La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Edouard Daladier - Journal de captivité

daladier.jpgUn document brut assez passionnant. Trouvé par hasard chez Gibert, alors que je poursuis mes lectures sur la France des années 30/40. Petit regret à préciser dès le départ : ce sont les notes de Daladier lors de sa captivité, qui a duré toute la période de la guerre. Son fils et un ancien collaborateur les ont collectées, commentées (brièvement), sans que l'on sache exactement quel a été leur travail éditorial. 

On ne sait donc si ce sont des extraits ou un document intégral, ni non plus si ces notes ont été poursuivies après 1945, ou même s'il existe des notes sur la période antérieure.

Ceci étant dit, le livre contribue à modifier la perception que le lecteur moyen peut avoir de l'époque, et du rôle particulier de Daladier dans le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. 

Daladier, pour les manuels d'histoire, c'est l'homme de Munich, et Munich c'est la honte, le recul devant Hitler.

Double surprise, Daladier se défend, et bien. En plus il est sympathique.

On comprend, de ses notes, qu'il est conscient du danger nazi assez tôt. Dès 1936, il était pour une intervention quand Hitler remilitarise la Rhénanie (William Shirer estimait qu'à l'époque cela aurait pu suffire à faire tomber Hitler).

Ensuite, il a de façon très efficace, relancé la production militaire de la France. Des querelles de chiffres ont eu lieu au procès de Riom, où il comparaissait, face à des juges vichystes. Il n'était évidemment pas, à ce moment, incriminé pour Munich mais pour avoir déclaré la guerre à l'Allemagne, un an après !

Il est ressorti vainqueur des débats, avec Léon Blum, son co-accusé, en montrant notamment que l'arsenal français a été sous-utilisé par les responsables militaires - plusieurs centaines d'avions produits n'ont pas servi en 1940. Il est le premier à avoir commandé du matériel militaire aux Etats-Unis, et, de fait, il se présente comme celui qui a permis de mettre en action la machine industrielle américaine.

De fait, il défend l'idée que la France ayant raté l'occasion de repousser le nazisme à son début, il fallait attendre 1941/1942 pour pouvoir affronter militairement l'Allemagne et rattraper définitivement le retard en équipement. D'où Munich : une temporisation, pas de l'inconscience.

Il y a là matière à d'innombrables débats d'historiens.

Le lecteur a envie de faire confiance à Daladier. D'abord, il écrit en pensant que l'issue la plus probable de la guerre, pour lui, est de finir abattu - comme Mandel ou Jean Zay. Ces courtes notes n'ont pas l'air d'être la statue qu'un homme célèbre grave à la fin de sa vie.

Ensuite l'homme est convaincant, cultivé et brillant.

J'ai appris, à côté du livre, que Daladier avait été major de l'agrégation d'histoire, avec une note qui constituait le record de l'époque. Pour comprendre l'Allemagne, il renvoie à Fichte. Pour se désennuyer dans sa cellule, il lit la Revue des deux mondes, des textes d'histoire antique.

On sent une personnalité un peu hors norme quand il explique qu'il avait l'habitude, dans sa prison française, de prendre des bains de soleil nu, étendu sur une couverture, sous les fenêtres de son co-détenu Léon Blum, recevant même un jour un visiteur dans cette tenue - visiteur qui l'agaçait et qu'il s'amusait à obliger à se tenir en plein cagnard, tête nue...

Le côté grandeur et misère du récit incite à accorder l'auteur une certaine confiance.

Ce n'est peut-être pas lui qui a fait le jeu d'Hitler. Qui alors, s'il faut chercher des coupables ?

Les cadres militaires sont les premiers visés. On lit par exemple que Pétain ministre de la guerre a refusé le prolongement de la ligne Maginot devant les Ardennes, proposé par Daladier en 1937. Que d'autres militaires ont fait réduire le montant des commandes de matériel passées aux Etats-Unis par le pouvoir civil. Dès 1934 on voit Pétain faire réduire des crédits de défense.

Une vie d'historien ne suffirait probablement pas à établir la vérité, mais on a bien envie, à suivre Daladier, en prolongeant son raisonnement, sans y voir la cause unique de la défaite, de penser que dès 1934, Pétain cherchait à prendre le pouvoir. On trouve des gens de son cabinet complotant en 1934 avec les cagoulards attachés à renverser le régime.

