La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Désir de France

  Sur l'excellent forum de l'UPR, un internaute signalait une interview d'Antoine Sfeir sur Europe 1, en recommandant d'écouter spécifiquement le passage à partir de 4'23". C'est effectivement fort intéressant.

 

Antoine Sfeir est un chrétien libanais, directeur des "Cahiers de l'Orient". J'ai retranscrit le passage intéressant l'Union européenne.

La question de MOF (Marc-Olivier Fogiel, le présentateur d'Europe 1) intervient à propos de l'Egypte.

 

MOF : et l'Europe ? Et la France notamment fait bien de ne pas trop s'en mêler ?

 

AS : Attendez. Vous avez dit quoi ? L'Europe ?

 

MOF : Ca n'existe pas. La France ça existe alors ? On a un ministre des affaires étrangères.

 

AS : La France ça existe. Il faut savoir que l'Europe est perçue autrement de l'autre côté de la Méditerranée. Au Maghreb elle est perçue comme des guichets de subvention.

 

MOF : d'accord

 

AS : Dans la Méditerranée orientale, c'est Francia, Ingliterra, Allemania, Italia et c'est tout.

 

MOF : et la France  donc aujourd'hui ? Guichet de subvention comme vous dites ?

 

AS :  Ecoutez. Je vais vous dire une chose. En quarante-deux ans de métier, je n'ai jamais vu autant de désir de France dans tous les pays arabes.

 

MOF : de désir de France ?

 

AS : dans tous les pays arabes. Sans doute, malgré les déboires, malgré les erreurs, malgré les maladresses etc. Sans doute le tête-à-tête imposé avec les Etats-Unis commence à être trop lourd à porter.

 


Pas de "scénario à la Ben Ali " en Egypte

 

Fogiel est assez représentatif des masses assommées de propagande européenne : pour lui, visiblement, la France c'est l'Union européenne en plus petit, rien d'autre. Comme si un état de 60 millions d'habitants, doté d'une politique cohérente, porteur d'une histoire, ne pouvait pas faire plus qu'un conglomérat aveugle de 450 millions de moutons privés de tout pouvoir démocratique.

 

L'opinion publique arabe voit bien la différence entre un guichet et un acteur politique, comme l'explique Sfeir. Ce point de vue est renforcé par un sondage récent de l'université du Maryland sur l'opinion publique des pays arabes.

Le sondage a été réalisé en Egypte, Jordanie, Liban, Maroc, Arabie Séoudite et aux Emirats Arabes Unis, à l'été 2010. 3976 personnes ont été interrogées.

L'une des questions, (page 56 du document) demande aux sondés quel pays voudraient-ils voir jouer le rôle de seule superpuissance mondiale, s'il était possible d'en choisir un ?

Pour la troisième année consécutive, la France est en tête (à égalité avec l'Allemagne en 2009).

La France est le pays dans lequel les sondés préfèreraient vivre (à 51% en 2010).

C'est le pays dans lequel les sondés aimeraient, par priorité, envoyer leurs enfants pour étudier.

C'est également le pays le plus libre et le plus démocratique selon les sondés - de très loin.

 

Pas mal pour un pays dont tous les partisans de l'Union européenne expliquent qu'il ne représente rien et n'a aucun avenir. Comme quoi, il reste un désir de France. Il est temps d'en prendre conscience.

 

 

*

On trouvera par ailleurs une interview récente d'Antoine Sfeir, à propos de la Tunisie, avec cet extrait : " les États-Unis cherchent à communautariser tout le Proche et Moyen Orient." Il a également gagné un procès contre Tariq Ramadan, après avoir dénoncé son double discours. Par ailleurs, pour ne pas verser dans l'hagiographie, il a soutenu longtemps le régime de Ben Ali - cf. notamment son interview citée ci-dessus : "cet homme -on peut lui reprocher sa corruption, son régime autoritaire - a poursuivi la politique de Bourguiba, il a éradiqué l'islamisme, maintenu le statut de la femme, continué à assurer un enseignement d'excellence et développer l'industrie ainsi que le secteur tertiaire. Ne l'oublions pas."
 
 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 14/02/2011 01:41



Joe : finement argumenté. Répondre m'emmènerait trop loin et m'obligerait à éclaircir trop de points (éclaircir pour mon propre compte).


Mais je ne suis pas sûr que l'état américain reste tant que cela un état. Il me paraît bien mal en point en réalité.



