La lettre volée

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Concilier espoir et rigueur, le programme du PS

J'aime beaucoup le titre du Monde sur le programme du PS : "Le projet du PS tente de concilier espoir et rigueur".

Ce qui est phénoménal n'est pas l'idée qu'un programme devrait tenir compte du réel, balancer le désirable et le souhaitable.

L'extraordinaire est que ce que le Monde comprend du programme c'est qu'il s'agit d'arbitrer entre la possibilité d'une reprise pour plus tard ("l'espoir") et la certitude d'une rigueur tout de suite. En clair : il n'y a, en réalité, rien de concret dans le programme socialiste. C'est le Monde qui l'écrit implicitement et je souscris assez volontiers. Je crains donc que Le Monde n'ait parfaitement saisi l'essence même du programme du PS : faire patienter en attendant des jours meilleurs (par exemple quand l'Union européenne aura fini de produire tous ses bienfaits).

La seule chose positive que l'électeur PS peut attendre du programme de son parti est donc une catégorie qui relève du religieux (l'espérance est l'une des trois vertus théologales). 

Pour être complet, le programme profondément religieux du PS doit comprendre les autres vertus que sont la foi et la charité.

La foi, nous l'avons avec les "emprunts européens pour le futur". En effet, le futur, c'est l'Europe, c'est un acte de foi. Comme est acte de foi le fait que pour lancer ses emprunts européens, ou mettre en place des écluses protectionnistes, il faudra convaincre les 26 autres pays membres de notre bonne Union qui nous rend si forts.

La charité nous l'aurons avec les emplois jeunes : il ne s'agit plus de créer des emplois normaux, il faut se rabattre sur des contrats spécifiques, des pseudo-emplois.

 

Il ne s'agit pas ici d'une analyse sérieuse du programme du PS. Mais je crains que le Monde, qui s'y connaît dans le genre catho de gauche, n'ait parfaitement saisi de quoi il retourne. En 2012, voter PS relèvera donc de la même démarche psychologique et intellectuelle que celle qui consiste à allumer des cierges. Un progrès ?

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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gilles 11/04/2011 09:39



La photographie de Mendès France




gilles 11/04/2011 09:26



Pierre Mendès
France
à Thierry Cayol, votre phrase sur les socialistes n'est pas claire. Qu'avez vous voulu dire ? Pour ma part, je pense que depuis que Pierre Mendès France n'est plus là, les socialistes
ne font soit que s'illusionner ( des idiots utiles au système en place en quelque sorte ) ou soit nous illusionner et nous donner comme projets que des chimères plaisantes certes, mais quand ils
arrivent au pouvoir, ils ne tiennent pas ces promesses. Il n'y a qu'à penser à la promesse de Lionel Jospin de ne pas privatiser France Télécom. Promesse qu'il a renié sitôt après avoir été élu
en invoquant comme raison les engagements « européens » de la France. Pierre Mendès France lui a été lucide sur ce que représentait Pétain, mais pas seulement, il a été clair-voyant dès le départ
sur la « construction européenne ».

Je le cite :
« Le projet du marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication
d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une
autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique , car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire,
budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

Le 18 janvier 1957.



thierry cayol 11/04/2011 07:58



J'ai apprécié ton analyse du papier du Monde sur le programme du PS. Mais il est temps, je pense, de cesser de mettre les socialistes (dont je suis résolument) des électeurs PS (ce que, étant
fondamentalement de gauche, je ne suis plus


C'est en tout cas le sens que j'entends donner à mon blog, que tu ne connais peut-être pas encore, mais que je t'invite à visiter.


Et, qui sait, si tu es séduit, peut-être t'inscriras-tu à ma newsletter et me mettras-tu dans tes liens...


Amicalement    -    Thierry



Joe Liqueur 08/04/2011 23:34



Ne cherchons pas midi à quatorze heures : le P"S" est un parti de droite (pour faire bref et un peu papidaire). Au moins depuis 1982/1983. La seule chose qu'ils n'essaient pas de concilier avec
quoi que ce soit, c'est le socialisme. La phrase citée par Jean Luigné est très "drôle" si on peut dire.


Sans outils monétaires et douaniers, on ne peut pas mettre en œuvre une politique socialiste, ni plus généralement le moindre grand projet collectif. Ne reste que l'"espoir"…


On ne peut pas concilier le socialisme et le monétarisme. On ne peut pas concilier le libre-échangisme et le socialisme. On ne peut pas défendre l'indépendance de la banque centrale et être
socialiste. On ne peut pas non plus défendre l'inscription du principe d'indépendance de la banque centrale dans la constitution, et être socialiste, ou même démocrate. Abandonner définitivement
la souveraineté monétaire et douanière de l'Etat, c'est dépouiller le peuple (le souverain, en principe) de sa souveraineté monétaire et douanière.


Les "socialistes" ont renoncé aux outils macro-économiques, donc ils ont renoncé à faire de la politique macro-économique. Reste le "care" : chacun est invité à être gentil et compatissant avec
tout le monde, et on espère que ça ira mieux. C'est "sympa", peut-être (ou plus probablement ridicule). Mais en tout cas ce n'est pas de la politique.


Allez, je remets une couche de Diplo.



samuel_ 08/04/2011 21:21



 Génial ! C'est tout à fait ça.


 


 Dans la mentalité religieuse de la gauche, peut-être peut-on rajouter le besoin de croire que le monde est bon en soi, et que ce sont de méchants hommes qui y introduisent le mal, contre
lesquels nous les bons il nous faut nous indigner.


 



Luigné jean 08/04/2011 16:10



 


Effectivement cette critique n’est pas sérieuse, mais ce manque de sérieux n’est-il pas la quintessence même du programme d’un parti à qui on peut reprocher moins son socialisme que l’absence de
socialisme ? Sans doute, François Hollande, candidat au primaire, pourra-t-il nous expliquer comment on peut être socialiste sans l’être, lui qui déclarait dans son discours de clôture du
célèbre congrès de Rennes : « nous devons rester fidèle à nos valeurs, mais il faut en changer le contenu. »


Incontestablement, depuis lors, le parti socialiste a appliqué ce principe avec une grande rigueur, ce qui est juste de signaler lui qui pour le reste… 


"Voilà pourquoi, madame, le parti socialiste n’est plus un parti d’opposition …"