J'ai écouté récemment un Répliques où Alain Finkielkraut recevait Zeev Sternhell et Jean-François Sirinelli., à propos du Ni droite ni gauche de Sternhell. Il s'agissait de revenir sur la thèse du politiste israélien, qui voit dans la France le berceau du fascisme. Dans le débat, Sternhell fait du PSF du Colonel de la Rocque un authentique parti fasciste français. 

Les notes de Daladier ne vont pas dans le sens de Sternhell.

Daladier a cotoyé La Rocque puisqu'ils ont été détenus ensemble en Allemagne à partir du 9 janvier 1944. Des entretiens qu'il eût avec le colonel, Daladier conclut : "Au fond, je crois que La Rocque voulait créer un mouvement national avec pour but la conquête légale du pouvoir pour créer un état corporatif et autoritaire". On note également qu'à la suite de son refus de prendre le pouvoir par un coup, lors du 6 février 1934, la Rocque s'était fait des ennemis à l'extrême-droite. Et ces ennemis vont pouvoir, en 1937, obtenir de Pétain une déclaration qui tend à minorer le rôle de la Rocque en 1914-1918.

Ma lecture personnelle et qui restera non-étayée probablement longtemps, est que Pétain, lui, est un véritable fasciste, qui n'a pu s'imposer  qu'à la faveur d'une défaite française. J'ai même tendance à penser qu'il a fait ce qu'il a pu pour qu'elle intervienne.

Une dernière question : pourquoi Daladier est-il resté l'homme de Munich, un couard, aux yeux de l'histoire ?

Il a d'abord fallu oublier la remilitarisation de la Rhénanie : en mars 1936, repousser Hitler était possible, mais ses crimes n'étaient pas alors aussi évidents.

C'est pourtant cette date là qu'il conviendrait de retenir comme celle de l'erreur majeure (wikipedia : "Les puissances victorieuses et d'abord le Royaume-Uni se laissèrent apaiser par les assurances pacifiques du Führer, et c'est ainsi que fut perdue probablement la dernière chance de faire comprendre au dictateur par une opération militaire limitée quelles bornes il ne devait pas franchir.")

Puis, Munich est commode et Daladier un bouc-émissaire facile. On évite de rappeler le retard qu'il a dû rattraper - qu'il estime à un an en 1937, presque comblé en 1940 - suite aux mesures du Front Populaire, alors que l'Allemagne réarmait depuis 1933.

Daladier est aussi assez anti-communiste, et l'enfoncer après 1945 pouvait être un moyen de faire oublier le silence des communistes face aux agressions allemandes après l'accord germano-soviétique - pour être honnête tout à fait, je me souviens que Shirer reproche beaucoup à la froideur française et surtout britannique d'avoir poussé Staline dans les bras de Hitler.

J'arrête là les broderies et spéculations. Le livre est un bon moyen de plonger au coeur des années 30/40, et de découvrir un homme bien plus clairvoyant que ne le retiendra probablement l'histoire - nombre des ses commentaires sur l'actualité de la guerre sont fort bien vus, tellement que c'est à ce propos que l'on aimerait savoir si les notes ont été éditées.

Addendum suite aux commentaires :

Daladier n'est probablement pas tout rose - on cite souvent ses décrets sur la police des étrangers de 1938. J'hésiterais beaucoup avant d'en faire un suppôt de la synarchie, comme tend à le faire Lacroix-Riz (j'ai lu un court texte d'elle, je trouve qu'elle est probablement exact dans les détails, qu'elle a le mérite de pointer des faits désagréables ou méconnus, mais qu'elle a une proposension gênante à extrapoler à pmartir d'une annotation.

