La lettre volée

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Alain Finkielkraut - L'identité malheureuse

finkie.jpgAlain Finkielkraut frise parfois la manie. Ecoutant Répliques parfois, force m'est de constater que la façon qu'il a de ramener régulièrement le débat sur  la place excessive (selon lui) de l'Islam tourne de temps en temps à l'obsession.

Il est donc agréable, dans ce livre, de découvrir d'abord un ton posé, des souvenirs personnels et une érudition qui donnent l'impression de tenir un livre sérieux et pas un coup de gueule à l'emporte-pièce.

 

On lit par exemple un bon chapitre sur la galanterie française, qui confère à la femme, plus tôt qu'ailleurs, une place, d'abord intellectuelle, égale à celle de l'homme. Le chapitre final sur l'école est également bien fait.


Le thème de l'immigration revient cependant trop souvent sans jamais être abordé de front. Un passage est caractéristique :

"dans une europe qui n'a plus les moyens de maîtriser les flux migratoires et qui est devenue [...] «un continent d'immigration malgré lui (Catherine Withold de Wendel), la France a changé, la vie a changé, le changement lui-même a changé. Il était une opération de la volonté, voici qu'il se produit sans que personne ne le programme. Il était entrepris, il est subi. Il était désiré, il est maintenant destinal".

 

Voilà donc, apparemment approuvée par une spécialiste de l'immigration reconnue, l'idée que l'immigration nous rend passifs, abolit notre volonté de contrôler notre destin. L'article de Catherine de Wendel, que l'on trouve en ligne, se termine cependant ainsi :

 

"Face au décalage entre les mécanismes européens de maîtrise des flux migratoires et les réalités qui se dessinent, la communautarisation des décisions européennes est un instrument plus performant que les politiques étatiques pour y répondre, mais elle reste empreinte de bien des confusions. L’enjeu consiste à trouver un compromis entre la fermeture et l’ouverture, entre la logique sécuritaire et la logique économique. Dans le même temps, la mobilité, la démocratisation des frontières font partie des droits émergents et se profilent des tentatives de gouvernance mondiale des migrations associant pays de départ, d’accueil, OIG, ONG et associations de migrants."


On est assez loin de l'alarmisme métaphysique de Finkielkraut. C'est donc assez limite comme procédé, sur la forme.


Sur le fond, on peut en effet fort bien plaider que la période actuelle est marquée par une volonté de ne plus appartenir à rien. Dans des ensembles trop grands - les nations bientôt transformées en états-continents, face à une ambiance angoissante faite de danger nucléaire et de réchauffement climatique, dans le souvenir des atrocités de deux guerres mondiales, ayant d'autant plus peur de la mort qu'elle est devenue invisible, l'homme moderne cherche à fuir. Il ne se veut plus ni français, ni homme ni femme ni catholique, il ne veut être là pour personne. Il n'y a plus que les minorités pour se vouloir quelque chose.


La grande question est donc cette volonté d'effacement des dominants. Pourquoi l'européen moyen souhaite-t-il n'être plus là pour personne et écouter tranquillement son Ipod ?

 

Imaginer que cette grande stérilité du mâle blanc européen, ce goût du rien, lui est imposée par l'immigré, sans aucune autre cause ni historique, ni métaphysique, ni politique, ni sociale, ni rien, relève de l'irrationnel.

 

Finkielkraut propose pourtant une sorte d'archéologie de ce désamour de soi.

Il s'y montre au passage conscient des risques de la fermeture, après avoir décrit rapidement les penseurs du nationalisme. A vouloir rigidifier la pensée, ils ont oublié, écrit-il, "la grande tradition européenne de l'antitradition, c'est à dire de la vie examinée".

Il moque ensuite les partisans de l'ouverture pure, leur contraire, qui passent de la vie examinée au rejet de leur propre vie. Il griffe Badiou, qui veut accorder tous les droits à l'étranger, comme si nous n'étions pas nous-mêmes les étrangers des étrangers (j'avais déjà noté cette bizarrerie chez Badiou, à propos de son livre sur Sarkozy).

 

Là où Finkielkraut se trompe, à mon sens, c'est quand il conclut ainsi ses développements brillants - et toujours riches d'une érudition impressionnante : "Pour la première fois dans l'histoire de l'immigration l'accueilli refuse à l'accueillant, quel qu'il soit, la faculté d'incarner le pays d'accueil".

