La lettre volée

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Du self government au stealth government, ou qui connaît Olli rehn ?

Chacun sent bien que même si la gauche passe en 2012, rien ne changera de fondamental en France.

L'une des explications à ce phénomène réside dans le fait que le citoyen commence à se rendre compte que les élus, fussent-ils président de la république, n'ont plus guère de pouvoirs.

La France est dans un état proche du pilotage automatique avec un radioguidage provenant d'une tour de contrôle installée à Bruxelles.

Vu de loin, il y a toujours un avion et le spectateur mal renseigné peut louer ou blâmer le pilote, en réalité ce sont les aiguilleurs du ciel qui commandent.

Auparavant les démocraties européennes se gouvernaient elles-même (self government). Elles sont maintenant pilotées à distance, de façon furtive (stealth).

Qui, en effet, a remarqué que la semaine dernière, en pleine campagne des régionales, la Commission européenne a expliqué à la plupart des gouvernements européens que leurs prévisions de croissance étaient trop optimistes.

Les aiguilleurs du ciel bruxellois, qui n'ont comme seul état de service que d'avoir amené l'Union européenne dans la situation d'être la zone de croissance la plus faible du monde, ont distribué les bons et les mauvais points - y compris à l'Allemagne.

Avec des appréciations surréalistes : le commissaire à l'économie, Olli Rehn, a expliqué que la France n'avait pas prévu de marge dans ses prévisions, pour le cas où les conditions économiques se détérioreraient. Ce technocrate brillant n'a sans doute pas remarqué que les économies européennes, sortant de la pire crise depuis 1945, avaient peut-être justement besoin d'une relance concertée, plus que d'un serrage de vis abrupt.

De fait, il donne la prime à la vision des marchés financiers, obnubilés par le désendettement des états (comme si le secteur privé avait fait montre d'un talent réel pour valoriser son endettement), au pire moment.

*

Ce qui échappe au citoyen et à l'électeur, c'est qu'il perçoit cette constante impulsion européenne à travers l'impuissance de ses dirigeants, sans jamais pouvoir comprendre les mécanismes précis qui font que le pouvoir n'est plus à Paris.

Pour ma part, je ne sais d'ailleurs pas exactement quelles sont les conséquences de ces réprimandes bruxelloises.

Je pense qu'il n'est pas bon, à l'égard des investisseurs étrangers, d'être réprimandé par la police économique bruxelloise - sans doute ces mauvaises remarques bruxelloises ont-elles un impact direct sur la notation des agences, et donc sur le coût de la dette.

Par ailleurs, dans l'examen du respect des règles du pacte de stabilité, il est fort probable qu'un état qui n'a pas fait mine de plier aux injonctions bruxelloises sera plus sévèrement condamné qu'un état qui renonce à toute politique autonome pour plier aux conseils de la commission, fussent-ils idiots.

Ce que je sais en revanche de façon certaine, c'est que ce genre de questions ne sera pas élucidé par la presse française avant un moment.

Qui a envie de mettre en évidence que même une alternance droite/gauche ne changerait rien et laisserait Olli Rehn aux commandes de la politique économique du pays ?

 

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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