La lettre volée

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François Hollande enterre la France, et la politique, en 20 propositions

La politique c'est l'art de gérer les affaires humaines au sein d'une collectivité. Dans une collectivité souveraine, il y a peu de domaines que l'on s'interdit d'aborder. S'il est louable que des notions comme la déclaration des droits de l'Homme ou la Constitution s'imposent au législateur, cela laisse, dans la plupart des cas, de nombreux champs de décision.

 

  Dans la France d'autrefois, avant le grand choc européen, le président de la République pouvait battre monnaie - faire financer les déficits publics en émettant de la monnaie, lever des taxes sur les produits importés, faire varier son taux de change ou décider d'une parité fixe. Toutes décisions réversibles en fonction des nécessités du moment et des opportunités.

 

Aujourd'hui, le président de la République peut expulser quelques camps de roms sous les yeux des caméras, mais guère plus. L'essentiel de sa politique lui est dicté par Bruxelles, qui applique des textes gravés dans le marbre d'un système dément.

 

François Hollande, qui se prépare pour être président de la République - peut-être n'en a-t-il pas la capacité, en tout cas il en a l'ambition - vient de publier ses 20 propositions pour la France.

 

On y lit nettement la soumission du personnage à cette vaste fumisterie européenne, tant il se glisse dans la peau d'un président potiche :

 

Première proposition : "Création du contrat de génération incitant les entreprises à embaucher des jeunes et à les faire former par des seniors".

C'est fort louable d'instituer une sorte de tutorat, on voit mal cependant en quoi c'est à la hauteur des enjeux du moment. Sans doute faut-il considérer que, prises ensemble, ces 20 propositions vont changer la donne.

 

Poursuivons donc :

 

Proposition n°2 : "Créer 400 000 places d’accueil pour la petite enfance". Sans aucune ironie, c'est une excellente idée. J'avais déjà relevé que Dominique Meda, dans son ouvrage sur le modèle social français, souhaitait un service de crèches gratuit pour les enfants de 0 à 3 ans. Hollande est déjà en recul, il ne parle ni de gratuité, ni même de service public. Il a déjà intégré que la Commission européenne s'opposerait, dans l'heure, à un service public et gratuit.

 

Proposition n°3 :  "Renforcer la sécurité à l’école". On ne peut qu'être impressionné par un engagement aussi hardi. Il s'agit sans doute de pouvoir, plus tard, intégrer l'idée Ségolienne de faire entrer l'armée dans les écoles.

 

Proposition n°4 : "Améliorer les aides au logement pour les jeunes en augmentant le forfait charges retenu pour le calcul de ces aides". Je suis sûr que pour quelqu'un qui sait de quoi il s'agit, c'est une proposition intéressante et digne d'un Président de la République.

 

Proposition n°5 : "Mise en place d’un système d’allocations ou de prêts publics permettant aux étudiants de financer leurs études". Là je dis bravo ! On pourrait appeler ça des bourses d'études.

 

Proposition n°6 : "Attribuer à chaque salarié une « dotation éducation » dont le crédit serait d’autant plus important que la formation initiale a été courte". Ca c'est bien. Cela permettrait de tenir compte de l'injustice qu'il y a à ce que des jeunes bons élèves soient  obligés d'interrompre leurs études faute de financement parental.

 

Proposition n°7 : "Revenir sur la loi Hadopi et redonner la liberté aux internautes, tout en préservant les droits des auteurs." Comme ça tout le monde est content. Yapluka !

 

Proposition n°8 : "Créer un impôt citoyen en fusionnant l’impôt sur le revenu, la CSG et la prime pour l’emploi et en taxant de la même manière tous les revenus, ceux du capital comme ceux du travail". Bien vu. C'est une façon de ponctionner plus les revenus du capital, qui ont trop grossi depuis longtemps. C'est sans doute la proposition la plus importante de l'ensemble.

 

Proposition n°9 : "Réformer la fiscalité du patrimoine en faisant de l’ISF un acompte sur les droits de succession". Ca c'est invraisemblable de saloperie. Cela revient à supprimer l'ISF sans le dire, ou à abaisser fortement les droits de succession, au choix. En aucun cas cela ne peut passer pour une mesure de gauche, c'est juste une façon sans doute, pour notre expert comptable, de faire passer la pilule de la proposition précédente.

 

Proposition n°10 : "Chaque niveau de collectivité doit disposer d’un ou plusieurs impôts dont il aura la maîtrise". Waou. Quelle audace ! Il s'agit là sans doute de se rallier les grands féodaux du PS. L'impact direct sur les citoyens est minime.

