouveau: les langues vivent et meurent, de la même façon que les êtres vivants et les cellules qui les composent. Les langues sont des entités organiques.
Le problème est que, comme beaucoup d'autres, vous parlez des langues qui meurent mais pas vous oubliez les langues qui naissent.


 


http://humanities.uchicago.edu/faculty/mufwene/publications/languageBirthAndDeath.pdf


 


"des structures innécessairement compliquées, sources de vocabulaire souvent obscures...


comme quoi par exemple ?"


 


Orthographe irrégulière, système d'affixes absurde et excéssif, emprunts basés sur l'orthographe et non pas sur la prononciation (que Zamenhof ignorait sans doute) et donc irreconnaissables à
l'oral, inflexions innécessaires, obligation de concorder le cas et le nombre entre le nom et l'adjéctif (compliqué, pas nécessaire), usage de symboles obscurs et peu utilisés en dehors de
l'Europe de l'Est...) phonèmes quasi-entièrement empruntés au Polonais... et j'en passe.


 


""euro-centrisme"


1) Pas tant que ça, voir cet article : 


http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/langueoccidentale.htm 


2) les japonais, chinois, coréens, … avec qui je parle régulièrement sur Skype m'ont dit que de toute façon ils désirent apprendre des langues européennes. Apprendre l'espéranto est pour eux
certes un plus grand effort que pour nous, mais a une inestimable valeur propédeutique pour l'apprentissage ultérieur d'autres langues."


L'article de Piron fait très peu pour mitiger le fait que l'espéranto, avec son vocabulaire souvent emprunté mal à propos d'autres langues, n'aide pas à l'apprentissage par un sujet venant
d'Afrique ou d'Asie; par ailleurs, de nombreuses formules de l'espéranto n'aident qu'une très petite portion de la population sur des sujets très importants (une infime partie du monde occidental
fait le pluriel en -i, notamment les langues slaves et l'italien, tandis que la grande majorité des langues occidentales, dont les deux plus parlées, l'anglais et l'espagnol, font le pluriel en
-s... par éxemple). Une langue auxiliaire bien construite devrait être, évidemment, aussi facile à apprendre pour un polonais que pour un coréen.


 


"c'est mon métier: la traduction


 





Ah, tout s'explique, vous faites partie des parasites qui ont intérêt au status-quo. Un  peu comme ces lettrés du moyen-âge qui savaient calculer en numérotation romaine et qui ont
réussi à bloquer pendant cinq siècles la numérotation arabe


 http://paroleatous.blog.lemonde.fr/parole_a_tous/2004/12/combien_font_cc.html 





 


Ceci dit, ce n'est pas Claude Piron qui vous jettera la pierre, il était lui-même traducteur (à l'ONU et l'OMS)"


 


Ohoho, c'est drôle, l'ad hominem, je rigole.



internaciulo (aka jmfayard) 02/02/2011 23:26




En vrac : 


 


[défauts en tant que] tant que concept (pourquoi les langues ont-elles tendance à se multiplier, à se diviser et se diversifier, plutot qu'a s'unifier et se simplifier?). 


 


Le globish (unification et simplification des divers dialectes anglophones) gagne du terrain


 


2500 langues sont menacées de disparition.


http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/02/atlas-des-langues-en-danger-dans-le-monde_1474011_3260.html


 


des structures innécessairement compliquées, sources de vocabulaire souvent obscures...


comme quoi par exemple ?


 


"euro-centrisme"


1) Pas tant que ça, voir cet article : 


http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/langueoccidentale.htm 


2) les japonais, chinois, coréens, … avec qui je parle régulièrement sur Skype m'ont dit que de toute façon ils désirent apprendre des langues européennes. Apprendre l'espéranto est pour eux
certes un plus grand effort que pour nous, mais a une inestimable valeur propédeutique pour l'apprentissage ultérieur d'autres langues.


 


c'est mon métier: la traduction


 





Ah, tout s'explique, vous faites partie des parasites qui ont intérêt au status-quo. Un  peu comme ces lettrés du moyen-âge qui savaient calculer en numérotation romaine et qui ont réussi à
bloquer pendant cinq siècles la numérotation arabe


 http://paroleatous.blog.lemonde.fr/parole_a_tous/2004/12/combien_font_cc.html 





 


Ceci dit, ce n'est pas Claude Piron qui vous jettera la pierre, il était lui-même traducteur (à l'ONU et l'OMS)




p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; line-height: 18.0px; font: 14.0px 'Trebuchet MS'; color: #5a554f}
p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; line-height: 18.0px; font: 14.0px 'Trebuchet MS'; color: #5a554f; min-height: 16.0px}
p.p3 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; line-height: 18.0px; font: 12.0px Helvetica; min-height: 14.0px}
p.p4 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; line-height: 18.0px; font: 12.0px Helvetica}
p.p5 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px Helvetica}
p.p6 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; font: 12.0px Helvetica; min-height: 14.0px}