 

Pourquoi d'un seul coup faire de "l'accueilli" le problème, alors qu'il vient de démontrer, à longueur de pages, que la vraie question est l'apathie de l'accueillant ? C'est ma critique la plus profonde à ce livre mal agencé.

 

Autre critique : la seule évocation de problèmes économiques figure page 184, pour déplorer la "mondialisation économique et migratoire". Comme si les crises économiques actuelles pouvaient être rabattues sous un seul schéma explicatif : l'immigration.

 

Encore une faille : au chapitre des grands moments où le peuple a renoncé à lui-même, on peut ranger le référendum de 2005. Le Non de mai a été bafoué et continue à l'être, sans l'aide d'aucun immigré. Sur ce thème, pas un mot de notre Alain qui s'inquiète pourtant, en conclusion, du devenir de la démocratie.

 

Finkielkraut est donc obnubilé par l'immigration, au point de la rattacher de façon souvent maladroite à des points pourtants solides de son argumentation.


Il y a là un mystère que je ne peux rapprocher que de sa bizarre sympathie pour Renaud Camus. C'est assez peu réfléchi de ma part mais chaque ligne de ou sur Renaud Camus qu'il m'est arrivé de lire m'a parue sortir d'un cercueil. Déjà vieillie et inactuelle avant même d'être finie.

Même étonnement quand, pour citer Hitler, Finkielkraut passe par le biais d'une citation de Dominique Venner, le suicidé de Notre-Dame.

 

En conclusion, il est bon que des auteurs solides critiquent les excés du multiculturalisme (j'avais mentionné un article de Salman Rushdie à ce propos). Et Finkielkraut est solide, et intéressant, sur bien des points. Mais il semble avoir arrêté sa pensée sur l'idée que l'immigration est le problème du moment, et ne convainc pas.

 

Simone Weil : "On peut aimer la France pour la gloire qui semble lui assurer une existence étendue au loin dans le temps, dans le temps et dans l'espace. Ou bien on peut l'aimer comme une chose qui, étant terrestre, peut être détruite, et dont le prix est d'autant plus sensible."


Une dernière citation, qui repose sur le principe même de la lettre volée originelle, de Péguy : "il faut toujours dire ce que l'on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est le plus difficile, voir ce que l'on voit".





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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Abd Salam 04/08/2015 21:00

Drôle de réinvention du concept de "galanterie"... qui n'a pas pour vocation de traiter les femmes en égales des hommes.

La galanterie est justement précisément le cadre privilégié de la mise en pratique de relations inégalitaires entre les hommes et les femmes.

Gérard Couvert 12/02/2014 10:46


... je viens de lire l'échange entre "notre "jacobin" et "odp", avec CLermont-Tonerre puis l'aAbbée grégore, la républiquec ommence à se rapprocher de la culture ancestrale au travers de
l'invention de lanotion de patrimoine. Cette notion est en train d'être détruite par le PS terranovesque et il ne restera que l progressime vertigineux dont Hollande est un bon promoteur (mariage
homo, PMA, traité de libre-échange ...)

Gérard Couvert 12/02/2014 10:42


"odp" demandais plus haut ce qu'il fallait penser de la Tunisie ; voici un lien interessant (mais je n'ai pas encore lu le livre dont il est question)


http://www.tunisiadaily.com/2013/12/07/ce-que-le-coran-ne-dit-pas-et-quon-lui-fait-dire/



mais Thar ben Jalloun est d'une autre stature que Mohamed Sifraoui je crains que le parcours finisse aussi dans une impasse. Cet islam mythique "des lumières" ne résite pas aux détails
historiques et l'on se demande pourquoi il n'a jamais pu entrainer le reste des musulmans ... pour shématiser la Renaissance à eu rapidement raison des obscurantistes chrétiens.


