La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Entre la Grèce et la France, combien de temps ? Ou, un bilan de l'euro.

Le billet ci-dessous résume la plupart des reproches que l'on peut adresser à l'euro, et explique clairement en quoi il est un problème y compris pour des pays différents de la Grèce. J'ai, du coup, souhaité qu'il reste en évidence !

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Les partisans de l'Union européenne ont une habileté extraordinaire pour cadrer les débats d'actualité d'une façon qui les arrange. Par exemple mardi prochain, les députés sont censés voter un traité extraordinairement contraignant, le Mécanisme européen de stabilité (lire les billets sur Les Crises - premier, deuxième, troisième). Le Monde n'a, à ma connaissance, jamais consacré un article de fond à ce sujet, même s'il retrace que le PS s'abstiendra - malheureusement mais sans surprise - de voter ce texte.

Sur la Grèce, c'est un éditorial du Monde du 17 février qui a rappelé la doxa : "La crise de la dette souveraine grecque - qui n'est pas due à l'Europe - a montré les défauts de fabrication de la monnaie unique."

Pour que l'éditorialiste du premier quotidien français se permette ce genre d'affirmation, il a fallu que toute la classe politico-médiatique s'emploie à nier l'impact de l'euro sur les économies des états membres.

 

Rappelons-donc que la surévaluation de l'euro (estimée très généralement à 30% par rapport au dollar et au yuan chinois), coute très cher en termes de perte de croissance et de déséquilibre des balances commerciales. Une note de l'INSEE en 2008 estimait à 1,7% la perte de PIB à quatre ans d'un euro surévalué de 10%. Et 1,7% du PIB c'est 33 milliards d'euros. Avec 30% de surévaluation, depuis près d'une dizaine d'années, combien de croissance et de recettes fiscales avons-nous perdu ?

 

Ce premier point, l'impact de la surévaluation de l'euro, commence à être connu. Ce qui l'est moins, c'est l'impact des différentiels d'inflation sur la compétitivité des pays membres de la zone.

Les parités entre les anciennes monnaies de la zone euro ont été figées en 1999. On a donc 11 années d'existence de l'euro pour faire un bilan.

J'ai comparé ces 11 années avec les 11 années précédant le gel des parités, pour voir l'impact sur les balances commerciales des pays membres.

Les données sont celles des balances courantes, telles que publiées par la Banque Mondiale.

J'ai cumulé le solde des balances commerciales sur deux périodes : 1989-1999, onze ans avant l'euro, puis 2000-2010. Ceci pour la France, L'Italie, l'Allemagne, la Grèce et l'Espagne.

 

balances.jpg

 

Solde cumulé des balances des comptes courants, avant et après l'euro


La France avait donc 152 milliards d'excédents cumulés sur la première période, alors que "grâce" à l'euro-qui-nous-rend-plus-forts, elle est passée à 99 milliards d'euros de déficit. Et rappelons qu'en 2011, nous aurons plus de 70 milliards de déficit commercial. Le phénomène s'aggrave donc.

 

Même chose pour l'Italie, qui passe de 60 milliards d'excédents à 360 milliards de déficits.

L'Espagne voit également son déficit cumulé multiplié par 7, qui passe de 113 milliards à près de 800 milliards.

Enfin, la Grèce passe de 44 milliards de déficits, soit 4 milliards par an, à 256 milliards de déficits, soit près de 25 milliards par an.

Sur le sujet de la Grèce, rappelons donc que, selon Le Monde, l'euro n'est pour rien dans ses problèmes, qui sont donc dus exclusivement à la paresse, la corruption, la fraude fiscale et autres plaies qui affligent ces attardés. Rappelons également que pour le Front de gauche, le Parti socialiste ou Gérard Filoche, c'est la faute aux banksters ou à un positionnement sur le bas de gamme, puisque ni le PS ni le Front de Gauche ne veulent sortir de l'euro. Ils sont tous, comme l'éditorialiste du Monde, convaincus que l'euro n'est pour rien dans les problèmes de la Grèce. C'est dire la gravité de la situation politique aujourd'hui. Il faudra tout de même qu'on explique comment les défauts qu'on impute à la Grèce ont pu évoluer de façon si spectaculaire, qu'en dix ans ils ont entraîné une multiplication par 5 du déficit extérieur du pays ? Alors que la naissance de l'euro, intervenue dans la même période, n'y serait pour rien !

