La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Copinage pour Gaza

Reçu récemment d'Olyvier, commentateur épisodique de ce blog (il voyage beaucoup), un lien vers une vidéo YouTube. Olyvier me présente cette vidéo ainsi :

[...] J'avais vu un film que je trouvais à la fois bien fait, correct, et très émouvant, sur Al Jazeera quand j'étais en voyage. J'en avais oublié le titre et j'ai eu quelques difficultés à le retrouver, l'actualité l'ayant mis au rencart des "ranks" google ou youtube. Il s'agit de "Gaza, we are coming" - l'histoire d'une petite expédition qui a vaincu le blocus il y a deux ans.
Sur youtube le film est divisé en quatre. Si tu n'as que peu de temps à consacrer à cela, reporte toi directement à la quatrième partie, très émouvante. [...]

Si tu peux prendre les dix minutes que ça demande, et peut-être les relayer sur ton blog. Je te précise que l'homme grec est un militant de gauche, universitaire, et l'américain un ancien soldat US. Et les enfants, et les jeunes, et les hommes de Gaza... si tu voyais cela ! Le peuple de Gaza se massant sur les berges, ou prenant toutes ses barques pour aller à la rencontre du bateau grec, les gosse sautant dans l'eau... Et quand l'ancien soldat dit "everything that I have done... It's enough..." Ca me tire à chaque fois des larmes d'émotion.
Pardon d'insister, pardon de "pousser".
(et je crois que ce n'est pas pour rien que ce film n'est pas connu en France, et même dans les milieux palestiniens)
tu me diras.

 

J'ai donc vu les vidéos en question (ci-dessous). Elles valent vraiment la peine d'être vues, je crois qu'elle dénouent quelque chose dans la vision que l'on peut avoir du conflit israélo-palestinien.

 

L'expédition a eu lieu en août 2008, où deux petits bateaux grecs embarquant 44 activistes de 17 pays ont réussi à aborder à Gaza malgré les difficultés - première arrivée d'un bateau à Gaza depuis 1967.

Pour le spectateur occidental, on voit des gens "normaux", occidentaux, américain, grec, irlandais, israélien, visiblement éduqués, embarqués pour un bateau sur Gaza et arrivant à forcer le blocus.

Les activistes ont tellement été assimilés à des terroristes, à des islamistes fanatisés qu'on est étonné de se retrouver comme en famille, avec des gens insistant simplement sur leur proximité avec ceux de Gaza.

Ces militants racontent, simplement, leur volonté de ne pas oublier les gens de Gaza, de ne pas les abandonner à leur sort. La façon dont différents militants racontent les raisons de leur choix moral est émouvante de simplicité.

 

pipe.jpg

 

Et l'on voit les gens de Gaza, les enfants, sauter dans l'eau pour accueillir joyeusement leurs visiteurs - qui n'apportent rien, que de la considération.

Très peu de mention d'Israël, pas d'ennemi jeté en pâture à la détestation (juste, fugitivement, une roquette tombant dans la nuit, pour rappeler le contexte).

Le spectacle d'une humanité réunie est, à soi seul, un message (peut-être est-ce là la raison de la faible notoriété du film mentionnée par Olyvier au sein des milieux palestiniens : le film n'est pas militant. Il n'en est que plus fort.)

Comme le dit un moment un ancien président de l'assemblée nationale de Chypre, Vassos Lissaridis, qui a aidé au départ des bateaux vers Gaza depuis Chypre : "Bien souvent l'histoire est écrite par ceux que les sages et les prudents appellent "irréalistes". Les irréalistes sont ceux qui font l'histoire."

 

unreal.jpg

Vassos Lissaridis

 

 C'est sous-titré en anglais. Je confirme le message d'Olyvier : ça vaut la peine d'être vu (et effectivement, la quatrieme partie est la plus importante et se suffit à elle-même). 

Faites passer !

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 27/07/2010 00:05



Merci les copains pour cette animation toujours si chaleureuse !


Juste un mot : j'avais choisi à dessein un titre sinon frivole du moins léger, pour attirer l'attention sur le côté c'est vrai, non militant de ce film. Pas pédagogique, pas manipulateur, rien.
Juste accompagnant un voyage, du début à la fin.