Zebulon Whateley 02/02/2011 22:35



Il est tout de même amusant que vous décriviez ce pamphlet pro-espéranto comme "ce qui se fait sur le terrain". Ce qui se fait sur le terrain, c'est mon métier: la traduction. M. Piron s'amuse à
défendre la création de M. Zamenhof tout en décriant une sorte de névrose collective qui expliquerait son manque de succès. Dès que M. Piron refuse tout effort d'introspection, et refuse (comme
la plupart des gens pro-espéranto) d'étudier les défauts de l'ésperanto, autant en tant que langue (qui a, encore et toujours, de nombreux problèmes, notamment l'euro-centrisme, des structures
innécessairement compliquées, sources de vocabulaire souvent obscures...), que en tant que concept (pourquoi les langues ont-elles tendance à se multiplier, à se diviser et se diversifier, plutot
qu'a s'unifier et se simplifier?). La réalité nous montre que les langues naissent et se développent de manière spontanée et en répondant aux besoins et à la réalité des sujets qui les parlent;
ainsi, tant que la réalité ne cessera jamais d'évoluer, il sera toujours impossible de contrôler le développement de la langue. Je pense notamment à l'Académie française et à la Real Academia,
deux organismes inutiles et ridicules qui tentent, en vain, de contrôler le développement des langues.


La réalité aura toujours raison de la politique.



internaciulo (aka jmfayard) 02/02/2011 21:21



@Zébulon


Pire que les utopistes, il y a ceux qui se contentent de réfléchir sur la base de préjugés au lieu d'aller voir ce qui se fait sur le terrain.


http://claudepiron.free.fr/livres/defilanguesbonsens.htm



Zebulon Whateley 02/02/2011 20:11



Malheureusement pour les "européistes mondialistes tendance anationaliste", les langues ne sont pas exclues de la loi de l'entropie universelle -- le jour oú ils verraient une langue unique
imposée, celle-ci se décomposerait dans des centaines de dialectes qui ne tarderaient pas à ne plus être mutuellement intelligibles. Car les langues sont des êtres vivants -- elles ne cessent de
vivre, d'évoluer, de changer, de se diviser -- ce qui est, sans doute, fâcheux pour des gens tellement obsédés par la création de modèles utopiques qui ne tiennent pas en compte la réalité.



internaciulo (aka jmfayard) 02/02/2011 19:11



@commentateur précédent


En tant qu'européiste (pire, mondialiste même) tendance anationaliste, je trouve en effet que la disparition des langues nationales serait une bonne chose - mais au profit non pas de l'anglais
comme ca se fait aujourd'hui - stade suprême de l'impérialisme linguistique - mais d'une langue auxiliaire neutre comme l'espéranto (si c'est l'ido ou l'interlingua ça me va aussi :)


Pour respecter le passé, on pourrait faire un musée des langues nationales comme le propose Edgar.



Ovide 02/02/2011 14:30



Dans le contexte actuel cependant, il y a une certaine incohérence à ne pas considérer les langues régionales et à continuer de faire comme si elles n'existaient pas ou n'était que des relicats
d'un passé révolu : parce que c'est exactement ce que les européistes souhaitent faire avec les langues "vivantes" d'aujourd'hui comme le français, l'allemand ou, mieux, le polonais, le roumain,
le romanche, l'italien, le danois, le suédois, le norvégien, le suomi...


Bref, tous ces dialectes qui contribuent à mettre des barrières à l'unification du marché européen, qui fond que les gens pensent différemment, ont des approches différentes de la vie, et ne
souhaitent pas, pour la majorité, aller travailler ailleurs que dans leur pays d'origine.


Bref encore, Bolkechstein ou Luc Chatel sont sûrement de votre avis...mais avec l'anglais.


Enfin, je vous ferais remarquer que lorsque l'on parle de langues régionales et minoritaires en France, on parle aussi de langues qui ne sont pas européennes. Parmi les 72 langues régionales,
nous avons aussi les créoles ou le tahitien qui sont loin d'être des langues mortes. Les locuteurs créoles sont particulièrement dynamiques et capables de publier des dictionnaires avec des
milliers de néologismes. C'est ce qui fait de la France un pays un peu à part.


La posture jacobine est donc pour moi autant révolue que la position d'europe écologie, qui promeut les langues régionales pour mieux régionaliser l'europe, est sans avenir. Il y a une troisième
voie à inventer pour faire en sorte que ces langues, qui ne sont pas dénuer d'intérêt culturel, trouvent leur place au sein de la République. Au final, le plus grand mal que nous  puissions
leur faire, c'est de les aimer et de désarmer ainsi les tendances séparatistes et identitaires qu'elles contiennent.