*

C'est bien l'euro qui est pourtant coupable de l'appauvrissement de la plupart des pays membres - essayons de montrer comment.

Traditionnellement, lorsqu'un pays subit des déficits trop importants de sa balance commerciale, il dévalue sa monnaie, pour regagner de la compétitivité.

La principale raison pour laquelle un pays perd de la compétitivité est l'inflation : la hausse des prix rend les biens qu'il produit moins intéressants pour les acquéreurs étrangers.

Le problème de la zone euro est qu'elle empêche les pays qui ont des taux d'inflation différents de procéder ponctuellement à des dévaluations, puisque les taux de change ont été figés.

Hors, les taux d'inflation sont très différents au sein de la zone euro. Prenons les données d'Eurostat sur l'inflation.

Depuis 1999, l'inflation allemande a été, en moyenne annuelle, de 1,6%. En Grèce, elle a été de 3,2%, le double.

 

 

inflation.jpg

Evolution comparée de l'inflation dans 5 pays de la zone euro

 

Si l'on prend l'année 1999 comme référence, avec tous les prix européens égaux à 100 à cette époque, les prix allemands ont atteint le niveau de 122 en 2011, alors que les prix grecs ont atteint un niveau 148.

Les prix grecs sont donc surévalués en 2011 de 20% à l'égard de son partenaire allemand. Et rappelons que par rapport à l'extérieur de la zone euro, l'euro est également surévalué de 30%. L'euro constitue donc une double peine pour les grecs.

*

Il y a bien deux effets néfastes de l'euro : la surévaluation de l'euro par rapport aux autres monnaies est le premier effet, le plus connu, que l'INSEE évaluait dans la note de 2008 citée plus haut. Le deuxième effet est le gel du taux de change entre des partenaires qui connaissent des taux d'inflation différents.

On peut alors établir une typologie des pays membres de la zone euro par rapport à ces deux phénomènes.

D'abord, tous les pays membres sont victimes de la surévaluation de l'euro. Il n'y a aucun miracle à cet égard, même si la classe politico-médiatique tend à croirre que l'Allemagne disposerait d'une recette miracle.

 Avec l'extérieur de la zone euro, l'Allemagne est en déficit : elle souffre comme tout le monde de la surévaluation de l'euro. Ce qui masque ce phénomène est que, du fait de son inflation la plus basse de la zone, la compétitivité allemande s'accroît mécaniquement chaque année par rapport à ses partenaires de la zone euro.

Les autres pays sont d'autant plus affectés par le deuxième effet qu'ils ont une inflation supérieure à l'Allemagne.

On constate en effet que la dégradation de la balance commerciale constatée plus haut varie en lien direct aux écarts de taux d'inflation avec l'Allemagne :


  Allemagne France Italie Grèce Espagne
Différentiel d'inflation avecl'Allemagne 0,0 3,0 9,5 26,0 17,6
Evolution de la balance commerciale entre les deux périodes +1 436 -251 -424 -212 -675

 

Prenons le cas français : la France a un taux d'inflation très proche de celui de l'Allemagne, si bien qu'elle ne souffle pas trop du deuxième effet néfaste de l'euro. En revanche, elle souffre de la surévaluation de l'euro vis-à-vis de l'extérieur.

La Grèce, l'Espagne et l'Italie, à des degrés divers, souffrent des deux problèmes de l'euro. Leur déficit commercial a donc explosé depuis l'adoption de l'euro. Pas celui de la France.

Pour revenir au titre de ce billet, la distance entre la France et la Grèce est assez importante au sens où l'inflation française est mieux maîtrisée. En revanche, isoler le cas grec relève de la pensée magique car l'Espagne et l'Italie sont exactement dans la même situation de dégradation rapide de leur compétitivité, sous le double phénomène de la surévaluation de l'euro et de la fixité des parités entre partenaires d'une zone où les taux d'inflation sont divergents.