On peu aussi prendre le problème à l'envers et voir ce qu'il adviendrait d'un islam débarassé des scories archaïques, du refus de la dialectique, de l'acceptation du monde laïc (et laïque) ?
Selon moi une secte d'illuminés gentils (Bahai's), ou un genre de Pentecotistes, et pour les magrhébins des rituels sociaux. Bref ils feraient mieux de se convertir au catholicisme !

nationalistejacobin 07/02/2014 19:24


@ Axelzz,


 


Pour moi en tout cas, il y a contradiction. On peut d'ailleurs être attaché à la forme républicaine du régime tout en étant tenté par un certain repli national. J'ajoute que la République est
pétrie de contradictions: nationale et universaliste, prônant la liberté et l'égalité (une association assez étrange quand on y réfléchit un peu), régicide et fière de ses rois, se méfiant de
l'autorité mais prisant l'ordre,... La République est un résumé des contradictions françaises.


 


Votre définition du patriotisme est très belle, j'avoue que la mienne est beaucoup plus terre-à-terre (voir ma réponse à odp).


 


Sur l'impossibilité de convaincre les accueillis:


Je ne dis pas que c'est impossible. Mais je pense que c'est très difficile, pour plusieurs raisons: le contentieux de la colonisation (pour les Subsahariens et les Maghrébins); la question de
l'islam (et l'influence néfaste des monarchies intégristes du Golfe); la démission des institutions (dont l'Education nationale à laquelle j'appartiens); la force du discours bienpensant. Tout
cela ne date pas d'hier. Il y a des habitudes qui se sont prises, qui sont entrées dans les moeurs, depuis quelques décennies maintenant. On ne renverse pas la vapeur si facilement, croyez-moi.
Enfin, c'est certain, il y a mon tempérament qui me porte au pessimisme. 

nationalistejacobin 07/02/2014 19:10


@ odp,


 


Je suis en partie d'accord avec ce que vous dites. Néanmoins, s'il ne doit "pas y avoir d'exclusion fondée sur la race ou l'héritage culturel", je pense qu'il faut quand même un minimum de
références communes pour que la nation conserve sa cohésion. Je ne suis pas prêt à me battre pour des gens qui ne veulent rien partager d'autre avec moi qu'une carte d'identité et un espace
public. Société est un mot de la famille de sociabilité. Je ne crois pas qu'un pays puisse tenir sans des formes de sociabilité partagée. Or il me semble que la religion, comme la langue, peuvent
être des barrières à l'établissement de cette sociabilité.


 


Par ailleurs, où sont les références communes, en dehors des valeurs, belles mais fort abstraites, de la République? Si on élimine la langue et l'histoire nationale, il ne reste pas grand-chose
(puisque vous êtes d'accord avec moi pour ne pas faire revenir la religion ou la question raciale)... Or il faut quelque chose pour "s'enraciner" collectivement en France. Pour M. Placé, c'est
Napoléon, très bien. Les "grands hommes" peuvent paraître ringards, mais on trouve difficilement plus fédérateur.


 


Vous avez raison de dire que le patriotisme des révolutionnaires n'avait que faire de l'identité culturelle. Mais je vous fais remarquer que ce qui était vrai pour les soldats de l'An II ne l'est
plus aujourd'hui, parce que, précisément, les révolutionnaires ont jeté les bases d'une nouvelle forme de tradition dont nous sommes les héritiers, deux siècles plus tard. Vous le savez, une
révolution n'est jamais permanente, il arrive un moment où il faut stabiliser et pérenniser les changements. Le peuple français s'est unifié culturellement sous la III° République, et de fait la
culture "nationale", qui avait connu un premier essor sous la monarchie tout de même, s'est affirmée avec plus de force encore. Aujourd'hui, les républicains ne peuvent plus éluder la question de
l'identité culturelle de la nation, ou se contenter de dire "c'est l'affaire de l'extrême droite". D'autant que les républicains de la fin du XIX°, ceux qui ont diffusé une "culture
républicaine", ne sont pas les révolutionnaires de 1793: ils ont réalisé une synthèse embrassant l'héritage de la monarchie tout autant que celui de la Révolution et de l'Empire. 


 


Pour ma part, je suis Français avant d'être républicain. Je soutiens la République sans réticence parce que je trouve que depuis deux siècles, ce régime a activement travaillé à la prospérité et
à la grandeur du pays. La République a "bien mérité de la patrie". De plus, elle a apporté beaucoup de bonnes choses en terme de protection sociale et de droits. Je ne crache pas dans la soupe!
Mais il est clair qu'au-dessus de la République, au-dessus de la monarchie, il y a la France.


