La lettre volée

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Euro : Chevènement et Mélenchon ont fumé la moquette

J'avais noté les efforts de ces deux ténors de la gauche "alter" pour rester socialo-compatibles. Sur Mélenchon notamment en mai dernier, sur Chevènement  en janvier, en juillet et en août à propos de son livre.

Ca continue dans le n'importe quoi.

Fred me signale le passage suivant sur l'euro, rédigé par Mélenchon sur son blog :

"Je sais qu’il existe à gauche un certain nombre d’amis qui sont partisans de la sortie de l’Euro. Je ne leur fait pas l’injure de les confondre avec les lepénistes qui soutiennent aussi cette thèse mais dans un tout autre cadre d’analyse et de propositions.

Là c'est un mea culpa sur ses propos de juillet justement, où il assimilait pétainisme et volonté de sortir de l'euro.

 

Ces camarades ont un raisonnement construit avec une forte cohérence intellectuelle. Les circonstances peuvent d’ailleurs réaliser leur attente. Cela seul devrait faire réfléchir plus avant. Peut-on avoir pour projet une situation que la décomposition du système produit mécaniquement ?

 

Je pense que cette dernière phrase est la clé de son raisonnement : l'euro va tomber tout seul, laissons faire - paradoxal pour un supposé dirigiste. Ca équivaut à se mettre la tête dans le sable.

 

Je ne néglige pas la force de l’argument réaliste selon lequel la monnaie unique fut installée sur des bases qui travaillaient exclusivement à l’entretien et au développement d’un nouvel ordre néo-libéral spécialement destructeur en Europe. Cela ne suffit pas à me convaincre qu’il serait impossible de changer la règle du jeu tout en conservant la monnaie unique.

 

La difficulté c'est qu'on ne voit pas bien comment élu il en convaincrait l'Allemagne, ou d'autres.


Selon moi la monnaie unique est aussi la propriété de la France. Nous avons notre mot à dire sur la façon de la gérer. Pourquoi renoncer à cette position de force ? Il y a de nombreux avantages géopolitiques et sociaux à disposer de cette monnaie unique pour peu que son cadre d’existence soit modifié.

 

Là c'est un monument de rhétorique. C'est "aussi" la propriété de la France correspond à l'idée que l'euro nous appartient en time sharing, avec une part pas majoritaire. De là croire que nous pouvons "disposer de cette monnnaie unique" il faut un colossal acte de foi.

 

Ce n’est pas vrai que c’est soit l’euro et le libéralisme ou la fin de l’euro et enfin la possibilité d’une vraie politique de gauche. Je crois que seule une vraie politique de gauche peut à la fois sauver l’euro et nous faire sortir de la crise.

 

Peut être. Il faudrait dévaluer l'euro, transférer des budgets à Bruxelles qui feraient de l'Union le premier budget public européen, devant l'Allemagne et la France. Personne n'a envie de créer un tel outil alors qu'aucun accord n'existe sur les politiques auxquelles on pourrait l'employer.

 

A l’inverse, si l’euro venait à disparaitre je pense que notre projet de gauche et nos objectifs révolutionnaires dans l’histoire seraient plus difficiles à accomplir. Je sais bien que, pourtant, la monnaie unique pourrait s’effondrer. On ferait face, cela va de soi. On saurait quoi faire.

 

Autant le dire maintenant et en faire l'enjeu de la campagne puisqu'il est souhaitable de sortir de l'euro.

 

Mais si l’euro des libéraux disparait au moment où ce sont les libéraux qui sont chargé de gérer les conséquences de cette chute, le grand nombre paiera deux fois. La disparition d’un instrument de mesure commun éloignerait la possibilité et la faisabilité des principaux objectifs de gauche comme l’instauration d’un salaire minimum européen et l’harmonisation des normes sociales et fiscales par le haut.

 

Comme si un salaire minimum européen avait été sérieusement envisagé et comme si 60 années d'unification avaient vu un seul exemple d'harmonisation par le haut.

 

Enfin le coup porté à l’idée d’une unification politique et sociale du vieux continent serait particulièrement sévère. Faut-il rappeler que cette unification est le but permanent de la doctrine de gauche depuis ses origines ?

 

Là c'est un scoop. S'il fait allusion au discours de l'Europe blanche et chrétienne de Victor Hugo, c'est dommage.