*

 

Au sein d'une zone où les échanges commerciaux sont développés, la fixité des taux de change est donc directement responsable de la dégradation de la balance commerciale. La surévaluation de l'euro s'ajoute à ce problème de base. Par ailleurs le financement de ces déficits est le principal responsable de la dette.

 

Il n'y a donc pas de crise de la dette, il y a une crise des balances commerciales. Il n'y a pas non plus de problème grec qui serait isolable des problèmes économiques des autres membres de la zone euro.

Deux points permettent alors de conclure définitivement que l'euro est intrinsèquement néfaste pour les états qui l'ont adopté - sauf pour l'Allemagne, pour qui c'est une véritable martingale. Il s'agit de répondre aux partisans de l'Union qui pourraient suggérer qu'il suffirait d'harmoniser les taux d'inflation pour en finir avec les crises au sein de la zone.

1. Les taux d'inflation résultent des structures profondes d'une économie, et vouloir les harmoniser n'aurait aucun sens.

 Il y a des raisons pour que les taux d'inflation soient différents. On peut citer notamment l'effet Samuelson-Balassa, qui explique que les pays en rattrapage au sein d'une zone ont un taux d'inflation supérieur aux autres. On peut aussi trouver normal que l'Allemagne, dont la démographie décline, soit un pays où les pressions inflationnistes sont faibles.

On peut également, enfin, citer les travaux de Layard, Nickell et Jackman sur les structures des négociations salariales : que les négociations salariales dans un pays aient lieu par branche, par entreprise ou au niveau centralisé, les résultats en termes d'inflation seront très différents.

2. Le fait même d'avoir intégré la zone euro empêche les états membres de recourir à un moyen plus simple que le bouleversement complet des structures de leurs économies ou la dévaluation. En effet, avant d'être contraints de dévaluer, les états normaux, libres, ont la possibilité de modérer l'inflation par la hausse des taux d'intérêt. Malheureusement pour les pays membres de la zone euro, ils ont aujourd'hui dévolu cette compétence à la Banque centrale européenne, qui définit un taux d'intérêt et un seul, pour tout le monde.

*

Tous les points rappelés ici sont de la macroéconomie de base. Mais les chiffres aident à comprendre que la Grèce n'est en rien un problème isolé au sein de la zone euro. Elle n'est que le maillon le plus faible parce qu'elle a l'inflation la plus élevée de la zone. Les autres maillons sauteront aussi. A moins que la classe des partisans de l'Union - accompagnée des aveugles du Front de gauche et du PS, qui s'imaginent que l'euro est un projet internationaliste - ne réussisse à accroître partout la discipline absurde qu'elle applique à toute la zone. C'est une énigme qu'il appartiendra à d'autres d'éclaircir plus tard. L'aveuglement sur l'euro est notre nouvelle ligne Maginot. Probablement que l'illusion que la construction européenne est internationaliste frappe la gauche - alors qu'il ne s'agit que de la construction à marche forcée d'un état pas plus généreux que les autres. 


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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jmfayard 09/04/2015 08:52

Salut Edgar,

je suis tombé par hasard sur ton billet qui est intéressant mais nécessite une sérieuse actualisation à mon avis (un bilan devrait être dynamique n'est-ce pas?)

