La lettre volée

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Daniel Tammet, L'éternité dans une heure

tammet.jpgJ'avais beaucoup aimé Je suis né un jour bleu et Embrasser le ciel immense, d'où j'avais retiré cette citation.

J'ai avalé ce troisième livre de Tammet. J'aime sa façon non d'expliquer les mathématiques, mais de montrer en quoi elles peuvent avoir une signification individuelle. Ou la façon qu'il a, en les expliquant, d'aider chacun à s'en approprier un morceau.

Par exemple, quand il explique que bien des cultures n'ont pas de mots pour désigner les grandeurs supérieures à deux, on se sent plus riche de notre système décimal.

Le lecteur littéraire sera également curieux de lire un chapitre convaincant sur la proximité entre rhétorique et mathématique ("En fait, sans les raffinements de la rhétorique, il n'y aurait pas eu de logique, et, sans logique, il n'y aurait pas eu ces mathématiques qui forment l'une des pierres angulaires de notre civilisation occidentale éprise d'empirisme. Avant ces entreprises intellectuelles et culturelles, il y eut la pratique de la persuasion, par l'argument et l'évaluation des pièces justificatives. C'est dans les tribunaux, avec leurs procès publics, que les bases de notre système de pensée furent posées.") En relisant cette phrase, je m'aperçois que l'on peut également la lire comme un hommage à la justice !

Plus loin : "Au milieu du XIXème siècle, plus de deux millénaires après Euclide, un juriste de l'Illinois transportait ses éléments dans sa sacoche. Il s'appelait Abraham Lincoln."

Autre chapitre sur les villes, où l'on apprend que le plan de construction en carrés réguliers de New York date de 1811. Je me suis souvenu en lisant cela que peu de temps avant, en 1789, l'Assemblée nationale avait refusé un découpage administratif de la France en carrés réguliers (le "projet Thouret"). Comme si le vieux monde avait laissé la place au nouveau en décidant de s'en tenir à un ordre "naturel" des choses.

thouret.jpg

Un passage très bon sur Tolstoï et le calcul différentiel et de multiples autres considérations sur la durée (de la vie) le rôle réel (nul) des moyennes statistiques, la place (excessive) des inégalités selon Keynes, la poésie japonaise... Tous les chapitres sont inégalement intéressants, notamment en fonction du degré de connaissance du lecteur (tiens, au chapitre lecteur, cette citation de Nabokov fournie par Tammet : "un bon lecteur, un grand lecteur, un lecteur actif et créatif est un relecteur"), mais dans l'ensemble c'est excellent.

Pour finir, encore une citation, d'une dame à laquelle Tammett, gagnant ses premiers salaires comme prof de maths à domicile, donnait des cours particuliers : "Il n'y a rien dont la moitié n'est rien".



 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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fd 20/03/2014 19:13


Les plans en damier ça date d'Alexandre le Grand (je crois qu'ils appelaient ça Hipodamien). Toutes les villes nouvelles après 300 av JC d'Alexandrie, à la Lutèce romaine sous Auguste ont suivi
ce modèle.

fd 18/02/2013 23:09


Pour info voici un auteur contemporain, Penrose, qui croit en la réalité des entités mathématiques et refuse de voir en elles des constructions psychologiques -
cf http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=85&srid=428&ida=9410


Au registre des spéculations irrationnelles sur des bases mathématiques, le pythagorisme dans toutes ses formes (archéos et néos) est aussi très bien placé...

DAELIII 18/02/2013 22:29


Est-ce si sûr que les mathématiques soient le lieu par excellence de la pensée rationelle, pensée rationelle au sens de monsieur tout le monde s'entend ? De fait les mathématiques ne sont que la
partie minimale, et opératoire, de l'espace tangent au monde réel, tel que notre cerveau a pu le développer sur la base de sa structure et de ses caractéristiques, tant structurales que
physico-chimiques. Il s'agit donc plus d'une activité de nature psychologique, et conditionnée, que d'une exploration d'un "rationel" extérieur. La recherche en physique, au sens d'exploration de
l'univers hors de l'homme, me semblerait de ce point de vue plus proche de la conception courante, en tant qu'elle s'attaque à un donné extérieur dont rien n'impose à priori qu'il soit
connaissable. Là il faut bien suivre un parcours rationel au sens courant, i. e. dont la logique ne nous soit pas naturelle.

fd 17/02/2013 23:26


Le rôle de maths dans la rationalité m'intrigue. Il y a eu tant de spéculations irrationnelles sur des bases mathématiques. La Kabbale par exemple