Pour revenir à Daladier, ses notes le montrent assez fortement anticommuniste - de là à l'imaginer en complice de la Cagoule, il y a un gouffre. Il est aussi probablement très catholique - plus que ce que l'on peut attendre d'un radical. Il cite, les reprenant apparemment à son compte, les propos d'un prêtre venu le rencontrer en prison : "Cette guerre est la faillite de la bourgeoisie, c'est-à-dire de l'inspection des Finances, des capitalistes, de l'école polytechnique, de Sciences-Po, etc".  Si Daladier était un synarque complotiste, pourquoi les dénoncerait-il de façon répétée dans ses notes ? Il écrit, le 4 mars 1944, "le procès Pucheu a commencé aujourd'hui à Alger. Il était membre de la synarchie avant la guerre avec Baudouin, Bouthillier, Barnaud etc. [... expliquant qu'il ne faut pas de procès trop expéditifs...] Quel que soit mon mépris pour les synarques, je mets au dessus le Droit et le respect du Droit". Les exemples où Daladier attire l'attention sur les multiples trahisons sont trop nombreux pour qu'on puisse le soupçonner d'avoir favorisé les entreprises allemandes, où d'être vendu à une coalition des bourgeoisies européennes. Le site de l'Assemblée nationale rappelle d'ailleurs qu'il s'est opposé à la CED et au Marché Commun. Bref, il serait dangereux, et hâtif, de vouloir classer trop vite le personnage.

 

 

*

  Lire aussi un entretien avec le fils de Daladier, à propos du livre.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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odp 03/07/2013 17:54


@ fd, Descartes et Paracoua: j'étais, dans ses grandes lignes, au courant de l'épisode Barthou, sorte de mini Delcassé des années 30 ainsi que du pacte franco-soviétique de 1935. Il est vrai
néanmoins que je n'en connaissais pas tous les détails. A ce titre, je remercie Paracoua de m'avoir communiqué ce papier très intéressant de Duroselle qui permet de clarifier les choses.


 


Il ne me semble cependant pas changer profondément la donne. Clairement ma formulation "aucun homme politique censé, en France et en Angleterre, n'aurait pu faire alliance avec l'URSS" a été
excessive et a dépassé ma pensée. J'aurai dû me contenter de dire: "contrairement à ce que fd indique, l'alliance avec l'URSS qui paraît évidente ex-post était, dans le contexte de l'époque,
politiquement très difficile à mettre en oeuvre en raison de l'attitude de l'URSS depuis la Révolution Bolchévique (traité de Brest-Litovsk, création du Kommintern, traité de Rapallo) et du PCF
dans les années 20 (antimilitarisme, politique de classe contre classe...) politiquement très sensible.


 


Comme par ailleurs l'Angleterre, alliée incontournable de la France, était encore plus réservée à l'égard de cette possible alliance soviétique (il semblerait ainsi que ce soit l'ambassadeur de
Grand-Bretagne à Paris, favorable à l'appaisement, qui ait obtenu le départ de Paul-Boncour en 1938 quand celui-ci essaya de relancer le projet) et que la Pologne, qui venait tout juste
d'échapper à une invasion de l'Armée Rouge, y était elle fermement opposée (et de ce fait empêchait tout contact territorial direct potentiel entre l'Allemagne et l'URSS), on conçoit que les
chances de succès de cette politique étaient assez faible".  


 


Quant à Barthou lui-même, qui avait tout de même échoué à convaincre la Pologne d'adhérer à un pacte regional d'assistance mutuelle, jusqu'où aurait-il pu aller s'il n'avait été tué par une balle
perdue (ou par un assassin stipendié par l'Allemagne d'après Lacroix-Riz reprise par fd - mais sans preuve d'après Delpla)? Je ne saurais dire. Ceci dit, par l'absurde, on pourrait dire que le
simple fait que la disparition de Barthou ait condamné l'alliance soviétique illustre la difficulté de sa mise en oeuvre.  


 


Néanmoins, conscient que mes lumières sur le sujet n'étaient peut-être pas à la hauteur de l'assertivité de mes propos, je viens de m'acheter le bouquin de Duroselle sur la période: "La
décadence".  

fd 01/07/2013 23:59


Paracoua ce que vous écrivez est exactement ce que j'ai dit un peu plus haut

Paracoua 01/07/2013 22:57


odp, quand vous écrivez "En ce qui concerne l'alliance avec l'URSS qu'abordent Daelli et fd, il me semble qu'on nage en plein anachronisme", cette affirmation est un peu gratuite. Vous
auriez du lire cet article très instructif de J.-B. Duroselle:



Louis Barthou et le rapprochement franco-soviétique en 1934
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1962_num_3_4_1525


Manifestement Louis Barthou, dont les idées politiques étaient fort éloignées du marxisme, commettait un "anachronisme d'époque". On apprend au passage que cet anachronisme fut également commis,
dans une moindre mesure, par Paul-Boncour et Alexis Leger (alias Saint-John Perse) qui eux non plus n'étaient pas franchement des groupies du Petit Père des Peuples. Sans même parler d'Henri de
Kérillis, très à droite mais fort lucide devant la menace nazie (il fut un des deux députés non communistes à voter contre les accords de Munich).


