La lettre volée

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Dominique Strauss-Kahn en vrp servile de l'intégration européenne

J'ai failli titrer ce billet "DSK est mort" mais j'ai eu peur de créer un choc... Il est en tout cas évident qu'il vient de perdre définitivement toute crédibilité pour l'Elysée, même si bien peu voudront le reconnaître.

La crise actuelle vient en effet d'une raison simple : l'option d'un libre-échange effrené oblige les salaires européens (et ceux des pays développés) à s'aligner progressivement sur ceux de la Chine - même phénomène pour les conditions de travail et (l'absence) de protection sociale.

Une simple régulation des changes suffirait à contrecarrer une bonne part de ces dérives (avec la taxe de libre-échange que j'ai proposée, nous taxerions aujourd'hui aux frontières françaises les importations en provenance d'Allemagne, de Chine et des Etats-Unis, quoique pour la Chine et les Etats-Unis les taxes auraient été réduites automatiquement depuis la baisse de l'euro).

*

Au lieu de se pencher sur ces problèmes, les ânes qui tout à la fois clament le retour du keynésianisme et réclament l'application plus stricte du pacte de stabilité sont en train de vouloir étouffer la reprise, à peine est-elle esquissée.

Hé bien, j'ai été surpris de constater que DSK a rejoint le troupeau.

Dans une conférence en Pologne, il a réclamé l'application stricte du pacte de stabilité, avec des sanctions à la clé : "Nous avons besoin d'avoir des carottes et des gros bâtons. J'ai bien peur que jusqu'à présent nous n'ayons trouvé que les carottes... mais pas les bâtons." (cf. article du Point, et texte intégral de la conférence en anglais).

*

Voilà DSK converti aux politiques économiques les plus imbéciles qui soient.

Mais comme un Bush, il emballe cette abdication intellectuelle dans une grandiloquence pathétique : "le temps est venu de porter le projet européen à l'étape suivante".

Il estime en effet que le projet européen a prouvé sa validité dans la crise (oubliant de noter que la zone euro a la plus faible croissance de toute la planète) et qu'il convient d'aller plus loin - oubliant de noter qu'aux dernières nouvelles les français ont voté contre, amongst others.

Soyons justes : le censément keynésien DSK donne un petit coup de chapeau à Keynes, en réclamant que les mesures qui pourraient réduire la croissance soient suspendues jusqu'à 2011 (on reviendra cependant sur le choix de cette date, dont on doute qu'il soit totalement innocent).

Mais sur le fond, le héros de la gauche moderne au FMI ne voit de salut que dans des politiques structurelles - qui consistent à rogner les uns après les autres les avantages éhontés des salopards de salariés, bien trop payés par rapport aux chinois qui ont été si bien élevés (To sustain growth over the longer run, competitiveness must be increased. Reforms that tackle rigidities in labor and product markets, as set out in the Lisbon 2020 agenda, should be accelerated.)

Nous voilà donc partis, si par malheur DSK était à l'Elysée, pour une nouvelle rasade de politiques structurelles.

*

DSK n'est pas un imbécile, c'est un homme politique. Pourquoi défend-t-il des politiques économiques qui n'ont aucun sens ?


1. C'est assez amusant sans doute d'inciter Sarkozy à rentrer dans les clous du pacte de stabilité à partir de 2011 : Sarko aborderait, comme cela, 2012 dans la pire des positions. Qui sait qui cela pourrait arranger ?...


2. DSK est au FMI par la grâce des Etats-Unis. Pas très étonnant de le trouver à défendre un alignement européen, à l'heure où Obama trouve que l'Union européenne, indisciplinée, lui est inutile. Les Etats-unis n'ont pas soutenu à bout de bras, dirigé et piloté la construction européenne depuis 1947 pour la voir partir en quenouille inutile. Il faut à l'Europe un homme fort, qui saura l'engager en Afghanistan et partout où il faut seconder les states.


3. En posant à l'égal de Schuman et des "pères fondateurs" (quelle expression imbécile pour désigner un vieux politique régionaliste d'extrême-droite drivé par un marchand de cognac, technocrate génial sponsorisé par les Etats-Unis), DSK se donne une carrure que, pour sa part, Sarkozy peine à redresser.


