La lettre volée

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Dominique Seux propagandiste de l'euro

Entendu ce matin sur Inter Dominique Seux expliquer combien il était bon que l'euro monte en cette période de hausse du prix du pétrole. Selon lui en effet, la hausse de l'euro rend le pétrole moins cher.

 

C'est oublier que nous ne faisons pas qu'acheter du pétrole, nous vendons aussi des biens, et on en vend moins quand l'euro monte. Mais peu importe à Monsieur Seux comme aux conseillers d'état, les Echos s'exportent peu, et ce sont les cols bleus qui paieront.

Par ailleurs et surtout, c'est oublier un autre phénomène bien connu (mais pas connu des propagandistes, Jean Quatremer se  réjouit par exemple régulièrement de la hausse de l'euro qui abaisse la facture pétrolière). En réalité, il se trouve que lorsque le dollar baisse, le pétrole augmente. Probablement parce que les producteurs tâchent de garder une recette constante par rapport à l'ensemble des devises. Pour retrouver ces données, une recherche rapide me donne deux articles. Le premier d'un économiste suédois et le second d'une revue apparemment portée sur les fonts baptismaux par Alan Greenspan, International Economy.

 

On y trouve ce graphique fort explicite montrant un lien fort entre la baisse du dollar (en gris) et la hausse du pétrole (en noir) :

 

euroil.png

 

L'intensité du lien peut être discutée, corrélation n'est pas explication, beaucoup de bémols peuvent être apportés à ce constat. Il n'empêche qu'on ne peut, comme le fit ce matin Mr Seux, se réjouir tout unîment de la hausse de l'euro en période de hausse du pétrole : en grande partie, c'est le même phénomène.

*

Vivement que Dominique Seux soit remplacé par un économiste polonais, au moins nous aurons le sentiment de ne pas payer trop cher pour avaler de la simple propagande.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 08/03/2011 15:05



Comment fait-on ? on rétablit le libre échange monétaire, donc on taxe les produits allemands, chinois et américains à hauteur de la sous-évaluation de leurs devises respectives.



gilles 08/03/2011 11:15



Vu sur un blog  : « Nous préférons déclarer que nous sommes tous libres et égaux, alors qu'à l'évidence nous ne le sommes pas
et nous efforcer ensuite de nous ajuster par rapport à ces déclarations ; plutôt que de dire nous ne sommes pas tous libres et égaux, mais c'est de notre devoir d'atteindre ces objectifs.
Beaucoup pensent que c'est accessoire et moi je pense que c'est typiquement en refusant de voir les réalités qu'on s'empêche d'atteindre les objectifs. »


 


Pour revenir au débat entre la position de Jacques Sapir et celle de François Asselineau. Déjà, relevons les points d'accord tels qu'il me semblent s'exprimer : tous deux jugent le fait pour les
pays ( hors Allemagne ) de rester dans la zone euro est une facilité à court terme pour les résultats économiques ou plutôt pour mieux m'exprimer que la sortie implique un passage par une période
difficile et risquée avant le rétablissement, mais que rester est d'ors et déjà délétère ( c'est le cas pour la Grèce et l'Irlande sans contestation ) et le sera de plus en plus sur le long
terme. 


 


Je partage ces points d'accord.


 


Il me semble qu'étudier les difficultés et les risques de la sortie unilatérale de la France pour pour pouvoir y parer et faire de même avec les difficultés et les risques de la méthode
non-coopérative de retour à l'autonomie monétaire de tous les éléments de la future ex-zone proposée par Jacques Sapir est préférable.


 


Essayons dans le peu de temps qui m'est imparti de déblayer le plus gros de l'affaire.


 


La méthode d'Asselineau a pour elle la netteté, le courage, surtout si elle prévient les Français que nous allons passer une période difficile avant d'avoir restructurer notre appareil productif
pour l'adapter à la nouvelle situation d'autonomie monétaire. Les risques sont à mon avis premièrement que les investisseurs fuient la France sans vouloir adapter le moins du monde les usines
qu'ils possèdent en France à la nouvelle situation et que deuxièmement ils plaident par l'intermédiaire des médias qu'il possèdent pour un retour à l'euro. Comment parer ces deux risques ? 


 


La méthode de Sapir emprunte plus de faux-fuyants, c'est vrai, mais elle place tout le monde au pied du mur en ce sens qu'elle pare mieux le deuxième risque d'un retour à l'euro puisqu'elle passe
par le retour à l'autonomie monétaire de tous les pays. Elle fait donc sauter la « zone » et donc l'incitation à y revenir.


 


Plus globalement :


Je suis pour la sortie de l'UE, mais comment fait-on quand les entreprises du CAC n'investissent déjà plus beaucoup en France et font quand même des bénéfices faramineux qu'ils rapatrient de
moins en moins avec l'existence des paradis fiscaux et les accords de libre-échange ? Comment parer à cela pour que la sortie de l'UE soit viable avec une économie solide avec des emplois
industriels pour une France forte et respectée et non un désert de sous-industrialisation, d'usines obsolètes et de chômage ? Nous mêmes seront plus forts si nous pouvons parer aux difficultés
que nos choix politiques entraînent. Nos adversaires vont aussi utiliser ces arguments, comment y répondre de manière à convaincre avec lucidité et réalisme que nous pouvons gouverner ?


 


Comment faire pour que les entreprises, les investisseurs à nouveau ré-investissent plus en France dans un cadre monétaire autonome ? Ou bien comment pénaliser ou bien freiner, par quelles
méthodes astucieuses, les investissements de ces sociétés à l'étranger, comment faire en sorte que les personnes sous-employées retrouvent un volume d'heures de travail suffisant ?


