La lettre volée

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Construction européenne : la méthode monnaie

Jusqu'ici, la construction européenne avançait "à petits pas", selon la méthode Monnet : la structure européenne grignote les pouvoirs nationaux les uns après les autres, dans le plus grand silence mais de façon efficace.

Cette méthode a l'inconvénient, pour les souverainistes européens, d'être trop longue.

La crise engendrée par l'euro leur offre une occasion magnifique de passer à la vitesse supérieure, en ne conservant qu'un élément de la méthode Monnet : son caractère subreptice.

Car avec l'Europe par la méthode monnaie, nous pourrions rentrer de façon définitive dans un état fédéral européen. De façon entièrement non démocratique et avec aux commandes, non pas les vilains marchés financiers, mais les Etats-Unis et la Chine.

 

Voici comment.

 

L'euro tue les économies qui l'adoptent (cf. euro, la double peine ou Ne l'oublions pas, l'euro est un atout).

 

Pour résorber les déficits croissants que l'euro inflige aux pays qui l'ont adopté, il va falloir des montants sans cesse croissants.

 

On voit que le Mécanisme Européen de Stabilité va permettre de mobiliser près de 500 milliards d'euros et l'on discute maintenant de porter ce montant à 2500 milliards d'euros.

 

On peut relever un point au passage : colmater des brèches ne résoudra jamais le problème principal, qui est qu'en dehors de l'Allemagne tous les pays de la zone euro ne peuvent rétablir leur compétitivité et conserver l'euro. Martin Wolf explique cela dans le Financial Times de façon très claire : "si les pays créditeurs de la zone euro devaient transférer massivement des ressources aux pays déficitaires, la zone euro serait peut-être préservée. Mais même si (ce qui est peu vraisemblable), l'Europe du sud [note d'Edgar : France comprise, assez rapidement]se transformerait en un vaste mezzogiorno. Ce serait un résultat désastreux de l'intégration monétaire européenne".  (if creditworthy members were to transfer resources to the uncreditworthy on a large enough scale, the eurozone might be kept together. But, even if such a policy could be sustained (which is unlikely), it would turn southern Europe into a greater Mezzogiorno. That would be a calamitous outcome of European monetary integration.)

 

Wolf n'évoque pas les conséquences politiques d'une telle évolution :

 

- le Mécanisme européen de Stabilité, avec les statuts déments d'irresponsabilité qui le caractérise,  aura à servir au bas mot 100 milliards d'euro d'intérêt chaque année (4% de 2500 milliards). Ca placerait ce budget pas loin de celui de l'état français. Qui aura la légitimité pour gérer cette structure ?

- les acquéreurs de la dette européenne ainsi accrue seront vraisemblablement en bonne partie américains et chinois. Américains parce que les Etats-Unis ont conservé la capacité à faire tourner la planche à billets sans se soucier de leurs déficits (et que la zone euro n'a jamais rien fait contre). Chinois parce que l'euro sert de variable d'ajustement de la croissance mondiale et que les bénéfices des groupes américains sont réalisés à partir de leurs implantations chinoises. La Chine accumule ainsi des réserves de capitaux colossales qu'elle ne placera pas sans conditions.

- l'Europe se placera donc sous la tutelle du couple chinamérique contre lequel elle n'a rien fait depuis la naissance de l'euro.

Demain ce sont donc des créanciers américains et chinois qui dicteront aux pays membres de la zone euro leur politique économique. Déjà aujourd'hui les agences de notation pèsent d'un poids disproportionné sur l'élaboration des budgets nationaux alors que le FESF premier niveau n'est pas encore en place. Imaginons ce que ce sera demain avec une dette cinq fois supérieure !

En cas de grogne populaire contre les mesures d'austérité imbéciles provoquées par la tentative irrationnelle de construction d'un état souverain européen, on peut parfaitement imaginer des interventions militaires pour calmer les émeutiers.

