La lettre volée

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La feuille de vigne de la Banque Centrale européenne

Quelques jours de repos au pays des cabines téléphoniques rouges et du gazon vert m'ont amené à lire le Times, par curiosité.

 

J'y suis tombé sur un article signé Anatole Kaletsky, tout à fait irrespectueux envers la Banque Centrale Européenne (How the ECB's fig leaf has completely withered away).

 

Un beau graphique y montre le niveau des liquidités injectées par la BCE et par la Fed américaine (le graphique est introuvable en ligne, mais ne reculant devant aucun sacrifice j'ai scanné la chose) :

 

Donc la BCE, qui nous a sauvés dans la crise mondiale selon les bons esprits, l'a fait en injectant beaucoup plus de liquidités que sa consoeur américaine (Selon les calculs de Kaletsky, compte tenu d'un PIB plus faible de 12% pour la zone euro que pour les Etats-Unis, la BCE a injecté 50% de plus de liquidités que la FED. J'ajoute que tout ça pour obtenir une croissance comme d'habitude toujours plus faible dans la zone euro que partout ailleurs - UK, USA notamment).

Savoir si tout cela est très sain est difficile, ce qui est sûr c'est qu'en plus les contreparties acceptés par la BCE en échange de ses interventions ne sont pas de meilleure qualité que celles de la Fed.

Ce graphique n'est pas en effet le seul enseignement de ce bon papier.

Une des caractéristiques du système économique européen totalement absurde est qu'il interdit à la BCE de "monétiser" la dette des états. Alors que la Fed vient d'acheter massivement des bons du Trésor directement auprès du Trésor américain, la Banque Centrale Européenne, vertueuse, refuse cette horreur.

De la dette étatique ? Fi donc ! Il n'y aura d'état qu'européen, et d'ici là tous les états existants sont des escrocs.

Comme, crise aidant, il a tout de même bien fallu injecter des liquidités pour soutenir l'économie, la BCE accepte de refinancer des titres de plus en plus merdiques à la signature d'une qualité de plus en plus faible. Interdit donc de refinancer les vilains états, mais les gentilles entreprises, on peut. L'entreprise, c'est bien, c'est sain, et parler à des actionnaires est plus simple que d'avoir à écouter des électeurs.

Le plus drôle dans cette opération c'est que les banques européennes ainsi renflouées à coup de liquidités, accordées par la BCE, en contrepartie de titres de très mauvaise qualité, achètent à leur tour des titres de leurs trésors publics nationaux... Voilà donc que réapparaît par le bas - les banques nationales - le mistigri que l'on ne voulait pas voir en haut - à la BCE. La feuille de vigne qui consiste à la BCE d'interdire le financement des états européens a donc disparu aux yeux des spécialistes.

Non contente de nous infliger une politique de change imbécile, la BCE mène donc une politique monétaire finalement plus interventionniste que celle de la Fed, mais de façon totalement opaque et illisible.

Tout ça n'empêchera pas naturellement, les idéologues européens d'expliquer combien l'Union nous a rendus plus forts face à la crise. On en reparlera quand la poussière finira par déborder de sous le tapis...

 

 

 

 

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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gilles 17/02/2011 14:03



Voir la vidéo de François Hollande ici …  ( Passer en basse
définition si l'image ou le son tréssaute )


 


 


Résumé :


François Hollande et tous ceux du Parti « Socialiste » veulent que la dette publique soit empruntée sur les marchés, ce qui entraîne la soumission de la politique aux agences de notation et aux
marchés. Ils sont d’accord avec l’article 123 du traité de Lisbonne qui dit : « Il est interdit à la Banque Centrale Européenne (BCE) et aux banques centrales des États membres, ci-après
dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédits aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités
régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la BCE ou les banques centrales
nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »


En clair : à cause du Traité de Lisbonne, les États de la zone euro ne peuvent plus créer leur monnaie, même pour des raisons justifiées. Ils sont asservis. Ils l’empruntent dès le
premier euro à des fonds de pension, des gestionnaires d’assurance vie ou de placement de valeurs monétaire, monnaie toujours créée à l’origine par les banques commerciales privées, rendues de ce
fait souveraines. Une dette publique artificielle (en France, elle n’existait pas avant janvier 1973) apparaît. Aujourd’hui de 1600 milliards d’euros, elle enfle sans fin par le cumul
des intérêts qu’il faut chaque année emprunter; plus de 1340 milliards d’euros depuis 1980. Les intérêts qui créent la plus grande partie de nos déficits publics diminuent nos capacités
d’investissements. Les services publics sont progressivement asphyxiés et notre patrimoine collectif vendu à vil prix.


Si nous ne mettons pas un terme à cette confiscation de démocratie économique, nous rejoindrons les pays pauvres d’ici peu.



Gus 04/07/2009 17:20

Voir aussi :http://www.eurotrib.com/story/2009/6/26/113649/817

edgar 03/07/2009 20:43

Malakine : tu sais bien que ces traités ne sont pas modifiables, qu'on le veuille ou non. L'europe c'est love it ou leave it, et j'ai choisi l'option II. je crois que tu y viendras...

SCRACH! 03/07/2009 11:04

Trichet est candidat aux fonctions du futur machin européen sensé tordre le nez de la BCE : le moins qu'on puisse attendre de lui est de bien vouloir coopérer à ce transfert majeur de souveraineté en direction d'une énième administration autonome pendant que le Conseil Constitutionnel reste cantonné aux questions de détail

Malakine 03/07/2009 11:00

Trichet a été interrogé sur ce point précis par cohen lors de son passage à l'émission politique d'Europe1 du dimanche matin. Il fallait entendre l'embarras !! C'était tellement confus que je ne me souviens plus de la réponse ... mais en gros c'était pas besoin d'acheter des obligations d'Etat puisqu'on pratique déjà les politiques non conventionelles, même qu'on a été les premiers à le faire. Néanmoins c'est un vrai débat, il faudrait poser la question de la modification des traités. C'est quand même dommage que les campagnes électorales ne servent à rien ! Aux européennes on a plus parler du soit-disant réchauffement climatique que de l'envolée des dettes publiques ou de la crise en générale ...

edgar 01/07/2009 16:21

merci pour les liens intéressants

Frédéric 01/07/2009 12:54

Ajoutons à  cela la divergence complète des politiques budgétaires entre la France et l'Allemagne - cf http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/06/30/l-euro-menace_1213412_3232.html

Gus 01/07/2009 12:20

Excellent article.Pour prolonger :http://ftalphaville.ft.com/blog/2009/06/30/59516/collateral-damage-at-the-ecb/

dubruel 01/07/2009 10:33

quelle salade !! quelle honte !! les voleurs de bicyclettes vont en prison mais les escrocs d' un tel calibre sont  irréprochables !!amitiéscharles