La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Boulevard Front National

Ce matin à France Inter j'entendais Serge Moati, s'affirmant "juif, franc-maçon et socialiste", vanter le sympathique Jean-Marie le Pen - auquel il vient de consacrer un livre.

Jusqu'ici les commentateurs qui évoquaient une dédiabolisation du FN faisaient une croix sur le père et pariaient sur la fille. Là on réhabilite directement le père.

Je n'ai pas lu le livre, ne le lirai probablement pas, et ai bien entendu Moati répéter qu'il fallait combattre le FN. Il a peut-être raison sur le fondateur du FN, et sans doute Le Pen est-il quelqu'un de cultivé, roublard, que Moati trouve sympathique après de longues années de fréquentation.

C'est le genre de remarque qu'on peut glisser en fin de conversation, avant d'aborder la météo. En faire un pavé et le présenter sur la radio nationale à l'heure où les enfants écoutent, c'est propre à désorienter l'électeur qui ne sait déjà plus très bien ce que recouvre le clivage droite/gauche.

Or l'électeur risque d'être encore plus lourdement perturbé.

Le graphique ci-dessous émane de Paul Krugman, qui compare l'Europe dans la crise des années 30 et la zone euro aujourd'hui.

Dans les années 30, on voit que le PIB avait plongé de presque 10% en deux années, avant de repartir. En 2008 (année 0 du graphique), le pib de la zone euro n'a plongé que de 6%, ce qui a fait dire, à l'époque, que la crise avait été bien gérée. Mais 6 années après, on se rend compte que le PIB de la zone euro est en retard sur celui des années 30 : il est toujours à 2% en dessous du niveau de 2008, alors qu'en 1936 il avait regagné 6%.

krug9-14.png

Il ne manque pas de commentateurs pour estimer que c'est la fin de la croissance, que c'est la faute aux banques ou aux 35 heures.

Krugman, lui, a tendance à penser que l'euro s'avère pire que l'étalon-or des années 30. 

Là où on rejoint la politique, c'est que Krugman fait ensuite le lien entre cette crise de croissance et la montée de partis extrémistes dans toute l'Europe.

Si l'on récapitule donc :

1. l'euro maintient ses membres dans une quasi-récession ;

2. Cette quasi-récession commence à ressembler à la crise des années 30, montée de l'extrémisme comprise ;

3. le moyen d'en sortir est d'en finir avec l'euro ;

4. ceux qui souhaitent rester dans l'euro contribuent à paver le boulevard front National, puisque ce parti est en France, le seul à avoir accès aux médias et à souhaiter en finir avec l'euro.

 

Poursuite de la crise aidant, on risque de voir beaucoup de choses bizarres dans notre paysage politique, pas seulement un gouvernement "de gauche" réduit à des politiques restrictives inutiles.

C'est probablement un élément qui me pousse à moins écrire ici, l'impression de regarder se dérouler un scénario stupide, dont je devine une fin pas sympathique. Ca doit être ça la fin de l'histoire.

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

Gérard Couvert 30/09/2014 09:31


Je n'avais pas lu cet échange, genre querelle des anciens et des nouveaux, sauf que l'ancien, le croulant, le react paumé, le niveau cour d'école, c'est bien sur Junk et l'avenir, la vision c'est
notre Jacobin.


On fait la guerre ou pas, en l'espèce l'Algérie avant 1960 est terrorisé par une minorité de la population, ne pas oulbier que le FLN à assassiné bien plus de "musulmans" que de francaouis ; ses
méthodes et son but n'ont rien à envier à ceux de l'Etat Islamique, mais leurs exactions furent limitées par l'armée française, tant qu'on lui donna des ordres pour cela. La torture fut limité en
nombre et en intensité, les patients étaient choisis, il y eu peu de tortures "sadiques" et une majorité d'actes pragmatiques ; nous sommes loin des allemands (Nanibie, hulans, nazis ...).


Ceux qui luttaient en soldats dans les djebels furent rarement torturés lorsqu'ils étaient pris les armes à la main -parfois, hélas, soumis à la corvée de bois- ce sont eux que Salan désigne
comme de bons soldats.


Les massacres de Juillet et l'extermination des harkis (et de fonctionnaires pacifiques) montre clairement le fond du FLN, celui qui jettera Krim Belkacem dans le maquis ;enfin l'implacable échec
de l'indépendance parle bien plus que tout !


On touche là au point de limite de l'ouverure d'esprit de Edgard et de tant d'autres échapés de la gauche, mais pas forcement par le bon chemin.


QUand à intermachin je slui suggère d'aller discuter avec des militants du FN, des anciens et des nouveaux, avec une petit peu de sens critique il découvrira à quel point son "analyse" est un
condensé de poncifs.


Si Marine Le Pen arrive au pouvoir -ce que en l'état je ne crois pas - la question sera de savoir si l'oppositon se fera contre elle ou contre la France, fanculo à déjà choisi sont camp, celui
des fourriers de l'étranger, mais Edgar que fera-t-il ? La reconstruction d'une république forte, d'un état colbertiste, l'ejection de la France de l'U.E. (et donc le remplacement de celle-ci par
ce qu'elle est en fait : une hanse morderne), la récupération de la souveraineté, la relance par la néo-consomation, les écoliers remis au travail et les collégiens dans le rang, tout ceci
faudra-t-il lutter contre ?