 


Le patriotisme, pour moi, c'est l'amour de sa terre natale (ou d'adoption) et la volonté de la défendre contre toute domination extérieure. 


 


PS: je n'ai pas de grand-père mort à Verdun...

odp 07/02/2014 17:57


@ NJ


 


Bonjour - je suis tout à fait d'accord avec votre conclusion: c'est un équilibre et de ceux qu'il est difficile de trouver. Néanmoins, il me semble que quelques précisions de vocabulaire
s'imposent.


 


En effet, universalisme ne veut pas immigrationisme et encore moins internationalisme. De mon point de vue, cela veut simplement dire qu'il ne saurait y avoir d'exclusion fondée sur la race ou
l'héritage culturel au fait d'être pleinement français; ou, pour prendre la belle expression de quelqu'un pour qui par ailleurs je n'ai aucune sympathie, "on peut faire France de tout bois".
Bref, Jean-Vincent Placé, qui passe des nuits blanches à refaire les batailles de Napoléon est, quoique n'étant arrivé en France à l'âge de 7 ans, tout aussi français que vous dont le grand-père
est mort à Verdun ou moi dont les ancêtres se sont croisés avec Saint-Louis.    


 


De la même manière, il faut préciser le sens que l'on donne au mot patriotisme. Je sais que la racine renvoie à la notion d'ancêtres mais il est évident que les révolutionnaires "patriotes" ne
souhaitaient pas défendre la culture de leurs ancêtres puisque ceux-ci adoraient leur roi et croyaient dans des "surperstitions". Le patriotisme républicain n'a a priori que faire de l'identité
culturelle, c'est la défense du corps politique hic et nunc face au danger; la défense de son être aujourd'hui, pas de celui de nos pères.


 


Cela ne veut pas dire que la société n'ait pas besoin de "valeur communes" ou de "mythes" pour favoriser sa cohésion. On peut toutefois se demander si ceux du passé (les grand ancêtres, le roman
national...) sont, particulièrement au vu de ce qu'est la culture "populaire" actuellement, les plus efficaces.  


 


Aussi, je ne pense pas qu'il existe de vraie tension entre patriotisme républicain et universalisme même si il est évident que, puisque nous vivons dans le monde sublunaire et non dans celui de
l'ether, on saurait prendre ce genre grands principes "dans leur purété de cristal". 

Axelzz 07/02/2014 17:52


@NJ: la tension entre patriotisme et universalisme est à mon avis un peu mal posée. Il n'y a pas de contradiction. Les Républicains aimeraient-ils une patrie qui abandonne le projet de réaliser
l'égalité devant la loi, la liberté des individus ou l'émancipation de chacuns? Pour moi, le patriotisme est l'amour d'un pays qui confond idéal universaliste et histoire/territoire en tant qu'il
en serait la réalistion voire seulement la promesse.


Pour le dire simplement si le nationalisme c'est l'attachement obstiné à un territoire, un héritage et une histoire qu'il faut défendre quel qu'en soit le contenu. Juste parce qu'on est né là où
on est né. Alors, à mon avis, il y a un hiatus entre patriotisme et nationnalisme. Pour moi, le patriotisme est un amour de la patrie (au sens de la philia grecque). Or comme le dit Socrate dans
le Banquet, l'amour est aussi l'expression d'un manque, la tension vers un idéal. Le patriotisme est donc aussi une conception ou une ambition idéaliste pour son pays. La patrie serait la
cristallisation de la promesse de cet idéal sur la réalité physique et politique du pays . De fait, il y a une réalité parfois 'dure' pourtant la tension n'est pas  à mon humble
avis entre héritage et universel, mais dans l'amour de la patrie lui même.


Dans cette perspective, je trouve un peu dommage de conclure à propos de l'immigration que finalement il n'y a qu'à capituler sur nos idéaux pour pouvoir affirmer notre identité. Celle-ci en
serait détruite ou en tout cas bien abîmée - presqu'autant que par ce que vous appelez l'immigrationnisme qui consisterait (de ce que j'en comprends) à abandonner tout espoir de société commune
au sein de notre propre pays.


