La lettre volée

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Comment gagner 54 milliards d'euros de recettes fiscales et sauver la sécu et l'industrie française ?

Les Etats-Unis et la Chine (pour les plus importants) ont des monnaies artificiellement dévaluées de 30% environ par rapport à l'euro (merci à Jean-Claude Trichet).

 

Keynes, au moment de Bretton-Woods, avait proposé un système dans lequel les pays connaissant des excédents commerciaux réévaluent leur monnaie. Tout le monde se dit keynésien aujourd'hui mais on entend peu d'intervenants se soucier de remédier aux déséquilibres commerciaux gigantesques qui causent les perturbations financières que nous connaissons (ce sont les excédents de capitaux moyen-orientaux et chinois qui créent des bulles un jour immobilières, l'autre sur les métaux précieux etc...)

 

La taxe de libre-échange, que j'ai proposée dans un billet antérieur, et encore discutée récemment, compenserait l'absence d'un tel système de régulation dans les échanges internationaux.

 

Appliquée aux produits chinois, la taxe conduirait à percevoir 40% d'impôts sur les produits chinois entrant en France (pour compenser une baisse de 30%, il faut ajouter environ 40% à ce qui reste). Nous percevrions donc 40% de 31 milliards d'euros d'achat par an, soit une douzaine de milliards d'euros pour le budget public. L'équivalent de la taxe intérieure sur les produits pétroliers, qui frappe l'essence. Ou un peu moins de ce que nous coûte l'Union européenne chaque année.

 

Bien sûr, nous importerions moins de produits chinois. Mais nous produirions certainement plus d'Ipod en France, ou d'appareils photos ou tout autre objet aujourd'hui fabriqué en Chine.

 

Le calcul de coin de table que je cite ici n'est pas un chiffre en l'air. On peut lever les épaules et dire que j'élucubre. Il n'empêche que les 12 milliards d'euros que je mentionne ici sont exactement ce qui manque au prix chinois pour atteindre leur valeur de marché si le yuan était correctement évalué. C'est le montant des soldes que le gouvernement chinois offre au consommateur européen (sur le dos du travailleur chinois qui voit retardé d'autant le montant où il bénéficiera d'une sécu etc...)

Ce sont également 12 milliards d'euros d'économie que doivent essayer de faire les indutriels français sur le dos de leurs salariés s'ils veulent rester compétitifs... Si nous continuons donc à dormir (ou à faire confiance à l'Union européenne, ce qui revient exactement au même), l'industrie française continuera à perdre ses emplois et ce ne sont pas les rêves délirants d'une économie fondée sur la gratuité qui nous habilleront, nous logeront et nous nourriront.

 

Qui a les moyens de tenir dans ce cadre mondial déséquilibré, et peut donc s'opposer à des mesures de rééquilibrage ?

 

1. Les actionnaires des sociétés occidentales qui délocalisent, leurs banquiers et toute la classe qui vit en satellite autour d'eux (journalistes éco payés à vanter les louanges du marché). Même ceux qui ne délocalisent par parce qu'ils sont sur une niche ou autre cas particulier sont ravis que la pression chinoise incite les salariés à ne pas la ramener ;

 

2. les fonctionnaires dont les salaires sont stables et ne risquent pas d'être concurrencés par la main d'oeuvre chinoise soldée (en plus ils ont 30% de soldes permanentes sur les Ipod. Les salariés de l'industrie ont aussi les soldes sur les Ipod mais avec un très fort risque de perdre leur job). Ils ne sont pas indifférents, ils sont juste inconscients de ce que l'inconséquence de la politique économique menée dans le cadre européen est totalement inepte ;

 

3. les salariés du marketing, de la pub, les comptables (attention, les services comptables commencent à se délocaliser...), les juristes et tous les métiers tertiaires déconnectés de la production. Faire de la pub pour un Ipod fabriqué en Chine ou en Basse-Normandie, c'est du pareil au même.

