La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Conversation avec Descartes

Hum. Descartes le blogueur, pas le philosophe.

J'ai lu quelques billets chez ce blogueur d'apparence cocardière et qui arbore la devise de Colbert sur sa page d'accueil. A la fois limite ringard et rassurant.

Bref. Sur le nucléaire, il a déroulé un argumentaire très techno-républicain intéressant. Non pas parce que je l'approuve mais parce qu'il argumente solidement. Je crois comme lui qu'on ne peut pas changer de stratégie nationale tous les trois jours, et qu'il faut en avoir une, à la définitoin de laquelle les experts ont toute leur part. Contrairement à lui j'estime quand même qu'il est légitime que l'accident de Fukushima entraîne une révision de la politique nucléaire française (surtout dans sa version mercantilo-sarkozyste).

J'ai échangé quelques  commentaires avec lui, vous pouvez aller voir.

 

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

Descartes 18/03/2011 16:03



@Gilles


Complètement d'accord avec Mendès-France. Je pense que les "experts" sont absolument nécessaires pour faire fonctionner un Etat moderne. Mais je ne propose pas de leur déléguer le pouvoir
politique. C'est justement parce qu'on en a besoin des "experts" mais qu'il est dangereux de leur donner trop de pouvoir qu'il faut mener une véritable réflexion politique sur l'organisation de
l'expertise et son contrôle. C'est cela ma proposition.



gilles 18/03/2011 15:34



à « Descartes » :


 


Un peu plus de deux mois avant la signature des traités de Rome, le 18 janvier 1957, Pierre Mendès France fait une intervention particulièrement prémonitoire à l’Assemblée Nationale :


 


« Le projet du marché commun, tel qu’il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication
d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme "providentiel", soit à
la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à
dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».



gilles 18/03/2011 14:22




à Descartes 


 


Gouvernement des experts : 


 


Forum de Davos, lobbying des élites à Bruxelles et à Washington, Tri-latérale, Bilderberg, « construction » européenne, nucléaire, accords de libre-échange, pouvoir
des banques, pouvoirs des agences de notations, privatisation de l'armée, partenariats public-privé, droits d'inscription à l'université, privatisation rampante de l'éducation, AGCS, Organisation
Mondiale du Commerce, dérégulations, mise en concurrence, mondialisation, désignation de l'étranger comme bouc-émissaire, lois sécuritaires… 


 


Dormez citoyens, y'a rien à voir, ayez confiance, les experts pensent pour vous.


 





 


Écoute Edgar, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie ! Durée 56 mn


 



Descartes 18/03/2011 10:25



Puisque tu as fait des commentaires si élogieux (si, si) sur mon écrit, permets moi d'en faire quelques un sur les tiens. Sache d'abord que pour moi être "ringard", loin d'être une insulte, c'est
un titre de gloire. Comme Roland Barthes, et un peu pour les mêmes raisons, "il m'est devenu peu à peu indifférent d'être moderne".


Et maintenant sur le fonds: non, il n'y a aucune "raison raisonnable" que l'accident de Fukujima (per se) entraîne une révision de la politique nucléaire française. Ce qui ne
veut pas dire qu'il n'y ait pas des leçons à tirer: Le retour d'expérience de l'accident de Fukujima et de sa gestion doit conduire à révisiter les critères de sûreté et il y aura certainement
des améliorations à apporter aux installations pour tenir compte des enseignements de cette crise. Mais tout ça est le boulot des techniciens et n'a aucun rapport avec la politique.


L'accident de Fukujima n'a aucune "raison raisonnable" d'entrainer une revision de la politique nucléaire française simplement parce qu'il ne nous apprend rien que nous ne sachions dejà. Nous
savons que le risque zéro n'existe pas. Nous savons que nos installations ont donc une chance non nulle de connaître un accident nucléaire. Nous savons que dans ce cas il y a un risque de
contamination sévère sur le site et de contamination legère sur un rayon de dix à vingt kilomètres autour. Tout ça, nous le savons, et la France a choisi sa politique nucléaire en connaissance de
cause. Alors, qu'apporte de plus l'accident de Fukujima à l'homme rationnel ? Rien, absolument rien. Notre parc nucléaire est aujourd'hui aussi dangereux et aussi sur qu'il l'était il y a deux
semaines. Pourquoi avoir plus peur de lui aujourd'hui qu'hier ?


Ce que l'accident au japon apporte, oui, ce sont des images. Des reportages. Du son. De la peur. En un mot, de l'émotion. Mais l'émotion est-elle une bonne base pour définir les politiques
publiques ? Faut-il céder à chaque fois à l'histérie en légiférant dans l'urgence et sous le coup de l'émotion ?


Et plus profondément, faut-il arrêter de prendre sa voiture chaque fois qu'un accident de la route particulièrement sanglant se produit quelque part en France ? Arrêter de prendre l'avion chaque
fois qu'un aéronef s'écrase quelque part dans le monde ? Ne plus sortir de chez soi parce qu'on apprend qu'un voyou a tué une vieille dame quelque part ? Quelque part, en tant qu'individus
(rarement 100% rationnels) nous réagissons de cette manière. Mais le travail de nos représentants politiques est justement d'empêcher que ce mode de raisonnement domine la délibération publique.
On a beaucoup reproché à Sarkozy de flatter ce penchant à l'histérie à chaque fait divers. De grâce, camarades écolos, ne faites pas aujourd'hui ce que vous condamniez hier...



Ovide 17/03/2011 13:59



En fait, la question du nucléaire ne bougera pas beaucoup car les français savent qu'il y a un risque à vivre... sans le nucléaire. Celui du fameux "retour à la chandelle".


Quand tout va bien, il est agréable de disposer d'une énergie abondante et pas chère. Même Yves Cochet et Noël Mamère sont bien content de prendre le TGV pour se rendre en quelques heures à
Strasbourg, sans être probablement capable de donner la quantité d'énergie consommée par une rame de TGV pour démarrer par exemple.


C'est d'ailleurs pour cela que le discours des écologistes passe peu ou prou auprès des populations, sauf à l'occasion de grande catastrophe ce qui fait qu'ils en profitent. Rares sont ceux en
effet qui tentent de démontrer qu'il est possible de vivre tout à fait correctement, rien qu'à une échelle individuelle ou de petite communautés, sans le nucléaire. A l'échelle d'un pays comme la
France, c'est encore plus compliqué.


C'est encore pire pour le pétrole. Lors de la catastrophe du golfe on a pas vu les automobilistes Mamère et Cochet venir dire qu'il fallait "sortir du tout pétrole". Pourtant les conséquences
environnementales et sanitaires de la voiture sont bien plus importantes que celle du nucléaire.


Le discours à tenir en réalite est toujours le même : il faut être capable de vivre aussi bien avec moins de consommation d'énergie, donc avec moins de nucléaire. L'énergie la moins chère - et la
moins risquée - étant celle que l'on ne consomme pas.