En bref, comme le résume Duroselle "Une grande partie de l'opinion publique française était certes en faveur du rapprochement. Non seulement les communistes, bien entendu, mais de nombreux
socialistes, une partie des radicaux, tels Pierre Cot et Herriot, et même quelques éléments de la droite nationaliste"


Chose curieuse, toujours d'après Duroselle "L'Humanité est à peu près le seul journal français qui, en septembre 1934, ne fasse aucune allusion à la possibilité d'une alliance entre les deux
pays" (ie, France et URSS). odp, c'est donc qu'à l'époque vous étiez lecteur de l'Huma?

Gérard Couvert 01/07/2013 14:08


"un pays qui ne travaille pas est un pays voué à la servitude et au démenbrement", Daladier discours d'investiture (de mémoire je n'ai pas le temps de vérifier).


Concernant Pétain, je ne crois pas qu'il fut fasciste, ne serais-ce que par reflexe de classe et de caste. En lisant Nouvelles de France (ndf.fr) on à une bonne idée de ce qu'est le pétainisme.


Dorito non plus n'est pas fasciste au sens réel, il n'extrait du fgascisme que sa dimmension anti-démocratique sans reprendre les autres parties, l'anti-fascisme d'aujourd'hui n'est d'ailleurs
qu'un anti-PPF. La faiblesse de Mussolini -aprés la mort de son fils ?- et la dérive du fascisme est la cause primordiale de l'errance idéologique, peut être un peu faiblarde dés l'origine.
Franco n'ayant aucune idéologie, et n'étant même pas à l'origine de la guerre civile espagnole, n'a pas eu à piloter l'évolution dogmatique de son régime, cela lui à sauvé la vie.

fd 01/07/2013 13:45


@odp : Barthou a été assassiné pour avoir voulu l'alliance franco-russe, Malraux dans ses carnets du front propulaire écrits ur le vif (sans anachronisme) la défend et montre que ce sont les
radicaux qui la coulent (l'ambassade russe faisait régulèrement des appels du pied à Blum, l'assurant notamment que l'armée rouge atatquerait Hitler si celui-ci envahissait la Tchécoslovaquie,
dès 1936 !). Il n'y a pas que les profs d'histoire qui savent éviter les anachronismes

Descartes 30/06/2013 19:43


PS: je pense qu'ODP se trompe en pensant qu'aucun homme politique censé ne pensait à une alliance avec l'URSS. Herriot, qui était un homme censé, non seulement y pensait sinon qu'il est allé
jusqu'à signer un traité d'assistance mutuelle. La négociation du protocole militaire de cet accord fut systématiquement sabotée par les partisans d'une "alliance italienne" dont Pierre Laval.
L'échec de cette négociation joua un rôle essentiel dans la décision de Staline d'aller chercher la sécurité dans une alliance différente...

Descartes 30/06/2013 19:39


Mon cher Edgar, j'ai trouvé très intéressant ton article. La période en question me passionne et j'ai constaté combien il est intéressant de lire non seulement les livres des historiens mais
aussi les témoignages bruts. Ils apportent une compréhension particulière de l'histoire, dans le sens où il faut tenir compte du fait que les acteurs n'avaient pas, contrairement à nous, une
vision globale dans le temps et dans l'espace des évennements.