 

Il y a donc pas mal de gens qui peuvent aujourd'hui danser sur un volcan et laisser le système américano-chinois manger la laine sur le dos des salariés de l'industrie et de la classe moyenne. Sauf que quand il n'y aura plus d'impôts pour payer les fonctionnaires, et que les chinois auront maîtrisé les fonctions tertiaires supérieures, il sera trop tard pour pleurer.


*


Quid des importations en provenance des Etats-unis ? Keynes souhaitait la réévaluation des devises dont les pays accumulaient des excédents commerciaux. C'est clairement le cas de la Chine. Pour les Etats-Unis, ils ont à la fois une devise sous-évaluée et des déficits commerciaux. Ce phénomène atypique est dû à la place du dollar comme monnaie de réserve du système monétaire international. On pourrait parfaitement justifier une taxation des produits fabriqués aux Etats-Unis en arguant qu'il s'agit d'un avantage indû. C'est une dizaine de milliards de dollars supplémentaires que nous collecterions.


*

Dernier moyen de récupérer une dizaine de milliards de dollars : sortir de l'Union européenne et arrêter d'entretenir 5000 fonctionnaires dans les ambassades européennes, toute la bureaucratie européenne qui passe son temps à s'occuper de tout et n'importe quoi en violation du principe de subsidiarité. L'Union nous coûte une douzaine de milliard d'euros par an.


*

12 milliards avec la Chine, 10 avec les Etats-Unis, 12 avec l'Union européenne. Un gouvernement français libre et intelligent gagnerait 54 milliards d'euros. Une à quatre années de déficit de la sécurité sociale. Vous préférez ça ou les fermetures d'hôpitaux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 22/01/2010 09:46



Attaques contre le Franc : ça dépend. D'une part, comme tu le dis, une baisse du Franc est nécessaire à défaut d'avoir un euro utile.


Ensuite si les fonds américains par exemple décident de vendre, on peut préparer des opérations de rachat massifs, par la CDC par exemple. On ne pourrait la soupçonner de favoritisme dans ses
choix : achat de titres sélectionnés auparavant par des investisseurs hum avisés.


Enfin la question de fond est de savoir si on est contents d'être en deuxième classe sur un paquebot conduit par les Etats-unis ou si l'on préfère notre propre bateau.


est-ce que la mondialisaton signifie l'interdiction faite à la planète entière de tenter des politiques différentes ? Faut-il tolérer que toute tentative de réguler le marché soit décrétée
intolérable ?


Donc ponctuellement il y a moyen de parer au problème que tu soulèves justement (il n'est pas indispensable par exemple d'annoncer en même temps les 32 heures la nationalisation des banques et le
retour au franc - encore que, chacune de ces mesures se défendrait). Plus au fond, il s'agit à la fin d'une question de dignité. Va-t-on supporter plus longtemps que Jean-Claude Trichet fasse la
politique économique de l'Union européenne ? Volker, Greenspan puis Bernanke ont habitué les USA à ce que la politique monétaire fasse la pluie et le beau temps, le libre échange assurant la
partie "réelle" du jeu économique. Ce couple infernal a montré son inefficacité, n'attendons pas quarante ans que les Etats-Unis se réforment. Or l'Union européenne ne fait que cela : attendre
passivement les impulsions venues de Washington, à l'abri derrière la nouvelle ligne Maginot qu'est la règle de "pas plus de 2% d'inflations".


 



La Règle du Je 22/01/2010 09:03


Intéressant, comme toujours Edgar. Mais dans ton analyse, il manque la fuite des capitaux et les attaques contre le franc que ne manqueraient pas de provoquer les décisions du gouvernement du tes
rêves :-) Après, c'est sûr qu'avec un franc faible on exporte davantage, mais je pense quand même que tout cela n'irait pas sans un grand bordel au regard de l'imbrication du pays dans le "système
capitaliste mondial". Qu'en penses-tu ?