 


Merci Edgar de m'avoir fait l'effort de me lire jusque là. 



edgar 04/03/2011 21:36



Je n'aime pas la stratégie de Sapir. Nous devons sortir de l'Union européenne en l'annonçant haut et fort, parce que c'est honnête. Provoquer une situation sciemment en se laissant sortir par
d'autres est irresponsable doublement : devant les électeurs d'abord, auxquels on dit tout et son contraire (on veut rester/on sortira), devant la France ensuite, qui se trouverait en position
d'accusée pour avoir pris ses partenaires par surprise.


Je ne le comprends pas.



gilles 03/03/2011 22:06



Bonsoir Edgar, à propos de l'euro et de la zone euro, qu'est-ce que tu penses de la stratégie rusée exposée par Jacques Sapir sur le site « Mémoire des luttes » ICI …, pouvant aller jusqu'à faire dissoudre la zone euro vraisemblablement par les Allemands et


 


dont je donne un extrait in-extenso à la suite :


 


L’ « économie politique » d’une mutation de la zone


Entrent ici en jeu des éléments de stratégie politique, et ce que l’on peut appeler l’« économie politique » d’une mutation de la zone euro. L’Allemagne, si elle a accepté d’importants
assouplissements des règles de la Banque centrale européenne (BCE), maintient l’idée qu’ils doivent être temporaires et elle se refuse à l’équivalent du quantitative easing 
(assouplissement quantitatif) de la Réserve fédérale américaine (600 milliards de dollars d’augmentation de la masse monétaire par l’acquisition de titres détenus par des institutions
financières) qui pourrait provoquer une forte baisse de l’euro. On sait que l’inflation est aujourd’hui un peu plus forte en Allemagne, ce qui fournit des arguments à son gouvernement pour
refuser le principe d’un quantitative easing à l’européenne.


Dans le cadre institutionnel actuel, deux éléments sont déterminants :


la règle de l’unanimité pour les décisions dans la zone euro

l’absence de procédures formelles permettant d’exclure un pays une
fois entré dans la zone.



Le premier de ces éléments rend extrêmement peu probable - et à vrai dire impossible - un accord sur une baisse du taux de change de l’euro, compte tenu des oppositions de politiques économiques
qui existent entre pays membres. Le second désarme la zone euro contre une action unilatérale de l’un des pays membres.


En exploitant les défauts des dispositions du traité de Maastricht sur l’Union économique et monétaire (UEM) on peut imaginer que le gouvernement français, réquisitionnant la Banque de France (en
application de l’article 16 de la Constitution) impose à cette dernière de reprendre les avances au Trésor et le principe d’un plancher minimal d’effets publics pour les banques opérant sur le
territoire français. La monétisation immédiate du déficit et d’une partie de la dette (disons pour un montant de 400 milliards d’euros) s’accompagnerait de l’obligation, pour les banques
françaises, de racheter les titres français restants, assurant rapidement une « re-nationalisation » de la dette du pays. Notons que l’épargne de la France suffit amplement pour assurer
un flux régulier de financement au Trésor public.


Confrontées à une telle politique, les options des autres membres de la zone sont très limitées.


La BCE peut décider d’augmenter brutalement ses taux pour
« combattre » le risque inflationniste français. Mais, d’une part, une telle position se heurterait à l’opposition de très nombreux pays et, de l’autre, le gouvernement aurait toujours
la possibilité de faire escompter des obligations privées par la Banque de France à un taux préférentiel. Ceci établirait un taux d’intérêt « français ».

Une condamnation de la politique française est possible, mais ne
serait d’aucun effet. L’imposition d’amendes (qui devraient être entérinées par la Cour de justice de Luxembourg) pourraient être immédiatement compensées par des retenues sur la contribution
française au budget européen.

Des mesures « protectionnistes » contre la France pourraient
être envisagées. Cependant, outre qu’elles iraient à l’encontre de toute la politique de l’Union européenne et de sa philosophie même, elles attireraient immédiatement des mesures similaires
du gouvernement français. N’oublions pas que la France est un point de passage obligé pour une partie du commerce intra-européen. Un effet de dissuasion empêcherait la mise en application de
telles mesures.



On s’aperçoit rapidement que la zone euro est impuissante face à une telle politique (sans parler des effets d’imitation qu’elle pourrait engendrer). En fait, ce serait une réédition de la
situation de 1992-1993 lors de la dissolution de l’URSS : la Banque centrale de Russie (BCR) s’est trouvée désarmée face à la politique menée par les banques centrales des autres pays de
la Communauté des Etats indépendants (CEI) au sein de la zone rouble. La solution de la BCR a été de dissoudre cette zone.


 


J'ajouterais qu'il me semble que, pour éviter un double jeu éventuel européiste, dans cette option un nouveau directeur de la Banque de France en total accord avec cette politique devra être
nommé.


 


 



Ovide 02/03/2011 14:11



Ce genre de reflexion montre bien dans quel état d'esprit sont nos édiles : l'augmentation du prix du pétrole dès maintenant aurait un effet salutaire car il obligerait nos économies à se
décarboner rapidement et "naturellement". Ce qu'elles sont condamnés à faire de toute façon.


Or, ce genre de réflexion tient du syndrome de la Marquise ("tout va très bien") ou du Veilleur de nuit ("Dormez, braves gens, tout est tranquille"). Mais peut-on attendre autre chose d'une
institution créée par les charbonniers et les syndicats des forges ?



ungars 02/03/2011 06:54



Vivement la fin du pétrole, que toute cette industrie et les problèmes politiques liés imposent !