Et puis le départ de deux ou trois millions d'étrangers pour les bassin culturel d'origine en échange d'une politique de développement trés -trés- généreuse (il n'y a que la richesse qui fait
baisser le taux de natalité !) assortis d'une ambitieuse et imparable politique d'assimilation des restants est-ce que ce sera si insuportable que cela ?

internaciulo 20/09/2014 15:15


Cette histoire de diabolisation ou dé-diabolisation est un faux problème par excellence.


Dieu est mort disait Nietzsche, à fortiori Jean-Marie Le Pen ne peut pas être le diable.


-----


La vraie question est de savoir quelle est l'essence du lepénisme.


Est-ce l'humour douteux sur la seconde guerre mondiale comme le présentent les médias ? Dans ce cas elle ne concernerait que le seul Jean-Marie et Marine en serait immune. Cette conception du
lepénisme est absurdement restrictive. Les leçons de la seconde guerre mondiale sont tellement claires que même le maréchal Pétain ne serait de nos jours pas pétainiste.


Ou alors, est-ce le


- le culte du Chef qui va résoudre tous les problèmes (Le Pen, c'est Urgent!)... à condition bien sûr de lui donner tous les leviers du pouvoir, dont ceux aujourd'hui dispersés dans
l'européisation et la décentralisation


- le postulat des vases communicants entre l'immigration et le cĥomage. Plus besoin de chercher un successeur à la "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie", il suffit de
sortir des slogans du type "3 millions d'étrangers, 3 millions de chômeurs" plus facile  répéter à sasiété jusqu'à ce que le principe de Goebbels qu'un mensonge répété 10 000 fois devient
une vérité s'applique.


- pour le reste , un vaste attrape-gogo en fonction de l'humeur du moment (google vous permettra de retrouver un communiqué de presse de Marine Le Pen qui à la fois dénonce le fait que la France
n'accorde pas le droit d'asile à Edward Snowden, et dans le même temps... dénonce le droit d'asile)


--------


C'est la seconde option, vous l'aurez compris, qui a ma préférence. 


On en déduit facilement que la continuité (la filiation) entre Jean-Marie et Marine est totale, et que, en tant qu'athée, je ne reprocherai pas à celle-ci d'être le diable, mais la crétinerie des
politiques qu'elle propose.


Si ma théorie est vraie, une conséquence intéressante est d'expliquer l'ambiguité des médias et des politiques sur cette histoire de (dé)diabolisation. Tant qu'il s'agissait de se démarquer d'une
nostalgiques imaginaire de la seconde guerre mondiale, se démarquer du lepénisme était un no-brainer, et l'habitude a bien été prise. Oui, mais si le lepénisme est l'explication des problèmes de
la France par la présence de bouc émissaires ne possédant pas de bulletin de vote, on comprend facilement que ceux qui participent à son hégémonie culturel ne sachent pas sur quel pas danser pour
s'en démarquer...

edgar 19/09/2014 22:34


craig : il ne s'agit pas tant de le pen père tout seul que de l'ensemble de la famille, fille comprise. si moatti réhabilite le père, c'est évidemment tout bon pour la fille. 

Craig Willy 19/09/2014 19:02


Ne sois pas trop surpris. Raymond Aron disait que la diabolisation du FN et de Jean-Marie Le Pen relevée d'une « propagande extrême ». Plus Le Pen est inoffensif politiquement (parce que proche
de la mort), plus on dira que c'est vrai qu'on a exagéré un peu. Philippe Cohen a fait la même chose avant de mourir lui-même, comme s'il faisait une petite excuse de la part d'une classe
journalistique un peu biaisée..

nationalistejacobin 19/09/2014 09:47


à internaculo,


Bien sûr: la liberté pour les patriotes, l'esclavage pour les internationalistes... Cela me paraît équilibré comme position.


 


Edgar: je n'ai pas lu non plus votre indignation quand un journaleux (et il y en a) défend la mémoire de "Tonton". Pourtant ce dernier a pesé, bien plus que Le Pen, sur la politique française
durant la seconde moitié du XX°. Si on en est là aujourd'hui, on le doit plus à Mitterrand qu'à Le Pen... Le Pen ne serait pas devenu ce qu'il est sans les choix et les trahisons des "autres".

edgar 19/09/2014 00:26


internaciulo : très bon !


NJ : les jugements sur les allemands mouillés dans le nazisme montre que les condamnations ont frappé tout en haut et presque tout en bas : les grands chefs à nuremberg, et les tortionnaires des
camps ont été pendus. les échelons intermédiaires s'en sortent souvent mieux.


mitterrand a en effet pas mal recouru à la guillotine (http://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-mitterrand-et-la-guerre-d-algerie_933958.html) où avez-vous vu son éloge ici ?  