 

Parce qu’il s’agit de la paix et du bien-être. Tout cela ne peut être oublié. Ni surtout être oublié de quel prix a été payé dans le passé l’isolement national des révolutions victorieuses enfermées dans un seul pays !"

 

Comme si l'Union européenne était un projet révolutionnaire ou que Chevènement serait de taille à rendre révolutionnaire. De Gaulle a échoué à faire de l'Union à six membres un projet démocratique, alors Jean-Luc Mélenchon avec l'Union à 27 j'ai du mal à y croire.

 

Nous en sommes donc là des réflexions, en forme de rationalisation d'un comportement d'autruche, de Mélenchon sur l'euro.

 

Pour Chevènement, c'est encore plus pitoyable. Il en est à tancer les dirigeants de l'Union européenne d'avoir mal accueilli Tim Geithner, invité par les polonais à Wroclaw. Il préconise une intervention massive de la BCE et du FESF, ce qui revient quasiment à entériner le passage à un état européen dans la pire des conditions, de façon subreptice. A croire qu'il est aveugle sur l'intérêt qu'ont les Etats-Unis à voir les européens englués dans des institutions communes ingérables.

La réponse de Chevènement est techniquement correcte à très court terme : on peut maintenir la Grèce dans l'euro - et la zone euro - sous perfusion, en injectant massivement des liquidités. Quel avantage cependant à maintenir un système qui a provoqué cette situation ?

 

A croire que l'un et l'autre se placent dans la perspective d'un troisième tour pour la présidentielle, négociant leur strapontin ministériel... En tout cas le paysage, pour ceux qui recherchent les tenants de politiques alternatives à gauche, est terriblement désertique...

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Elise 27/02/2012 19:20


Une politique alternative à gauche existe. En cherchant longtemps, j'ai fini par en dénicher une : celle du M'PEP, qui propose, comme tout parti de gauche digne de ce nom le devrait, une sortie
de l'euro. Etrangement, ce groupe a été mis au ban de la gauche par Mélenchon, dont certains des séides sont allés jusqu'à l'accuser d'afficher "des positions parallèles à celles du FN" sur
l'euro. On notera le terrorisme intellectuel du FDG... A mon grand dam et à la grande joie de l'Huma, le M'PEP a dû faire amende honorable (ou son autocritique) et appeler à voter Mélenchon. Donc
Hollande.


Les contorsions intellectuelles de Mélenchon (et à sa remorque, de toute la "gauche de la gauche") sur l'euro ne visent, cela n'aura échappé à personne, qu'à garder une ligne assez proche du PS
pour lui transmettre le témoin sans heurts. Peu d'électeurs de Mélenchon s'y trompent, d'ailleurs.En ce moment, ils jouent les révolutionnaires, les redresseurs de torts, les Molotov, ils se
rêvent en bolchéviques assoiffés du sang des puissants, ils vocifèrent leurs slogans (la prochaine fois que je lis "résistance" ou "indignés", je hurle, au fait) et le jour venu, ces panurges
iront bien gentiment déposer un bulletin Hollande dans l'urne, en échangeant des rationalisations sur "la nécessité de faire barrage au F'Haine" (sic) dont Mélenchon, habile rabatteur, invoque la
menace quotidiennement. Dame, il s'agit de les encadrer idéologiquement, de façon à ne pas leur laisser d'autre choix qu'Hollande. Ils y sont déjà résignés.


On les prend pour des imbéciles et ils le savent, qu'à cela ne tienne : ils voteront Mélenchon au premier tour quand même... s'ils font gagner Hollande et la clique des financiers européistes
néolibéraux, au moins auront-ils la satisfaction d'avoir rapporté un maroquin à celui qui leur aura permis de rêver, l'espace de quelques mois.

Sans moi.

 

Descartes 25/09/2011 00:42



@edgar


Je t'accorde que la ligne suivie par Chèvenement a perdu beaucoup de sa légibilité. Le problème est que JPC - à tort ou à raison - ne voit aucun avenir politique dans une opposition frontale avec
le PS, alors que ses idées sont devenues au fil du temps totalement incompatibles avec la ligne de ce parti. Du coup ça crée une ambiguité permanente qui rend son positionnement difficile à
suivre.