- surévaluation de l'euro ==> il a puissamment baissé ces dernier temps et pour longtemps. C'est pas forcément une bonne nouvelle, ca reflète les perspectives médiocres du continent européen. Mais néanmoins intéressant de voir en quoi ca change la donne

- "la dette de la grêce a explosé depuis la création de l'euro, la raison en est très probablement l'euro lui-même"
==> non, la raison la plus vraisemblable est que le coupable n'est pas tant l'euro lui même que la politique stupide de la Troika

- "différentiel d'inflation"
--> tu donnes l'impression qu'il y a un niveau "naturel" d'inflation naturel et en tous temps par pays. Je crois que l'analyse gagnerait à être affinée par les explications de Krugman :
#1 l'allemagne dans la décade après la réunification a un gros problème de compétitivité qu'elle peut résoudre en ayant une inflation plus basse que le reste de l'Europe
#2 depuis le début de la grande crise, ce sont au contraire les pays de la périphérie qui sont en déséquilibre. En gros,étant donné le cadre qu'est l'euro, il faudrait qu'ils fassent pareil que l'Allemagne pendant la période #1
#3 Mais l'Allemagne conserve dans une stratégie aujourd'hui d'inflation basse. Ce non-changement de cap pose un gros problème aux pays de la périphérie, car comment avoir un différentiel d'inflation suffisant avec un pays qui en a une très basse ? Par des politiques d'austérité très problématiques. Le pire c'est que l'Allemagne se fait du mal à elle même, car elle aurait très besoin d'investissements en infrastructure, lutte contre la pauvreté, ....


"Entre la France et la Grêce, combien de temps?"
==> Non, ca je pense que poser cette question apparait aujourd'hui complètement à côté de la plaque. L'exemple grec est extrêmement singulier par rapport aux autres économies européennes. Ce sont les propagandistes néo libéraux qui utilisent ce rapprochement anxiogène "France is the next Greece"

jmfayard 10/04/2015 08:21

Salut Edgar,
pour te répondre, je dois me répondre à moi-même ? étrange overblog

Je ne suis pas d'accord, la base légale de la Troika, c'est en grande partie la lâcheté des exécutifs nationaux et européens. L'histoire montre que les règles européennes sont interprétées avec beaucoup de plasticité, et en ce moment, la plasticité est utilisée pour faire n'importe quoi.
(Il va de soi que je ne plaide pas pour l'absence de plasticité mais pour l'utiliser intelligemment :P)

Je maintiens qu'il est contre productif d'agiter l'exemple grec comme quelque-chose qui nous attend tous. Même en disant d'abord l'italie et l'Espagne, puis la France.

Fais un graphique avec tous les pays européens et la Grêce, tu verras qu'en matière de baisse de PIB, de baisse des salaires, de niveau d'austérité, de progression de l'endettement, ... le cas grec est une anomalie complète par rapport à tous les autres (modulo peut être les trucs minuscules comme Malte).

La situation en France, et même en Italie et en Espagne, n'a rien à voir avec cela
http://krugman.blogs.nytimes.com/2014/11/27/euro-bond-yields/

edgar 09/04/2015 23:32

la politique de la troika est dans les traités : 3% etc.pour le différentiel d'inflation, ce que dit krugman est juste, ce n'est pas aller contre cela que d'ajouter/préciser que l'allemagne a un gout structurel pour une faible inflation, et que par ailleurs les pays en rattrapage ont un besoin d'inflation plus forte.


entre la grece et la france, combien de temps : ou tu as vu que la politique éco était plus intelligente en france qu'en grèce ? à la différence des néolibéraux je pense que l'italie e l'espagne sont entre la frane et la grèce : ts les pays de l'euro à inflation supérieure à l'all sont condamnés.

Brubois 20/11/2014 12:24


18 février 2012 !! Ce serait bien de réactualiser cette note compte tenu des événements survenus et de l'évolution des économies européennes et mondiales depuis cette date. un nouveau bilan de
l'€ en quelque sorte !


Merci

edgar 31/03/2014 17:47


M. Rastignac, je prends bonne note de ce que "corrélation n'équivaut pas causalité". c'est une sorte de bouleversement intellectuel pour moi. Je ne sais si je m'en remettrai. Peut-être irai-je me
consoler auprès de notre "chère descartes".

Rastignac 31/03/2014 16:16


Non, ce billet manque cruellement de méthode et me parait fort biasé. Contrairement à OdP, je n'ai malheuereusement pas le temps d'épiloguer sur le sujet, mais, en reprenant les termes de sa
propre conclusion, sachez que corrélation n’équivaut pas causalité. Sur ce, je ne peux que vous conseiller de relire notre chère Descartes, grand pourfendeur d'économistes en tous genres.