Surtout, lorsque je vous lis, je vois un homme épris de savoir qui allie sens des réalités et force de conviction. Pourquoi penser qu'il est impossible de convaincre les 'accueillis' dont les
comportements vous semblent inadéquats de la justesse de l'idéal républicain: laïcité, liberté, égalité ?   autant je peux comprendre la déréliction et l'ignorance de certains (edgar me le
reproche souvent sous la forme de cynisme d'ailleurs), mais dans votre cas, j'avoue ça m'intrigue.


 

edgar 07/02/2014 13:30


descartes : par ailleurs je ne sais pas pourquoi mais les courriels signalant la parution de nouveaux billets sur ton blog ne me parviennent plus.

edgar 07/02/2014 13:29


descartes : billet rapide de ma part c'est possible. mais d'une part je ne nie pas l'intérêt du livre de finkielkraut, et il me semble que tu me reproches principalement un manque d'enthousiasme.
finkielkraut me semble obsédé par l'immigration parce que je l'entends régulièrement à répliques citer l'immigration comme cause de maux très divers, ce qui décontenance parfois ses
interlocuteurs. Sur sa phrase accueilli/accueillant, je ne dis pas qu'elle est fausse, je dis qu'il ne semble pas en tirer les bonnes conséquences. il me semble que les élites françaises haissent
la france parce qu'elles sont engagées dans la construction du l'union européenne (qui n'est pas citée une fois dans le livre de finkielkraut). que les immigrés, au milieu de tout cela, soient
laissés à eux-mêmes et instrumentalisés par divers camps n'est pas imputable aux immigrés eux-mêmes. la présence d'un discours sur l'immigration dans un livre sur l'identité nationale s'impose
évidemment. mais l'absence totale et complète de toute considération sur l'union européenne (vaguement rejetée allusivement si je me souviens bien, au motif que l'identité est culturelle et pas
économique, comme si la place des services publics n'était pas un élément identitaire fort de notre pays) revient, pour filer ta métaphore, à oublier même de signaler, dans un livre de recettes,
que les plats doivent être cuits après préparation...


 


 

Descartes 07/02/2014 12:55


Mon cher Edgar,


Je suis un peu décontenancé par le contenu de ton article, qui me semble, excuse moi d'être franc, relever d'une lecture très superficielle du livre. Je n'ai pas le temps malheureusement d'aller
dans le détail (et puis j'ai déjà fait une discussion sur le sujet sur mon blog) mais je voudrais signaler un point: je trouve injustifié le reproche que tu fais à Finkielkraut d'être obsédé par
la question de l'immigration.


Si la France était seule au monde, la question de l'identité française ne se poserait pas. Elle se pose parce qu'il y a des gens qui ne la partagent pas, et qui sont pourtant en contact avec
elle. A partir du moment où l'on décide d'écrire un livre sur l'identité, on est donc nécessairement amené à faire de l'immigration une question centrale. Mais cela n'implique nullement, comme tu
sembles l'interpréter, en faire de cette question l'alpha et l'oméga des problèmes qui nous accablent. Mais elle est, d'une certaine manière, l'alpha et l'oméga de la question de l'identité, et
notamment de la question que pose en filigrane Finkielkraut: une identité peut survivre dès lors que ceux qui la portent se diluent progressivement dans une population qui n'entend pas s'y
assimiler ?


On a le droit d'estimer que la question de l'identité est sans importance. Mais dès lors qu'on veut l'aborder - et c'est l'objectif de Finkielkraut - la question des flux migratoires devient
fondamentale. Reprocher à Finkielkraut d'en faire un point central dans un livre sur l'identité revient à reprocher à celui qui écrit un livre de cuisine de mettre l'accent sur les temps de
cuisson.


Par ailleurs, je pense que tu fais une mauvaise analyse de la formule de Finkielkraut - que je trouve par ailleurs très juste - selon laquelle "pour la première fois dans l'histoire de
l'immigration l'accueilli refuse à l'accueillant, quelqu'il soit, la faculté d'incarner le pays d'accueil". L'idée ici est de constater un fait, et non pas de distribuer les fautes. Oui, on peut
dire que si l'accueilli se permet cette attitude, c'est parce que l'accueillant le lui permet. Mais le fait, le symptôme reste là. L'objectif de l'assimilation était d'abord imposé par
l'accueillant, avant d'être internalisé par l'accueilli. Finkielkraut prend bien la peine de préciser que c'est "l'apathie de l'accueillant" qui est la source du problème.