Cependant, il reste l'un des rares hommes politiques en qui, au délà des discours, on puisse faire confiance pour gouverner en fonction d'un projet, et non des sondages.



edgar 23/09/2011 16:12



descartes : ça fait un moment que je pense que chevènement, à force de louvoyer entre ses convictions profondes et ce qu'il croit que les électeurs sont prêts à accepter s'est perdu. mais c'est
le cas de nombreux politiques qui restent entre deux eaux.



Descartes 23/09/2011 12:38



Mélenchon, on connaît sa position, et on peut difficilement lui reprocher d'en avoir changé: maastrichien il était, maastrichien il reste.


Mais j'avoue avoir beacoup de mal à comprendre quelle mouche a piqué Chèvenement. A moins d'attribuer sa réaction à un calcul politique - je n'ai pas dit politicien - qui sacrifie une priorité
jugée mineure (l'Euro) à la priorité jugée majeure (la relance). Car le conflit entre Geitner et les européens portait surtout sur cette question: relance par monétisation de la dette de l'autre
côté de l'Atlantique, austérité per secula seculorum de ce côté-ci...


Quoi qu'il en soit, je pense qu'il a tort. Au point où nous en sommes, un véritable homme d'Etat devrait commencer à proposer une mécanique pour nous permettre de sortir à un coût raisonnable de
l'Euro si cela devenait nécessaire. Si l'on n'est pas capable de proposer une alternative faisable, on seratoujours esclave des évenements.



Trubli 20/09/2011 10:50



 


Pour le cas de Chevènement je pense comprendre son positionnement.


"Il préconise une intervention massive de la BCE et du FESF, ce qui revient quasiment à entériner le
passage à un état européen dans la pire des conditions, de façon subreptice"


L'ayant écouté lors du colloque du 14 septembre à l'Assemblée Nationale, j'ai retenu l'idée que
l'euro fut le projet de tout une génération de politiques et de commis de l'état. Etant donné que les élites en France n'admettent jamais leurs erreurs, il faut leur proposer des solutions de
sortie de crise qui leur permette de sauver la face. Chevènement en concluait qu'il faut
trouver autre chose mais qui continue de porter le nom EURO. 


Chevènement n'est pas hostile à une sortie de l'euro monnaie unique. Il est dans une tentative
d'inflexion de la position des dirigeants dont le parti socialiste et cela heurte nécessairement ceux qui parmi nous savent que l'Euro est une aberration économique et une manipulation
politique. 



gilles 20/09/2011 10:24



Bonjour Edgar, j'avais les mêmes arguments que toi dans la tête quand j'ai lu ce papier de Mélenchon.

C'est assez décevant, il ne faut plus compter sur eux et ne compter que sur nous, notre intérêt et notre dévouement pour pour les gens et sur notre propre capacité à les mobiliser. Cela devrait
faire débat sur la nécessité d'être présent sur les marchés, aux portes des entreprises, à la porte des centres commerciaux … au sein de l'Union populaire Républicaine où j'ai renouvelé mon
adhésion.

Maintenant, les esquisses de solutions pour la Grèce commencent à pointer le bout de leur nez :

— Défaut ( suspension des paiements )
— Audit de la dette
— Nationalisation des banques
— Contrôle des changes et des capitaux
— Sortie de l'euro
— Retour à la drachme



voir cet article de l'argentin Claudio Katz sur les leçons de la crise argentine appliquées au cas de la Grèce : http://www.cadtm.org/Les-lecons-de-l-Argentine-pour-la






samuel 20/09/2011 06:47



 J'ose esperer que Melenchon ne parle pas en son nom mais plutot au nom de l'alliance actuelle dans laquelle il est, le Front de Gauche comprenant les communistes, ou l'alliance future dans
laquelle il se projette peut etre, avec les chevenementistes, et Montebourg, Hamon, et un PS rénové (parce que la je l'espere en tout cas on est proches de la ruine).


 Melenchon a tout de meme raison sur un point. Si l'euro s'effondre mieux vaudra qu'alors ce soit la gauche radicale au pouvoir plutot que le PS.


 Et autre point dont il faut tenir compte : le Front de Gauche reste la force qui a le plus gros espoir d'etre elue a la place du PS, de l'UMP et du FN, tout en ayant contrairement a ces
trois partis, un programme qui tient un peu la route surtout si l'euro s'effondre de lui meme.