Pour ce qui concerne le personnage du "taureau du Vaucluse", sa réhabilitation partielle avait commencé avec le livre de Crémieux-Brilhac (que je conseille ardamment) "les français de l'an
quarante". On comprend bien qu'au delà des limitations du personnage, il était corseté par un système politique en pleine déliquescence, celui de la troisième finissante, avec son affairisme, sa
corruption, son instabilité chronique qui rendait les gouvernements otages des fractions. L'importance du phénomène pacifiste après le carnage de la première guerre mondiale n'est pas non plus à
négliger. Ces éléments sont importants à l'heure où certains nous parlent d'une "VIème République" qui ressemble drôlement à la IIIème et à la IVème...

odp 29/06/2013 21:19


Edgar, sur le point 2, vous exagérez: en 1941, aux yeux de Staline, qui à la différence de Churchill n'est ni romantique ni francophile, la France Libre n'est rien. C'est d'ailleurs à peu près
exact, puisque privée de moyens propres et de vrais relais en France occupée, les français libres ne sont, à cette époque, que ce que les anglais veulent bien qu'ils soient. Notez par ailleurs
que du point de vue soviétique ou américain la France Libre et la France sont deux choses différentes; les uns et les autres ont d'ailleurs très longtemps maintenu des relations diplomatiques
avec Vichy. Quant à l'alliance franco-russe de 1941 telle qu'elle est racontée par de Gaulle, on est dans la caricature du gaullisme d'opérette. De Gaulle a-t-il été convié à Téhéran par son
"allié russe"? Ce même "allié", d'accord avec Roosevelt, n'a-t-il pas refusé que la France soit présente à Yalta ou qu'elle fût considérée comme une Grande Puissance occupante - chose qui ne fût
obtenue qu'après coup par un Churchill qui ne voulait laisser le champ complêtement libre à Staline en Europe. Bref, avec des alliés comme ça, pas besoin d'ennemis! 


 


Quand au point 3, je ne saurais vous conseillez de lire Nolte, c'est pompeux et indigeste. En revanche, si on l'expurge de ses scories maximalistes type "Auschwitz est une réplique du goulag"
dont le but n'est que d'éxonérer l'Allemagne de ses responsabilités, sa thèse est intéressante. Il insiste en effet sur le fait que la Révolution Bolchévique a été la matrice de tous les
événements postérieurs de l'histoire européenne et de que les fascismes au sens large ont constitué une "réponse" à la "menace rouge". Cette menace n'avait à vrai dire rien de théorique, et ce
n'est pas un hasard si c'est dans les pays où la violence politique communiste a été la plus forte (Allemagne, Italie, Espagne) que ce sont installés, adoubés de fait par les classes possédantes,
les régimes d'inspiration fascistes. Cela ne veut bien entendu pas dire que le fascisme et encore moins le nazisme ne soient que des réponses au
communisme (pour le franqusime le débat est plus ouvert et c'est par exemple la position de Churchill dans ses Mémoires que d'estimer que Franco n'a fait que répondre aux multiples assassinats
politiques perpétrés par les communistes espagnols). En revanche, il est bien possible que sans la "menace" communiste ni les fascistes italiens ni les nazis allemands n'aient pu ratisser aussi
large et parvenir au pouvoir "légalement". Bref, pour en revenir à l'anticommunisme des classes possédantes en France, tel que dénoncé par d'autres commentateurs, il me paraît tout aussi naturel
et légitime que l'antihitlérisme des juifs en Allemagne: il est rare que les agneaux votent pour le parti des loups.  


 


PS: Descartes vient de lâcher une bombe sur son blog: les masques tombent! 

edgar 28/06/2013 18:21


odp :


sur le point 1, je ne discute pas. je suis d'avis de réserver le fascisme à l'italie, le nazisme à l'allemagne et le pétainisme à la france.


sur le point 2, est-ce que l'anachronisme ne serait pas de considérer la france de 1940 avec les yeux d'un européiste de 2013 ? petit pays aujourd'hui disent-ils, mais en 1940 la france
représentait encore l'une des premières puissances militaires françaises. même battue, les relations avec la future france libre pouvaient considérer en enjeu. ce n'est probalement pas pour rien
que staline a reconnu la france libre dès 1941.


sur le 3, je ne suis pas le raisonnement de nolte. sur le fond, je ne suis pas sûr que l'on puisse considérer le nazisme comme une pure réaction à un péhnomène extérieur. de toute façon c'est un
autre sujet et je n'ai pas lu nolte. en revanche, on aurait pu s'attendre à une alliance, ou tout du moins à un rapprochement,de la part du front populaire en 1936. sur le mal qu'a eu churchill à
convaincre ses collègues de prolonger la guerre contre hitler, lire le dobbs http://www.lalettrevolee.net/article-804132.html


cette opposition entre churchill et d'autres députés britanniques montre d'ailleurs qu'il y a d'autres clivages que des clivages de classe (sauf à considérer churchill comme un prolétaire ?).
nolte ne ferait-il pas un marxisme un peu simpliste ? (moi aussi je sais terminer un commentaire par une petite provocation).

odp 27/06/2013 23:57


Bonjour Edgar, 


 


Merci beaucoup pour cet intéressant compte-rendu d'un ouvrage que peu de gens se seraient sinon donné la peine de lire: bel effort! 