 

Proposition n°11 : "Une réforme des retraites nécessaire mais qui soit juste et permette à ceux qui ont suffisamment cotisé pour avoir droit à une retraite à taux plein de partir à 60 ans. Pour les personnes ayant eu une carrière interrompue, calculer la pension sur la base des 100 meilleurs trimestres et non des 25 meilleures années". Palme d'or du "je prends le lecteur pour un imbécile". Il s'agit d'écrire "60 ans" dans la proposition, pour  faire croire qu'on y tient alors qu'on ne s'engage pas sur ça. Mériterait une exclusion du candidat Hollande pour foutage de gueule.

 

Proposition n°12 : "Préparer de nouveaux états généraux de la santé". Sic.

 

Proposition n°13 : "Réformer le crédit d’impôt recherche afin que l’effort budgétaire bénéfice aussi à la recherche universitaire". Puissant. Mériterait au mieux de figurer dans un amendement de loi de finance.

 

Proposition n°14 : "Inciter fiscalement les entreprises à réinvestir leurs bénéfices". Effet incertain, dépendant fortement de la hauteur de l'incitation.

 

Proposition n°15 : "Réformer le contrôle des banques afin qu’elles ne prennent plus de risques susceptibles de mettre en péril, leur activité de crédit". Toute la planète a le même programme en ce moment. Hollande garde sans doute la solution en réserve pour l'annoncer dans l'entre-deux-tours...

 

Proposition n°16 : "Instaurer une contribution carbone sur les entreprises". Ca tombe bien, toutes ces entreprises qui investissent trop, il est temps de les refroidir.

 

Proposition n°17 : "Lancer un plan de transition énergétique de 50 milliards d’euros sur dix ans". Pas mal. Il serait cependant intéressant de savoir vers quoi on se dirige, vers quoi on transite : solaire, éolien, vélo ?

 

Proposition n°18 : "Retirer nos troupes d’Afghanistan d’ici à 2014". Deuxième foutage de gueule extraordinaire. Je rappelle qu'Obama a promis de retirer ses troupes en 2011...

 

 Proposition n°19 : "Passer d’une politique d’aide au développement à une politique de développement partagé". C'est dur d'arriver à 20 propositions, du coup on a demandé au stagiaire qui traînait par là de sortir un truc. Personne ne sera fâché par cette proposition et le stagiaire a le sentiment d'écrire l'histoire de France. C'est du win-win.

 

Proposition n°20 : "Engager des discussions avec l’Allemagne afin de fusionner les forces conventionnelles terrestres de nos deux pays". C'est une proposition symbolique, certes, qui ravira tous les cavaliers français qui ont toujours rêvé de conduire un panzer. Elle montre surtout qu'au fond l'Europe, pour les français, c'est la volonté de ne plus jamais être en guerre contre l'Allemagne. C'est parfaitement normal et sain. Sauf qu'il est dangereux et démagogique de croire que parce qu'on souhaite, il faut. Et qui commandera ces troupes sinon Bruxelles ?

 

 *

 

 En conclusion, Hollande s'est glissé dans la peau du parfait Président de la république euro-compatible. Les Etats-Unis réfléchissent à une taxation des produits chinois pour répliquer à la dévaluation du yuan (cf. Paul Krugman). Hollande sait et a intégré que cela regarde Bruxelles et s'interdit d'avancer une idée à ce sujet. Tout est à l'avenant : rien sur l'euro ni sur la BCE, rien sur l'Europe en général. Et des propositions qui mériteraient une interdiction d'exercer un mandat politique tant elles attentent à l'intelligence de l'électeur. Plus une proposition n°9 qui aurait pu figurer dans le programme de Sarko. L'UMP se fera sans doute un plaisir de la reprendre telle quelle en expliquant qu'il s'agit d'une mesure d'ouverture !

On se demande si en réalité, avec ses propositions, Hollande ne tente pas juste de préempter Matignon, voire Bercy, tant c'est indigent et technicien comme approche.

 

Mais non. En fait il faut juste parvenir à ce degré de renoncement à toute ambition pour faire un bon candidat compatible avec les "avancées" européennes.

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Marcus 04/10/2010 23:08



La campagne n'a pas encore commencée et cette élection s'annonce déjà mortifère.



Joe Liqueur 03/10/2010 12:12



Des crèches gratuites ?! Et pourquoi pas des goulags tant qu'vous y êtes ? Mais il est fou lui…
Bon, sérieusement, vous avez totalement raison Edgar, il vaut mieux en rire. Hollande est entré dans la quatrième dimension (ou la cinquième, je sais plus). Il a largement dépassé le stade du
foutage de gueule, il est entré dans le domaine de la pure jouissance clownesque. Ce qui donne des trucs du style "je n'aime pas les riches".
@ fd
Complètement d’accord avec votre commentaire ; mais à propos de l’œuf et de la poule… je pense quand même que l’UE est bien la poule. D'ailleurs Sarko le dit lui-même (c'est fou ce qu'il est décomplexé ce type).