Cdt,

Rastignac 

Zenstein albert otto wilfried helmut 15/04/2013 18:08


Il y a une explication plus claire.  EURO = Nantissement ou dit autrement Effet Commercial permettant une prise immediate d hypthèque sur un pays de la zone... cf Dollar Argentine etc


voir un site intrigant la ligue chrétienne et guilde des metiers ou il faut chercher mai ou on trouve diverses pistes sur escroquerie EURO

Trubli 16/03/2013 00:05


"le retour d’une forme de protectionnisme aux frontières de la
zone euro"


ODP, le protectionnisme aux frontières de la zone euro ne sert à
rien pour les raisons que 1) la zone euro a une balance "commerciale équilibrée" 2) l'euro cause des déséquilibres à l'intérieur même de la zone et que ces déséquilibres ne peuvent être résorbés
que par des transferts financiers entre pays ou par un retour à des monnaies nationales qu'on laisserait s'apprécier ou se déprécier jusqu'à atteindre l'équilibre de la balance des transactions
courantes dans chaque pays. Vu que l'Allemagne a toujours refusé une union de transferts...


JE HAIS LES EUOPEISTES !

Gérard Couvert 15/03/2013 12:22


Admettons que le PIB soit l'instrument approprié de mesure, qu'aurait été l'augmentation de ce dernier en Espagne si ce pays avait conservé la pessetas ?


Ce n'est pas parce qu'il y a une paix (relative d'ailleurs) en Europe qu'il faut l'attribuer à l'UE, mais plutôt que la folie UE n'a pu s'accomplir que grace à la paix et à la propérité héritée
de l'histoire antérieure. L'UE à gaspillé d'une façon inimaginable les atouts de l'Europe, et cela dans une proportion inverse à la lattitude géographique. La richesse s'en allant, la guerre
reviendra, si tant est qu'elle ait jamais cessé sous une forme économique.


Pour revenir à l'Espagne noujsavons un début de réponse en observant la Pologne.


 

edgar 15/03/2013 11:38


La Chine n'a fait qu'arrimer le cours du yuan sur le dollar. c'est de la sous-évaluation du dollar que nous souffrons, et l'UE n'a rien fait pour ce problème.


Pour l'espagne, très loin d'être infinie, c'est une croissance annuelle de moins de 2% que vous décrivez. Pas de quoi suater au plafond, surtout que la chute n'est pas terminée.


 

odp 15/03/2013 09:22


Suite de la suite


 


Post-scriptum :


 


Bien que ce soit à leur sujet que vous m’ayez gratifié de vos remarques les plus désobligeantes
(péremptoire… dogmatique…), je n’ai pas traité en détail, dans ce commentaire, le cas des pays de l’Europe du Sud (Espagne, Portugal et Grèce). Je pourrai le faire ultérieurement si vous le
souhaitez. Néanmoins, pour trancher notre querelle sur le niveau de vie des espagnols je me permettrai de vous renvoyer au PIB par habitant qui en est généralement considéré comme un bon
indicateur.


 


Il était pour l’Espagne de $9,023 en 1984 et de $15,428 en 2011 (exprimé en $ constant de 2000 –
source World Bank, les chiffres pour 2012 n’étant pas encore connus). Cela fait une augmentation de 70% sur la période. Ce n’est certes pas l’infini (mais de nos jours qui croit à
l’infini ?) mais ce n’est tout de même pas négligeable. Pour la France, une augmentation du PIB par habitant de cet ordre s’est produite entre 1969 et 1990 ou entre 1961 et 1973. Pas si mal,
vous en conviendrez ! En ce qui concerne le Portugal, sur la période 1984-2011, l’augmentation est de 78% et même la Grèce ne s’en tire pas trop mal avec une augmentation de 37%.