 

internaciulo 18/09/2014 23:27


à nationalistejacobin


Et entre la liberté et l'esclavage également, vous êtes pour le juste milieu?

nationalistejacobin 17/09/2014 17:35


"Le discours de Le Pen est raciste"


Oui. Pourtant, des gens comme Mélenchon et toute la gauche (et la droite) qui défend l'immigration disent exactement la même chose. Quand on nous explique que "l'immigration va sauver la France"
ou que "la France a absolument besoin de l'immigration", c'est une autre manière de dire "les Maghrébins, les Subsahariens et les autres vont régénérer le peuple français". Le vocabulaire change,
mais l'idée est toujours la même: l' "Autre" est notre seul Salut. Eh bien moi, j'aime mieux penser qu'on s'en sortira d'abord en comptant sur nous mêmes.


 


Simplement, il y a le "bon racisme" et le "mauvais racisme": le "mauvais racisme", c'est le blanc européen qui va civiliser les autres; le "bon racisme", ce sont les autres qui viennent enrichir
la culture du blanc européen en l'aidant à devenir multiculturel (pour expier son "mauvais racisme"). Bizarrement Edgar ne développe pas tellement cet aspect éminemment rédempteur du discours
immigrationniste en France. Il semblerait que Le Pen ait goûté aux deux racismes.


 


Quant à la torture en Algérie, je me garderai d'émettre des jugements hâtifs sur les motivations des protagonistes. Mais les torturés, pour victimes qu'ils soient, ne sont pas impartiaux. Il est
de leur intérêt d'expliquer à qui veut l'entendre que la torture était gratuite, arbitraire et pur sadisme, bref inutile en pratique. Et bien sûr il est de l'intérêt du bourreau de nous expliquer
que la torture était une absolue nécessité. J'ai la faiblesse de croire que la vérité se situe entre les deux...


 


Les résistants français, on en connaît qui ont résisté. Mais si, comme vous le dites, "on tient 48 heures et après on raconte ce que l'on sait", c'est donc qu'il y a bien quelque chose à
raconter... Evidemment, je ne doute pas que le sadisme est répandu parmi les tortionnaires.


 


Pour les "torturés survivants" (des membres ou sympathisants du FLN, rappelons-le, engagés dans des opérations militaires et des attentats, pas des Algériens lambdas), j'avoue que je me demande
comment ils ont identifié clairement Le Pen. Je doute que les tortionnaires se présentent à leurs victimes... Ils ne devaient certainement pas être torturés par le seul Le Pen. On se demande
d'ailleurs un peu pourquoi ce dernier devrait seul porter la responsabilité d'une pratique autorisée, voire encouragée, par les dirigeants français de l'époque (dont François Mitterrand). C'est
un vieux débat: qui est le plus coupable? Celui qui ordonne ou celui qui exécute?

junk 17/09/2014 17:04


Le discours de Le Pen est raciste . Car affirmer qu'un peuple sera régénéré par un autre c'est  du racisme .Qui peut croire que des peuples peuvent être dégénérés ou régénérés .


Quant à la fable "on torture pour empêcher des renseignements ",elle a été dénoncée par Massu lui même . Des torturés survivants des mains de Lepen ont témoignés de leurs arrestations . La
torture n'a qu'une fonction" faire peur "à ceux qui ne participent pas. Les résistants français aussi ont témoigné sur ce sujet " quand on est arrêté , on tient 48 heure et aprés on raconte ce
que l'on sait "

nationalistejacobin 17/09/2014 16:15


@ junk,


 


"il s'est proposé à torturer"


Je ne pense pas: il s'est plutôt proposé pour défendre l'empire colonial français... Ce qui est criticable, bien entendu. Le Pen était député, il a voté pour la guerre, puis il a quitté
l'Assemblée pour aller se battre. Je ne vois rien d'immoral dans cette attitude. J'oserais même dire que ça ne manque pas de panache... Et si ce n'était Le Pen, ce serait certainement considéré
comme tel. En revanche Mitterrand, lui, ministre, a autorisé et couvert la torture. Je ne me souviens pas que qui que ce soit ait gueulé parce qu'un journaliste trouvait "Tonton" sympa... Je ne
prétends pas que Le Pen soit un ange, mais je m'interroge sur le deux poids, deux mesures.


 


Quant à savoir si la torture "n'était pas obligatoire", c'est à voir... Des soldats l'ont sans doute refusée, mais pas tous (sinon il n'y aurait pas eu de torture du tout). Dans l'armée, le
respect de la hiérarchie est quand même un fondement de l'institution. J'ignore si Le Pen a torturé, en revanche il a cherché à justifier la torture en expliquant qu' "il fallait trouver les
terroristes qui posaient des bombes et tuaient des femmes et des enfants". Et effectivement, dans un contexte de guerre et d'attentats, ce raisonnement se comprend, même si ça n'excuse rien, bien
sûr.


 


Quant au discours de Le Pen que vous citez, il est en effet très intéressant... dans la bouche d'un homme qu'on nous présente comme le raciste éternel... Le Pen est sans doute bien plus complexe
que ne le pensent ceux qui le diabolisent.