La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

La polémique sur Julien Coupat...

Lu l'interview de Julien Coupat dans le Monde. Ma première réaction a été de penser que le Coupat était plus libre en prison que bien des débiteurs de sornettes qui ressassent des discours pré-mâchés.

 

Je précise tout d'abord que je ne suis pas plus que ça fan des options de vie de Coupat et de sa bande de fermiers (je suis plutôt urbain et inséré dans la société de consommation). Il reste que, s'ils sont innocents, il y aura intérêt à ce qu'il y ait des démissions en haut lieu. Les charges qui pèsent sur Coupat (cf. cet article antérieur du Monde) sont bien minces pour le moment et le traitement reçu par lui et sa bande (dont on précise assez peu souvent que, mis sous contrôle judiciaire, ils ne peuvent pas se voir, ce qui, pour des occupants de la même ferme, doit entraîner des problèmes concrets étonnants) diffère assez singulièrement de celui des fraudeurs financiers dont le Monde nous apprend également qu'ils sont de moins en moins poursuivis.

 

En relisant l'article je trouve certains traits lourdingues. Ne voir, comme il le fait, dans le gaullisme d'après-guerre qu'une droite qui aurait renoncé au fascisme est un poil simplificateur.

 

L'idée en revanche que face à une expression politique et syndicale totalement fonctionnarisée (endormie derrière l'idée que l'Europe sera la solution à tous nos problèmes), l'initiative est dans la rue, n'est qu'un constat que font nombre d'éditorialistes "bourgeois" s'interrogeant sur la possiblité d'explosions sociales.

 

Ses propos sur l'utilisation politique de la notion de terrorisme sont d'une grande banalité et, en même temps, d'une grande actualité, à l'heure où partout la législation voudrait prévoir des restrictions des libertés de tous au nom d'une lutte contre d'invisibles terroristes (je reprends ce passage tiré de ma lecture du Royaume enchanté de Tony Blair : "Une loi supposée antiterroriste (le serious organized crime & police act), votée en 2005, a eu comme première application la condamnation d'une jeune cuisinère de 25 ans, reconnue coupable d'avoir lu à voix haute, dans la rue, une liste de soldats britanniques morts en Irak.")

 

De là à conclure, comme il le fait, à partir d'une situation noire et inquiétante, que la justice est, de part en part, pourrie (la peine n'est pas à ce à quoi vous condamne la justice : la peine, c'est la justice elle-même), il y a une limite que je ne franchirai pas. La formule est belle mais elle décrit sans doute mieux la justice cauchemardée par Kafka que la justice réelle.

 

Quand il s'interroge sur la révolte, il prend des accents quasi-camusiens : "La révolte a des conditions, elle n'a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l'Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d'opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu'un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n'a aucun titre à exister et mérite seulement d'être mis à bas ? C'est une affaire de sensibilité.

La servitude est l'intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c'est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu'elle se demande "pour qui vais-je voter ?", mais "mon existence est-elle compatible avec cela ?"), c'est pour le pouvoir une question d'anesthésie à quoi il répond par l'administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise.
"

 

Ma sensibilité n'est pas celle de Coupat et je n'appellerais par exemple pas la présidentielle de 2007 un "plébiscite aux apparences démocratiques".

 

Bref, j'ai de très nombreuses divergences d'appréciation avec les propos de Coupat, mais je ne peux m'empêcher de reconnaître qu'il souligne des points importants de la politique actuelle. Et que s'il est en prison uniquement parce qu'il a été estimé, en haut lieu, qu'il y avait un potentiel de dérive terroriste dans une ferme de Corréze pourtant filmée en permanence par les caméras de surveillance de la police, il y a dans ce pays un gros problème de libertés publiques...

 

*

 

On ne s'étonnera pas que Maître Eolas ne voie aucun problème de libertés publiques dans cette affaire, il croit que l'Union européenne est un truc sympa et démocratique...

 

 

*

En tout cas le moins qu'on puisse dire c'est que l'article ressuscite des clivages politiques et anime le débat. Lire par exemple "le blabla hystérique de Julien Coupat". (j'ai un peu commenté en fin de billet).

 

 

 

 

 

 

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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justin 29/05/2009 15:18

 
« Si les rapports sociaux entre les hommes étaient ce qu’ils devraient être. Si le système économique était équitable et juste. Alors il n’y aurait plus aucun besoin de prison ni de gardien »
Ces paroles inhabituelles ne sont pas celles de Coupat. Elles sont extrait d’un discourt d’un ministre de la justice d’un pays européen… Etonnant non ?
 