 


Pour ces 3 pays, l’euro reprend, certes dans la douleur, une partie de ce qu’il a donné, mais la balance
reste tout de même largement positive.

odp 15/03/2013 08:58


Suite de mon précédent commentaire qui n'a pas pu passer la première fois


que la dégradation de la balance commerciale à partir des années 2000 est une caractéristique commune à
l’ensemble des grandes économies développées à l’exception de l’Allemagne. A ce titre, plutôt que de procéder par l’analyse de ce que vous appelez « le coefficient de dégradation » et
qui pose d’évidents problèmes méthodologiques (comment comparer des chiffres en dollar courants à 10 ans d’intervalle ? que faire si, sur la période considérée, le cumul passe de positif à
négatif ? ou s’il est, sur l’une des 2 périodes, très proche de zéro ?), je vous recommande plutôt de regarder le mouvement moyen en points de PIB. Et vous verrez que, parmi les 6
premières économies développées de la planète (USA, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni et Italie) le mouvement est, sur la période considérée et à l’exception de l’Allemagne, à une dégradation
très homogène de la balance commerciale: -3.0% du PIB en moyenne pour les USA, -2.8% pour le Royaume-Uni, -2.0% pour la France, -1.8% pour l’Italie et -0.8% pour le Japon. 5 économies, 4 zones
monétaires, le même phénomène (cf. Annexe 3)...


 


Au vu de tout cela, les épaules de l’euro fort me paraissent définitivement bien frêles pour endosser, en
ce qui concerne la France, un phénomène récurrent depuis plus de 2 siècles quel que soit le contexte monétaire, et, pour ce qui est de la période récente, commun à toutes les économies de
structures similaires, quelle que soit la zone monétaire dans laquelle elles évoluent.


 


Au risque de me répéter, il semble bien que l’euro ne soit qu’un facteur de second ordre, loin derrière la
mondialisation et l’émergence de la Chine. Corrélation n’est pas causalité. Pour plus d’informations sur ce sujet, je vous renvoie vers un rapport très documenté du Conseil d’Analyse Economique
qui montre l’explosion des exportations chinoises à partir de la fin des années 1990 (puisqu’elles passent de €24 milliards en dollars en 2000 à 298 milliards de dollars en 2008) et en
contrepartie l’explosion des importations de la zone euro hors Allemagne, des USA et du Royaume-Uni (http://www.cae.gouv.fr/IMG/pdf/098.pdf).


 


Enfin, en ce qui concerne plus particulièrement la France, il semblerait que la fameuse compétitivité
« hors prix » (c'est-à-dire la qualité perçue) ait également participé aux pertes de parts de marché de l’industrie française. A ce titre, la rupture économétrique constatée dans la
très intéressante étude précitée de l’OFCE à partir du début des années 2000 est éclairante sur le caractère « inopérant » des variables explicatives traditionnelles (et notamment la
force relative de la monnaie nationale) pour déterminer le niveau des exportations françaises.


 


 


°


°           °


 


Certes me dites-vous, mais l’euro et la mondialisation, c’est la même chose !


 


Et bien non vous répondrais-je : même si ce sont souvent les mêmes qui ont travaillé à la création de
l’euro et à l’ouverture des marchés dans et hors de l’UE (à ce titre, la figure de Jean-Claude Trichet est celle qui vient immédiatement et naturellement à l’esprit), l’un ne va pas
automatiquement avec l’autre et l’on peut tout à fait envisager le retour d’une forme de protectionnisme aux frontières de la zone euro.


 


Je ne dis pas que c’est ce qui va se passer, car, comme dirait l’autre, l’art de la prédiction est
probablement, parmi les activités humaines, la plus futile et la moins productive qui soit. En revanche, c’est clairement possible, et d’ailleurs probablement plus facile à mettre en œuvre dans
le cadre d’une zone monétaire élargie (donc par définition plus auto-suffisante) comme la zone euro que dans un cadre strictement national, fût-il français.  


 


Bref, de mon point de vue vous vous trompez de cible, le problème, c’est le déséquilibre des échanges avec
les pays émergents, pas l’euro.


 


 


Au plaisir,


 


OdP


 


Post-scriptum : bien que ce soit à