Malgré cela, le film n'en est à mon avis que plus fort. Il ne dit rien, ou presque, c'est vrai, sur la complexité de la région (sauf des petits faits qui donnent à réfléchir, comme ce village
grec qui s'est réfugié, en 1941 à Gaza). Mais je pense qu'il invite celui qui le voit à ne pas se laisser trop facilement bourrer le mou quand on évoque les fanatiques de Gaza (parce que la
tonalité majoritaire des grands médias en est encore là).


J'arrête là. Ce film ne remplace pas un essai, il le complète sans doute efficacement.


 



fd 26/07/2010 03:54



ps : à défaut de pouvoir corriger les coquilles de mon précédent commentaire (j'en repère 3 malgré une relecture avant de poster), je précise que le mot de l'antépénultième ligne devait être
ensommeillé et non ensoleillé. Too bad



fd 26/07/2010 03:49



Cher camarade Olyvier, je te connais trop bien pour savoir que la question "la vérité de tes valeurs est-elle dans les grands principes humanistes énoncés par Edgar ou dans les plaisirs de
l'Orient ?" est, comme eût dit Derrida...indécidable (ce qui n'est point un reproche que je t'adresse, car je crois aux bienfaits du plaisir comme moteurs de l'action).


J'avais déjà prévu ce que je dirais si le camarade Edgar me demandait d'expliciter mon "timeo Danaos". Je sais que tu as connu, en miniature, la joie de ces Occidentaux gazaophiles, quand tu t'es
rendu au Kurdistan turc et en Irak, et je l'ai connu aussi en Serbie en 1999 (comme tu le sais fort bien, toi qui apprécias mon récit à ce sujet), un voyage qui pour moi aussi était à l'époque
soutenu par des Grecs (Danaos...), ce qui n'est peut-être pas un hasard. Néanmoins c'est à Edgar que tu as envoyé ces vidéos et non à moi.


Non pas parce que tu m'accuses d'avoir peur de l'Inconnu (j'étais en Transnistrie en 2007, et en Abkhazie en décembre dernier, un territoire sur lequel l'Occident sait encore moins de
choses que sur Gaza, et qui a connu un embargo terrible pendant dix ans), mais parce que tu sais que je suis sceptique devant tout ce qui relève des grandes émotions altruistes,
sceptique quant à leur ancrage dans le temps (aussi bien celles qu'on éprouve que celles des gens qui nous reçoivent), sceptique sur la façon dont on les inscrit dans un dispositif
global d'analyse.


Ca ne veut pas dire que je n'irai pas un jour à Gaza pour les beaux yeux ou les loukoums d'une Palestinienne comme tu dis (étant moi aussi adepte des plaisirs de ce monde), mais je crois que
si j'y vais je m'y rendrai avec une certaine froideur,dont j'espère qu'elle est celle de la maturité et non cynisme. En tout cas, je n'irai pas dire que la façon d'aller vers les
peuples assiégés, diabolisés ou méconnus est d'autant meilleure qu'elle n'est pas "militante" comme tu le sousentends dans ton commentaire des vidéos. Il y a beaucoup d'imposture chez les
militants, mais il y en a aussi beaucoup (et peut-être beaucoup plus) dans la facilité du refus du militantisme, dans le souci de "distinction" comme dirait l'autre, à vouloir être plus dans le
"contact humain réel", plus dans "l'honnêteté", la "nuance" etc que ces supposés "abrutis" qui vont à Gaza sous des bannières politiques. Sujet compliqué. Mais une bonne dose de scepticisme sur
ce qu'on croit meilleur est toujours bon apprendre. C'est ausi le sens que je donne à ce "timeo". Cela étant je t'encourage à faire connaître à notre beau pays ensoleillé tes découvertes
proche-orientales. Et par exemple si tu veux exposer tes photos ailleurs que sur Internet, je puis te recommander la galerie parisienne d'un mien ami si tu le souhaites.


 



olyvier 26/07/2010 00:22



FD : pour ma part, je vais plutôt me faire voir chez les palestiniens, car, écoutant moins ma mère que ma curiosité gourmande, j'ai rarement eu peur de l'inconnu qui m'offrait des loukoums. A la
pistache, c'est très bon. Vous devriez essayer. 



fd 25/07/2010 22:25



Timeo danaos et dona ferentes.