BCM 02/10/2010 12:51



Bonjour,


Très bonne analyse que je partage totalement. Le drame que nous vivons vient du fait qu'il n'y a aucun politicien d'envergure pour faire face aux problèmes actuels. Hollande n'est clairement pas
au niveau.



gilles 02/10/2010 09:42



Bonjour, c'est vraiment une conception molle et docile de la politique que nous propose François Hollande. J'ai toujours d'ailleurs pensé que François Hollande était
un des ventres mous de la politique française. Fin de l'expression de mes rancunes personnelles. Je suis d'accord avec l'analyse développée par Edgar, celle de la dégradation des entités
nationales dans leur « construction » européenne dont nous voyons les effets dans notre pays la France. Il n'y a que nous les Français qui pouvons enclencher la renaissance de notre pays,
attendre cette renaissance d'ailleurs est illusoire. Je partage un peu le réalisme et le pessimisme de Frédéric, cela risque d'être dur, éreintant physiquement, pour les raisons qu'il a évoqué,
mais je crois que c'est possible. À mon avis, jouer sur la seule grandeur de la France comme seul argument pour la sortie de l'UE est nécessaire, mais pas suffisant. Tout le monde n'est pas un
héros. Beaucoup de gens sont entrés dans la résistance par la conjonction à la fois que les Allemands leur rendaient la vie impossible et par le sentiment de l'honneur de France bafouée.


 


Pour réussir :


 


 


1 ] démontrer sans relâche les effets délétères de la « construction » européenne sur l'emploi, le logement, la vie quotidienne des gens ( ça peut être facile, il y
a de la matière, merci edgar pour tes contributions en la matière)* 


 


 


et 


 


 


2] prouver que nous pouvons renaître avec fierté tout en assurant une vie meilleure aux gens ( il faut contre-argumenter aux objections : « Est-ce possible
maintenant de sortir de l'UE ? » et « Est-ce qu'on va pas se foutre dans la merde en sortant  ? » « De toutes façons, c'est foutu, avec la mondialisation, on peut rien faire. » « Les
élections sont des pièges à cons. Tous les médias influencent sans relâche dans le sens dominant. ») (Nettement plus dur )


 


et 


 


3] tout ceci en sortant du cadre des déjà convaincus pour aller vers d'autres personnes à convaincre


 


 


 


 


 


* Par exemple, j'ai rédigé un tract, visible ici, en tant que responsable d'un groupement de locataires de la Confédération Nationale du Logement (CNL) sur les nouveaux compteurs électriques imposés par Bruxelles, cela
a eu de l'effet, en conjonction de la résolution de problèmes de voisinage pour une personne, et avec l'aide d'un autre militant de la CNL, j'ai obtenu l'adhésion de la personne concernée à la
C.N.L. 



Denis Griesmar 02/10/2010 08:53



Nous (Avenir de la Langue Française, Société Française des Traducteurs) avions écrit à François Hollande pour lui demander ce qu'il pensait du Protocole de Londres, éliminant le français dans les
brevets d'invention, et donnant valeur juridique à l'anglais en France. La réponse de l'intéressé, en quelques lignes, était un chef d'oeuvre millimétré de non engagement sur quoi que ce soit ...
Ah ! Quel courage ! ...


Autre souvenir : Porto Alegre, Forum Social Mondial II, 2002 : François Hollande débarque, tout de noir vête comme un bobo parisien, pour se faire voir pendant 24 heures ... Ridicule ...



fd 02/10/2010 03:45



Bravo pour ce brillant article. J'approuve complètement. Ca me fait penser à un documentaire que je voyais dimanche à la TV sur François Fillon, le "gaulliste social séguiniste" devenu
sarkozyste. Comme tu le soulignes, l'Union européenne a produit une classe politique française qui n'est plus composée que de lâches, d'opportunistes, de types sans cerveau et sans colonne
vertébrale qui se contentent de "coups" pour booster leur carrière en se foutant complètement de la gueule des électeurs. Une fois de plus on peut se demander si l'origine est la poule ou l'oeuf,
si c'est l'Union européenne qui ainsi délavé la politique française, ou si c'est la grande faillite et démission morale des politiciens français (depuis les années Giscard-Mitterrand) qui a
ouvert un boulevard à la technocratie européenne. Le résultat est là en tout cas : une classe politique atone, un électorat bobo qui de toute façon ne réfléchit plus guère, occupe ses journées à
rire des lapsus de Rachida Dati, et ira voter Sarko-Aubry-Joly "parce qu'en France on a la chance d'avoir le droit de vote et de ne pas lapider les femmes" et une classe populaire qui ira
vers le FN ou vers l'abstention. Tuto sta bene.