La lettre volée

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Alain Blottière, Le tombeau de Tommy

tt.jpgAyant vu l'Armée du crime, de Guédiguian (bon film, malgré un démarrage un peu sulpicien), j'ai eu envie d'en savoir plus sur les membres de son réseau et sur cette partie de l'histoire de France. Je suis tombé sur ce livre, que j'ai eu beaucoup de mal à commencer, mais dont les cinquante dernières pages font plus que racheter le reste.

Le dispositif initial m'a gêné : Alain Blottière a imaginé de raconter en parallèle l'histoire de Thomas Elek, résistant de seize ans, et celle de Gabriel, un jeune acteur contemporain censément choisi par le narrateur pour jouer Tommy. On comprend dès le début que le narrateur a un faible pour Gabriel et que Gabriel supporte mal le choc de l'identification à un jeune fusillé.

C'était un peu trop pour moi. Des Bienveillantes à HHHH, les auteurs doivent inventer des excuses pour s'intéresser à cette période, la relier à la nôtre, trouver des angles de plus en plus étroits pour se justifier de leur intérêt pour ce qui reste la matrice de la situation contemporaine.

Passé cet agacement initial, qui a duré longtemps, je dois dire que le livre me restera en mémoire. Le récit historique prend le pas sur le récit contemporain, et même celui-ci finit par devenir touchant et plausible.

L'effort de documentation d'Alain Blottière est impressionnant, et l'on en trouve la trace sur le très bon site qu'il a consacré à rassembler des documents sur Thomas Elek.

Par hasard, je suis également tombé sur un mémoire de recherche consacré à Bela Elek, frère de Thomas, devenu libraire.

Après cette lecture, je trouve étonnant que Thomas Elek, étudiant à Louis le Grand, résistant et mort pour la France, n'ait pas une rue, une ruelle ou une placette à son nom. Delanoë a trouvé le moyen de baptiser une place Jean-Paul II, je verrais bien la partie de la rue Saint Jacques qui passe devant Louis le Grand commémorer un élève qui a payé le prix le plus élevé. 

Le livre cite un moment l'abbé Franz Stock, aumonier allemand qui a assisté le millier de fusillés du Mont Valérien. Curieux de ce personnage, je découvre qu'il fait l'objet d'un véritable culte, rendu au nom de l'Europe (ceux qui me croient obsédés se rendront sur le site des Amis de Franz Stock).

Je note par ailleurs que Jean Peynichou, président de l'association, est également membre d'une association pour la  béatification de l'impératrice Zita. On trouve dans le comité d'honneur de cette association des archevêques, Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne, un député européen...

 Donc le nom de Franz Stock a été donné à la place où est construit le Mémorial de la France combattante, au Mont Valérien, ainsi qu'à une place du XVIème arrondissement. Cet homme, probablement fort humain, a été requis par les autorités allemandes d'occupation, de soulager les derniers moments de fusillés. Je ne saurais pas dire s'il a bien fait d'accepter cette fonction, de contribuer ainsi à rendre "acceptables", ou "dignes", ces exécutions. Mais lui attribuer deux places alors que le groupe Manouchian est l'objet d'un lot collectif (la rue du groupe Manouchian dans le XXème), me semble pour le moins inéquitable.

Fini les digressions : le livre vaut bien mieux que son début, un peu laborieux à mon goût.

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Ovide 06/12/2012 11:16


Rien à voir. Juste pour info : http://michaelmoglia.com/2012/12/06/pourquoi-je-quitte-le-ps-lettre-ouverte-a-harlem-desir/