Il faut dire que c’était un ministre espagnol de la République en 1936. Autrement dit, à une époque où en Espagne (et en Europe) la gauche et particulièrement les socialistes ne soutenaient pas les candidats de droite conservateurs au parlement. Doublement étonnant alors !
 
Oliver Garcia, ledit ministre, était aussi un militant anarchiste. Ce qui prouve que l’anarchisme (ou au moins l’anarcho-syndicalisme) peut être autre chose qu’un dérivatif pour enfant de la classe moyenne et prendre ses responsabilités politiques.
 
A la même époque, alors que Mussolini et Hitler envoyaient soldats et bombardiers à Franco, les libéraux anglais décrétaient la non-intervention et négociaient avec les fascistes espagnols les bases de la réappropriation des usines et mines récemment socialisées.
Dans le même temps, les compagnies pétrolières texanes livraient aux franquistes l’essence pour les tanks et les avions. A ce propos des tas de constructeurs d’aéronefs mis en concurrence libre et non faussée ! (ca vous rappelle quelque chose ?) Essence payée à crédit grâce aux prêts et avances de Wall-Streets. Juste un peu de dette publique… (Encore un truc connu)
Une époque bénie quoi, où les choses étaient claires, Henri Ford et Adolf Hitler s’échangeant souvenirs et lettres d’admiration réciproque.
En gros, ailleurs comme ici, un franc et massif « plutôt Hitler que le Front Populaire », refrain promis au succès et à l’efficacité économique de l’ancêtre de notre si novateur Medef.
 
La suite est connue. Dans une Europe à reconstruire, le patronat collaborationniste européen devait avaler les couleuvres sociales qu’il a en horreur. La « guerre froide » sauva Franco.
 
Quel rapport avec L’Union ? Quelques relents de revanche sociale libérale bien senties à mon avis. Et forcément la revanche sociale quand on voit d’où elle vient… elle donne une drôle d’odeur aux « valeurs communes ».
 désolé si je suis HS

nicocerise 26/05/2009 17:25

Cher auteur, Si votre maison est filmée en permanence par les caméras de surveillance de la police c'est qu'il y a déjà un gros problème de liberté publique dans nos démocraties.

fd 26/05/2009 17:22

Aucune idée sur l'innocence ou la culpabilité de Coupat pour ma part. En tout cas ses écrits sur le sabotage des TGV pouvaient logiquement éveiller les soupçons de la police. Mais il est vrai que les sociologues d'une manière générale ne m'impressionnent pas. Et les disciples de Boltanski (ce qu'est Coupat) moins que les autres.

Gus 26/05/2009 12:40

chafouin : citez-moi alors un français de votre choix, faisant de la politique et cherchant la visibilité, dont le discours qu'on perçoit ne le qualifie pas immédiatement de bonimenteur ou de fou dangereux.

poncet 26/05/2009 10:07

Bojour à tous,Coupat n'est peut-être que le symptome d'une société française qui intériorise de manière effarante les réductions progressives mais implacables de ses libertés. Chacun, désormais, exerce un contrôle social sur ses concitoyens, fort d'un "droit" que le pouvoir lui octroie. J'en veux pour preuve les regards hostiles dont on gratifie les fumeurs, dont je suis, y compris dans les espaces qui leur sont laissés pour satisfaire leur désir. Dans un tel contexte, comment s'étonner que surgissent des figures telles celle de Coupat. Une mobilisation collective est nécessaire, car je n'ai jamais souscrit à l'idée selon laquelle l'homme pourrait être changé. Comme l'énonce E. Goffman: "les hommes sont partout les mêmes, ce qui change, ce sont les normes auxquelles ils obéissent". Conséquemment, nous savons ce qui doit être questionné. 

edgar 26/05/2009 09:59

chafouin : c'est qui "leur" discours ?

edgar 26/05/2009 09:58

Alice : allez voir les camps payés par Frontex (l'Union européenne) en Lybie, on en reparle.

le+chafouin 26/05/2009 09:51

Ce n'est pas le fait d'habiter dans une ferme qui me fait dire cela, mais le fond de leur discours.

Alice_ 26/05/2009 09:31

«Il croit que l'Europe est un truc sympa et démocratique»Ça, c'est vraiment un commentaire de quelqu'un qui n'a jamais eu de pb en démocratie.http://remi.over-blog.com/article-31715905.html

edgar 26/05/2009 08:39

Chafouin : j'ai des amis d'origine bourgeoise qui sont enseignants sur des iles perdues. faut-il les signaler à la police ? est-ce un crime que de vivre dans une ferme ? une trahison de classe ?
vraiment je trouve un peu obtus et rapide le fait de les traiter d'illuminés.