*


Cette esquisse de programme suffit à me faire passer immédiatement et définitivement l'envie de voter DSK. S'il était en position d'être élu en 2012, je voterais avec plaisir, et dès le premier tour, pour Sarkozy, plutôt que de soutenir un homme qui n'aurait comme programme, affiché explicitement, que de se servir de son pays comme d'un marchepied pour la gloire.

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Archibald 05/04/2010 14:39



@ ij


L'ordre est un cas particulier du désordre, pas une exception. Que vous ne voyiez dans cette belle formule qu'une expression de la post-modernité ou de la pensée 68 (comme vous l'écriviez l'autre
jour) en dit long sur la faiblesse de votre culture philosophique. Désolé, mais c'est le cas. Sans vous en apercevoir, vous faites peu de cas de tous les penseurs qui ont accordé au hasard (ou à
la critique de l'idée de nature) une place centrale dans leur philosophie (Lucrèce, Pascal, Hume, Nietzcshe pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l'esprit). La pensée 68 a plutôt
une origine cynique (rétablissons l'ordre des choses que ce que l'on appelle à tort l'humanité civilisée ne cesse de corrompre).


Sur la postmodernité, je vous conseille Le philosophe et les sortilèges, de Clément Rosset, et Prodiges et vertiges de l'analogie, de Jacques Bouveresse.



IJ 03/04/2010 22:37



La banalité n'est pas un défaut. Au contraire, face aux folies postmodernes du genre "l'ordre d'est qu'une exception au désordre", revenir à des fondamentaux "banals" a souvent du bon. Mais
ignorer un parti de 5 000 adhérents, parce que les médias l'ignorent est parfois un symptôme classique des gens qui n'arrivent pas à se dasabonner du journal Le Monde . Bloggueurs dissidents, encore un effort !!!! (NB : moi ne n'aimerais pas que mes idées deviennent une pensée unique, même si je les crois
salutaires )



edgar 02/04/2010 12:02



Ij : on pouvait se demander si un économiste de gauche changerait quelque chose au FMI.


Sur ce discours là on ne peut que constater qu'il est pire encore que d'autres.


Pour le POI, je dois faire amende honorable, je ne connais pas. J'avais remarqué les propos de Schivardi en 2007, mais pas plus.


Je vois en effet qu'ils ont l'air très clairement anti-UE.


 Pour ce qui est du débat "pensée unique", je n'ai jamais prétendu y échapper. D'abord parce que j'ai horreur des étiquettes, même s'il m'arrive d'en coller. Ensuite parce qu'il n'y rien de
plus pensée unique que de vouloir y échapper. Enfin parce qu'il ne me déplairait pas que l'idée de sortir de l'Union européenne devienne pensée unique.


j'avoue donc bien volontiers un manque d'intérêt pour le POI que j'essaierai de rattraper, je ne prétends en rien en revanche échapper à la pensée unique. Sur plein de sujets je suis d'une
banalité navrante.


 



IJ 02/04/2010 11:38



Strauss kahn dirige le FMI, cela suffit à montrer quelle est sa vision de l'économie. Sans qu'on ait à se demander s'il est un pantin des Usa


Gilles a raison en ce qui concerne le POI, Fd aussi dans ses commentaires sur la Lettre volée a souvent rappelé les prises de positions de ce parti. Il est curieux que la mention de ce parti
ait suscité sur ce blog les mêmes sourires ironiques que dans les grands médias (preuve que ce blog reste plus "pensée unique" qu'il ne le croit). Il parait que ce parti a eu preque autant de
militants que le NPA l'an dernier - la loi du silence autour de lui le replongera sans doute dans les limbes



Gus 02/04/2010 07:02



Dans les archives du blog de DSK, il doit rester, aux alentours de la période 2003-2004, des comptes rendus des réunions de son groupe d'amitié transatlantique.Ce que je me souviens y avoir lu à
l'époque me faisait sourire quand je repensais au discours qu'il me semblait avoir tenu suite à l'échec des négociations sur l'AMI du dernier millénaire en disant "qu'on ne pourrait plus jamais
négocier comme avant" (la gouvernance mondiale, en l'occurrence).