 


Ceci dit, si je peux faire mon cuistre et intervenir dans trois des débats que vous avez ouverts, je ferais les remarques suivantes:


 


1. En ce qui concerne Pétain, il lui manque, de mon point de vue, des racines "gauchistes" (plus précisément anarcho-syndicaliste-révolutionnaire) pour être qualifié de "fasciste". Je serai à ce
titre pleinement d'accord avec Nationaliste Jacobin (qui n'est pas prof d'histoire pour rien) pour considérer que le régime de Vichy est tout simplement réactionnaire (à l'instar de ceux de
Franco ou de Salazar) et opportuniste mais nullement fasciste. Il faut en effet oublier la trajectoire intellectuelle de Mussolini pour négliger à quel point elle diverge de celle de Pétain
(pour autant qu'on puisse en juger étant donné le "mutisme" du personnage). 


 


2. En ce qui concerne l'alliance avec l'URSS qu'abordent Daelli et fd, il me semble qu'on nage en plein anachronisme: aucun homme politique censé, en France ou en Angleterre, n'aurait pu faire
alliance avec un régime qui i) voulait abattre les démocraties parlementaires, ii) avait failli causer l'effondrement du front occidental en 1918 avec la paix de Brest-Litovsk, iii) était
localement suppléé dans son oeuvre par la 5ème colonne des membres du Kommintern et iv) avait été combattu avec acharnement (notamment par un certain de Gaulle sous l'égide de
Weygand) dans l'immédiat après-guerre. Par ailleurs, si l'on avait même réussi à lever tous ces obstacles politiques, il y en restait un, irréductible, qui condamnait la possibilité même de
l'Alliance avec l'URSS: la Pologne, tampon entre l'Allemagne et la Russie soviétique, et qui refusait que l'Armée Rouge, si difficilement repoussée en 1920, ne remmette jamais les pieds sur le
territoire national. Mais ce genre de contingence, bien entendu, Malraux n'en avait cure.. Quant à la résurrection de l'alliance franco-russe par de Gaulle pendant la guerre, telle que décrite
par fd, il faut méconnaître le profond mépris (légitime?) de Staline pour la France vaincue, pour envisager ceci sous autre chose que l'angle folklorique. 


 


3. Enfin, pour ce qui est de la "trahison" des possédants, nul n'est besoin d'aller chercher Lacroix-Riz et ses théories du complot; "plutôt Hitler que Staline" suffit. D'ailleurs on ne saurait
être supris ni même blâmer ce mouvement d'autodéfense des classes possédantes: comment et pourquoi exiger d'elles qu'elles aillent à l'abatoir sans broncher. Comme le dit Churchill dans ses
Mémoires de guerre au sujet de la guerre d'Espagne: "bien entendu je n'étais pas favorable aux Communistes (il parle en fait les Répubicains): si j'avais été espagnol, ils m'auraient massacré,
moi, ma famille et mes amis". Bref, au regard des états de service du régime soviétique à l'égard de "classes possédantes", il n'est pas exactement surprenant que ces dernières aient été prêtes à
tout pour éviter l'asservissement et/ou l'anéantissement. Ce qui est d'ailleurs assez piquant dans ces efforts pour accabler les "possédants", c'est qu'ils donnent en fait du grain à moudre à la
thèse sulfureuse et controversée d'Ernst Nolte qui veut que le nazisme ne soit en réalité que l'enfant monstrueux de la "guerre civile Européenne" déclenchée la Révolution bolchévique. En effet,
après tout, si plutôt Hitler que Staline, enlevez Staline et plus besoin d'Hitler! CQFD!        


 


Sur ce, bonne soirée!