Gérard Couvert 21/01/2010 08:51


Personnellement je m'attache au 21 Mars.


olyvier 20/01/2010 17:14


Marxisant ? Comme je le regrette ! C'est aussi triste et peu enthousiasmant que d'admettre que l'été peut prendre fin. Seulement voilà, le 21 Septembre, chaque année marque quelque chose, et sans
être météorologue, on peut être amenés à s'acheter des pull-overs.


Gérard Couvert 19/01/2010 17:00


Edgard vous n'imaginez pas que je sois favorable, d'une quelquonque facon, à la poursuite du suicide industriel en cours ?
Pour des raisons économiques, de survie poitique, d'indépendance, j'enrage depuis quinze ans de la gabegie, je fais aussi ce que je peux, au minimum en parlant. A l'époque du pillage de JOB (papier
spéciaux) j'avais même fait un petit scandale en apostrophant "les politiques" et mêmes certains syndicalistes, en expliquant aux ouvriers qu'on leur mentait et qu'ils étaient condamnés par la
logique en marche à Bruxelles ... mais voyez-vous je suis encore plus préocupé par une autre conséquence : la victoire du virtuel (et pourtant je suis informaticien) et surtout la fin du contact
avec la réalité physique ; une société à besoin, je crois, de produire du concret, de se heurter à un réel matériel, de disposer de la magie du faire, de la vigueur et de la rigueur qu'imposent le
travail manuel ; la sueur est noble.
.


edgar 19/01/2010 15:20



Laurent : merci.


Gérard : je n'ai jamais dit que ce serait simple. c'est effectivement plus simple de laisser couler doucement notre industrie.


Autant en emporte le vent : très bonne question. mais les services s'exportent tout de même moins bien que les biens matériels. l'Inde n'est pas dans les 20 premiers fournisseurs de la France
(cf. le tableau INSEE en lien). Par ailleurs je ne sais rien du taux de change de la roupie indienne, alors quil y a un consensus absolu sur le fait que le dollar et le yuan sont sous-évalués (et
je lisais hier que la livre britannique le serait également, fortement même.)


donc a priori l'inde ne serait pas fortement visée par une telle mesure.



autant en emporte le vent 19/01/2010 13:08


Bonjour,

Vous parlez beaucoup de la Chine, mais, il y a un autre concurrent énorme (souvent oublié en France), très laboraphage, c'est l'Inde et notamment dans le domaine des services. Les Indiens
conçoivent des sites internet pas cher et font votre comptabilité ou vos fiches de salaires si vous êtes une grosse entreprise... Qu'en est-il donc de l'Inde, monétairement, dans votre raisonnement
?

Merci de votre réponse.


Gérard Couvert 19/01/2010 11:39


En gros, si j'ai bien compris, la France quitte l'U.E. (qui va suivre ? les pays méditerranéens ?), de facto on quitte l'Euro ("au prix qu'ça coûte mon bon monsieur !"), on explique quelques leçons
de morale républicaine et nationale aux banquiers et autres délocalisateurs,  on ramène l'écart maximum des salaires à un chiffre disible, et celui du rapport travail/capital à une valeur qui
ne soit pas obscène ... personnellement j'ajouterai bien quelques mesures de ré-expension de notre culture, mais là pour le coup ça va virer à une copie de l'Italie 1922.
Tout ceci serait parfait, avec une dose de nationalisations (énergie, eau, télécommunications, banque (?)) mais pour y parvenir, et résister à l'immensité des attaques dont nous serions l'objet, il
faudrait disposer d'un soutien populaire vaste, d'un élan quasi-révolutionnaire, et d'un homme pour l'incarner : qui ?


Laurent Pinsolle 19/01/2010 08:57


Très intéressant


edgar 18/01/2010 23:37



en billet ou en commentaire ? en tout cas je te trouve bien marxisant dans tes réflexions ces derniers temps !