Faudrait vraiment que je mette ces documents de côté des fois qu'il finisse vraiment par tenter la présidentielle. Sur le marché du scoop, à mon avis, yaura de quoi faire.



gilles 01/04/2010 11:17



à sav, Edgar a écrit : « DSK est au FMI par la grâce des États-Unis. », il n'a pas écrit que DSK est une marionnette des États-Unis, ces jeux de pouvoirs et d'influence réciproque sont complexes
à analyser, nous gagnerions tous à être plus subtil dans les analyses.


Par contre le tout début de la « construction européenne » a bien été piloté par les États-Unis, voir cet extrait d'une enquête du N°13 du magazine « Le Plan B » :


 


Au sortir de la la Seconde Guerre mondiale, le projet de créer des « États-Unis d'Europe » soulève l'enthousiasme de Washington et d'une nébuleuse hétéroclite composée de lobbys
patronaux, d'anciens de Vichy, de socialistes réformistes et de catholiques sociaux. Leur point commun : la haine du communisme. En 1948 est créé le Mouvement européen, une association qui
comptera parmi ses présidents d'honneur plusieurs chefs de gouvernement tel que le britannique Winston Churhill, l'allemand Konrad Adenauer et le français Robert Schuman. Dès ses débuts, ce
groupuscule jouit du soutien discret mais inconditionnel de la CIA. Par le biais d'un organisme baptisé « American Committee On United Europe » (ACUE), elle va injecter des millions de
dollars dans les activités de propagande du « mouvement », en direction notamment de la jeunesse et des milieux politiques. Washington place à sa tête l'homme politique belge Paul-Henri
Spaak, un ex-sympathisant du III ème Reich promu porte-serviettes des intérêts américains.

Cette intervention s'insère dans la stratégie d'influence des États-Unis en Europe, marquée en 1947 par le plan Marshall. Avec le début de la Guerre Froide, l'unification militaire de l'Europe
Occidentale devient pour l'administration Truman un élément crucial de sa lutte d'« endiguement » du communisme. C'est le Traité de Bruxelles de mars 1948 puis le pacte atlantique
d'avril 1949, qui conduit à la création de l'OTAN.

Mais le « rêve européen » n'est pas seulement géo-stratégique. Le gouvernement américain réclame une union douanière entre ses partenaires européens ainsi que l'ouverture de leurs
marchés afin d'y déverser marchandises et capitaux. L'Organisation Européenne de Co-opération et de Développement Économique (OECE)


http://fr.wikipedia.org/wiki/OECE



qui gère les vannes du plan Marshall, contraint les pays à abaisser leurs protections et à instaurer une Union européenne des paiements (1950). Dans une note interne, un haut fonctionnaire du
Quai d'Orsay crie au chantage : « Si les États-unis exercent une pression sévère sur les pays européens pour que ceux-ci libèrent leurs échanges, c'est que l'intégration économique de
l'Europe correspond aux intérêts américains. »

Le Plan B – Service Abonnements
BP N° 1
59361 Avesnes sur Helpe Cedex courrier électronique : abonnements@leplanb.org




 



Archibald 01/04/2010 09:01



@ Sav


Mon expression était méprisante, mais c'est tout. Il n'y a aucun complot (il faut arrêter de dénoncer les théories du complot en toute occasion, je ne suis ni Meyssan, ni Soral :-) ) . Je vous
conseille de lire La trahison des économistes, de Jean-Luc Gréau.



edgar 31/03/2010 23:32



Il reste que la question se pose quand même : pourquoi un économiste intelligent défend-il des politiques absurdes ?


Si tu as des idées...



sav 31/03/2010 23:03



DSK comme marionette des US, on a vu mieux comme argumentation, non ?.


Ceci dit, plutôt d'accord avec le début du billet. Jusqu'aux explications "pourquoi défend - il?(...)". Un peu capillotracté, à mon sens.


Mais le terme de théorie de complot ne vise pas tant ton article que certains commentaires (Malakine, Archibald).


 


 


 


 


 


 


 



edgar 31/03/2010 09:14



Gilles : il y avait un aspect provocateur dans cette annonce un peu prématurée. on verra en 2012. mais entre deux européistes je préfère celui que la BCE irrite le plus.


 


SAV : tu n'es pas trouvé plus nul comme argument ? où est le complot ? l'idée que dsk aurait pu choisir 2011 à dessein ? enlève-là si tu veux, le reste de l'article se tient. reviens avec une
idée la prochaine fois.