Joe Liqueur 12/02/2011 02:01



Je ne résiste pas à la tentation de poster encore une fois cette vidéo qui illustre tellement bien mes propos :


http://www.dailymotion.com/video/k2slrKSTzqP0lVGL7e#from=embed


Le citoyen Sarkozy oublie un peu que les dirigeants dont il parle avaient été élus démocratiquement par le peuple français souverain, sur un programme incluant des nationalisations très étendues.
C'est ça la décomplexitude : ça consiste en particulier à se torcher avec la démocratie.


Et c'est pour ça qu'a priori, si par malheur le citoyen Asselineau ne pouvait obtenir ses 500 signatures d'élus en 2012, je voterai sans doute pour le citoyen Chevènement, qui avait eu le bon
goût de démissionner en 1983 (à condition bien sûr qu'il se présente effectivement, et qu'il ait ses 500 signatures…). Très insuffisant ce Chevènement, bien sûr, mais il y a chez lui une sorte
d'honnêteté assez rare et tellement précieuse.


Pendant que j'y pense, pour ce qui est de récupérer nos outils macro-économiques, c'est dans le programme de l'UPR.



Joe Liqueur 12/02/2011 01:45



Je ne suis pas tout à fait d'accord. Pour moi l'Union européenne est très loin d'être un Etat. D'abord parce qu'officiellement il n'existe pas d'Etat sous le nom d'"Union européenne". Ensuite
parce que l'UE n'a ni véritable gouvernement souverain, ni armée, ni territoire bien défini, ni pouvoir souverain de battre monnaie. Elle prétend faire les lois et rendre la justice, mais elle
n'a aucune véritable légitimité pour ce faire, vu qu'elle n'est pas un Etat (ici je reprends bien sûr les considérations de Marie-France Garaud, qui me semblent être une bonne référence).


Finalement, j'ai l'impression que l'UE a deux visages qui en fait peuvent très facilement se confondre. Je m'explique. L'UE, c'est d'un côté un rêve ultralibéral/néolibéral/ordolibéral (je
préfère ce dernier terme, et je crois même que pour être tout à fait exact il faudrait parler de fondamentalisme capitaliste) ; l'UE est une sorte de laboratoire du fondamentalisme capitaliste -
et à cet égard, ce n'est justement pas un hasard si elle refuse obstinément d'évoluer vers une forme étatique (si tant est que cela soit même possible dans son cas). Elle n'est pas un Etat, elle
n'a surtout pas vocation à le devenir, elle a seulement vocation à saper la souveraineté des Etats pré-existants qui s'y sont laissé prendre. C'est une sorte de rêve néolibéral. Un laboratoire où
nous servons de cobayes, nous les "500 millions de consommateurs" qui ne sommes bien sûr pas censés être 500 millions de citoyens. Car les dirigeants de l'UE se défient de la
démocratie, et de l'Etat qui est sa condition de possibilité, comme de la peste noire (enfin, rouge surtout). Comme disait Kissinger (à propos du Chili d'Allende) : "je ne vois pas pourquoi nous
devrions laisser un pays devenir marxiste sous prétexte que sa population est irresponsable". Tout est dit. C'est ce qui fait le lien avec le deuxième visage de l'UE : un protectorat
etats-unien-anti-socialiste-primaire, construit sur la pax americana d'après-guerre, puis sur l'anti-communisme primaire à la sauce maccarthyste (au plus fort de la guerre froide), puis
plus récemment sur le reaganisme-clintonisme-bushisme-obamisme (les nuances étant assez subtiles). "L'Etat n'est pas la solution, il est le problème", disait Reagan. Eh bien justement, avec l'UE,
on est en plein dedans : l'UE est fondamentalement un non-Etat, qui en même temps sape la souveraineté des Etats pré-existants ; il me semble qu'on a précisément affaire à une expérimentation
reagano-thatchérienne. Et pendant ce temps-là, le gouvernement américain (pas fou quand même) se garde un Etat, lui… Les Britanniques s'y accrochent aussi, à leur Etat, avec leur euro-scepticisme
monétaire. Les Allemands sont sur leurs gardes… et les Latins (et au premier rang d'entre eux les Français) seraient les seuls crétins à se laisser empapaouter sans réagir ?