Qui pourrait estimer aujourd'hui improbable que d'ici quelques mois la question de l'envoi de troupes européennes, voire de l'OTAN, à Athènes soit posée ? Au nom des "engagements européens" pris par des dirigeants vendus aux marchés financiers. J'avais d'ailleurs eu envie initialement de titrer ce billet "2012, l'OTAN à Athènes". Un scénario pas complètement irréaliste.

 

Nous passons donc aujourd'hui à une phase accélérée de la construction européenne. La méthode Monnet est enterrée, la méthode monnaie sera bien plus violente, et rapide - mais tout aussi difficile à comprendre, et furtive. D'ailleurs, l'un des plus éminents propagandistes du souverainisme européen, Jean Quatremer, s'en réjouit : "Le fédéralisme induit par la monnaie unique se concrétise donc dans la douleur". Au passage, oublions toute notion de démocratie. Qui a averti les électeurs que la monnaie unique conduisait au fédéralisme ?

Sortir de l'euro, c'est avant tout rétablir la démocratie.

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Je n'avaiGérard Couvert 22/10/2011 01:33



Je n'avais pas vu l'intervention de notre hôte ... Edgar c'est très romantique de vouloir creuser avec une petite cuiller jusqu'en Nouvelle Zélande, mais l'exprimer c'est aussi exprimer que l'on
ne fera rien. L'UPR est sympathique et il y a des gens brillants mais les possibilités d'une arrivée au pouvoir sont nulles.


J'ai eu raison chez Pasqua (je sais cela énerve), j'ai eu raison chez Chevènement, j'ai eu raison de créer "gardons le Franc", j'ai raison chez Dupont-Aignan, 20 ans de militantisme pour foutre
en l'air le levier libéral nommé U.E., résultat ?


La France crève.



Gérard Couvert 22/10/2011 01:25



C'est étrange come il est impossible de parler du F.N., c'est un peu comme évoquer la corrida chez des sociaux-démocrates techno-propres.


Je crois qu'il est temps de s'interoger sur la volonté et la possiblité pour Marine le Pen d'incarner le grand boulversement que nous appelons de nos voeux.


Il suffit de poser une question pour que d'une part les adjectifs ausi automatiques qu'imbéciles fusent et pour que ipso-facto l'interogateur se retrouve supot de satan. Je nemilite pas ni n'est
jamais milité pour le FN et mêem au contraire je donne assez de moi à un parti concurrent ; mais cela ne m'empêche pas d'ouvrir mes yeux et mes oreilles et de refuser l'enfermement : en un mot je
ne suis pas socialiste.


Essayez d'imaginer quel type de gourvernement avec quel dynamisme social et au sen de quel élant national, permettrait le rétablissement de nos frontières, la remise en oeuvre de notre industrie,
l'arret partout en France des dérives du libéralisme, de l'européisme de la déstruction de notre nation ? Essayez d'imagniner, qui, comment, vous verrez bien ...



ºC 21/10/2011 18:46



Sureptice?! Mario Draghi va prochainement prendre les rênes de la BCE : les soupçons qu'il n'a pas souhaité dissiper.



2010 : La commission européenne enquête sur le maquillage des comptes de la Grèce avec l’aide de la banque d’affaire (Goldman Sachs) dont Mario Draghi a été vice-président de la branche
européenne. Sans suite… Or, le code de déontologie des spécialistes en valeur du trésor bannit ce type de pratique.


Mai 2011 : J-C Trichet met son veto à l’ouverture des archives concernées, dans le cadre d’une procédure judiciaire initiée par Bloomberg. Le prétexte du refus est de ne pas effrayer les
marchés...


Juin 2011 : Mario Draghi est interrogé par le l’eurodéputé qui s’est impliqué dans son dossier face au comité aux affaires économiques et monétaires du parlement européen. Alors que c’est
pour le premier l’opportunité de dissiper les soupçons pesant sur lui, l’eurodéputé, à l’issue de l’audition, considère que le déficit de confiance reste entier.


Analyse minutieuse de l'audition (ºC).




edgar 20/10/2011 21:12



torsade : tu peux même enfoncer le clou et rappeler que le parti qui appelle, seul, à sortir de l'union européenne est l'UPR : http://www.u-p-r.fr/



Torsade de Pointes 20/10/2011 20:51



Edgar
: « on peut parfaitement imaginer des interventions militaires pour calmer les émeutiers»


Effectivement, et c’est le moment de se souvenir de cet article fameux de la constitution européenne (et du traité de Lisbonne?) qui donnait licence aux forces de l’ordre de tirer à
balles réelles sur des émeutiers. Du reste, une gendarmerie européenne est d’ores et déjà en cours de création. Le grand atout d’un tel corps, c’est que, composé d’hommes étrangers aux pays où il
serait appelé à intervenir, il ne risque pas de se solidariser avec la population. La langue véhiculaire serait bien entendu l’anglais, mais il ne sera pas nécessaire de savoir beaucoup d’anglais
pour obéir à des ordres simples, du type: GO! FUCK PIGS!



Torsade de Pointes 20/10/2011 20:39



Question à M. Gérard
Couvert : est-ce que le FN propose que la France quitte l’Union européenne? Il m’a toujours semblé que non, mais détrompez-moi.


 


Question subsidiaire : dans l’affirmative à la question précédente, le FN est-il le seul parti en France à faire cette proposition? Là, la réponse est catégoriquement négative, vu
qu’il existe en France un parti au programme duquel figure en première place, et sans la moindre ambiguïté, la sortie totale et immédiate de l’UE (et de l’OTAN aussi d’ailleurs). Le grand
avantage de ce parti par rapport au FN est qu’il n’est pas constitué d’un ramassis de néo-nazis et de paléo-nazis, tient un discours d’une parfaite limpidité, et ne cherche pas à monter les
Français les uns contre les autres.



Romuald 20/10/2011 15:53



Est-ce que les anti-euro en Europe ont une chance de finir comme Kadhafi ?



Gérard Couvert 20/10/2011 02:10



Je pense que vous pourrez interpeller sans cesse Hollande et les autres, sociaux-démocrates ou démocrates-sociaux, vous n'obtiendrez rien, absolument rien résolument rien ! Ils savent, et nous
sommes les empecheurs de mondialiser en rond ! Dans leur esprit et dans les méthodes de notre démocratie totalitaire ils nous fusillent tous les jours ... et à force cela laisse des traces !


Ils veulent l'Europe fédérale et culturelleemnt anglo-saxonne (la culture latine c'est trop compliquée, trop sensuel, trop élevé pour eux) et puis ce sera plus simple pour que nous devenions les
77 Etats-Unis (pour les étoiles on s'arrangera).


Donc on fait quoi ? Peut être que ce serait plus simple de convaincre que le FN avec nous, c'est national et frontal contre Bildenberg ?


 



Denis Griesmar 20/10/2011 02:01



C'est précisément sur cette question qu'il faut interpeller sans relâche les candidats à l'élection présidentielle, comme François Hollande, qui semble bien considérer que les abandons de
souveraineté du peuple français sont irréversibles, et qu'il n'y a pas d'autre solution que de se fondre dans un ensemble fédéraliste ... dont les Allemands ne veulent pas ! Ce genre d'attitude
revient à se moquer des électeurs, qui ont droit à un choix véritable.



Gérard Couvert 19/10/2011 22:45



 Avec qui aux manettes et sur quel programme, au nom de quelle légitimité ?


Qui pourra politiquement faire face aux pressions considérables qui se metront en place contre la France si elle sortait de ce trou noir ?


Comment faire taire les Quatremer, les Atali, Minc etc. par le débat qui, les média étant aux mains des ennemis,  demeurera pseudo-démocratique.


Lors des réunions genre G8/20/37 etc. il y a déja des policiers venant d'autres pays européens, la caserne de Mulhouse occupé par des soldats Allemands n'est pas un détail.


 Dans un comentaire il y a quelques semaines j'avais écrit que l'Italie aurait un réveil brutal -atention ausi à l'andalousie et aux tensions avec l'Islam- que la population y était capable
de violence ; nous y sommes presque, mais c'est le peupel de France qui devrait se lever, parce qu'alors, les autres suivront.


Se lever, dans la rue, ou dans les urnes.