Quant à la France, c'est encore un Etat. Encore en état de marche, mais en sommeil. La machine est encore en bon état, elle est encore prête à servir. Mais la France ne s'use que quand on ne s'en
sert pas. Je ne crois pas que nous aurons à "reconstruire" notre Etat, car à ce stade je crois que cet Etat est encore debout, encore viable, encore fonctionnel. Certes il nous faudra d'abord
recouvrer nos outils macro-économiques, à commencer par le contrôle de la monnaie, donc de la banque centrale (mais justement, nous avons encore une banque centrale !). En fait je crois qu'il
suffit de le vouloir, qu'il suffit de le décider… La France existe encore, elle a encore un gouvernement, une administration, une armée, un peuple conscient de la communauté d'intérêt qui l'unit.
Par ailleurs la liberté d'expression y est encore très étendue, donc à ce stade on peut encore agir assez "facilement".



edgar 12/02/2011 00:47



je crains, Joe, que l'Union soit bien proche d'être un état. Mais un état sans nation, sans but, sans volonté collective ; effectivement un ectoplasme. Ne nous leurrons pas, nous aurons aussi à
reconstruire notre état.



Joe Liqueur 10/02/2011 22:24



@ Fabien


Mais nous ne sommes PAS regroupés. Nous sommes ENCHAINES les uns aux autres, c'est bien différent…


@ Torsade de Pointes


Au contraire, une vraie diplomatie française pèserait infiniment plus que ce machin. Voir le discours de Villepin à l'ONU à propos de l'Irak - et encore, ce n'était qu'un discours.


@ Edgar


Le fond de ma pensée : il faut surtout rappeler que l'Union européenne N'EST PAS UN ETAT. C'est un ectoplasme. C'est pour ça qu'elle ne pèse rien. La France est un Etat, donc elle pourrait peser,
à condition bien sûr qu'elle ré-affirme sa souveraineté.



edgar 09/02/2011 09:36



Fabien, toutes les personnes que tu cites ont appelé à voter oui au TCE. Que veux-tu de plus ? Qu'ils se fassent tatouer le nombril en bleu et jaune ?


Ca suffit de faire croire que les pro-europe sont assiégés alors qu'ils représentent 90% de l'espace médiatique. et 99,9% si l'on ajoute tous les alter-européens qui ne font que justifier
l'existence de la machine en menant une opposition gesticulatoire.


Sur le fond, tes arguments consistent à expliquer qu'il nous faut encore plus d'Europe, par exemple en supprimant les diplomaties nationales. Mais cela même ne suffirait pas à donner une
cohérence à une diplomatie "européenne" dont la doctrine n'existe pas (en dehors de la doctrine de l'OTAN).


L'Europe, même unie selon tes voeux, ne serait qu'un satellite des Etats-Unis, une force auxiliaire. C'est aussi cela que dit Sfeir. Le monde a besoin d'avis pluriels et l'Europe est une machine
normalisatrice et stérilisatrice.


 



Fabien 08/02/2011 19:20



Les "zélites" sont pas trop européennes de ce point de vue-là : Fillon, Besson, Guaino, Védrine...



Torsade de Pointes 08/02/2011 19:12



On pèse beaucoup moins dans le monde avec toutes nos diplomaties nationales que si nous étions regroupé...


 


Oui, mais combien pesons-nous au sein de ce mâchin « regroupé », comme vous dites? Quel y est le poids de la France? Ce qu’on peut déjà affirmer, c’est que la France y est
totalement invisible: service extérieur représenté par une rombière britannique qui ne pète pas un mot de français, site web unilingue anglais, etc. Alors que m’importe que ce nouveau mâchin pèse
d’un grand poids dans le monde! Certes, une diplomatie nationale française pèserait moins que ledit mâchin, mais au moins la France pèserait quelque chose en tant que telle, et le pays
bénéficierait d’une visibilité internationale ― pays, je vous le rappelle, de 65 millions d’habitants, de très vieille tradition, et dans lequel beaucoup de gens de par le monde placent leurs
espoirs, en vain il faut le craindre. Mais apparemment, il faut regarder les choses de l’extérieur, comme M. Sfeir, pour noter qu’on se fait totalement flouer dans cette affaire, et cela avec le
concours actif et prémédité de nos zélites.



Fabien 08/02/2011 14:39



De point de vue diplomatique, Sfeir a tout à fait raison quant à cet état de fait. Mais est-ce un bien pour autant ? On pèse beaucoup moins dans le monde avec toutes nos diplomaties nationales
que si nous étions regroupé...


 



edgar 08/02/2011 00:34



Tout le monde a ses rigidités. En le citant ici, je ne souscris pas à l'ensemble de ses déclarations passées et futures ! J'ai rassemblé un pêu hâtivement et maladroitement quelques liens en fin
de billet, pour en savoir un peu plus sur lui, mais pas plus...