La lettre volée

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Pourquoi je ne voterai pas aux européennes, ou merci Wendy Brown

Il y a un moment que j'ai décidé de m'abstenir en juin prochain.

Je ne me suis convaincu qu'au terme d'une réflexion difficile, mais j'ai abouti à la conclusion finalement évidente que voter pour des élections perverses n'est pas un acte citoyen.

Pourquoi perverses ?

Je crois que, malgré tous les défauts qu'on peut lui trouver, le cadre politique français reste celui d'une démocratie libérale. In fine, c'est la voix de la majorité qui prévaut, avec un respect des minorités qui existe, porté par un respect des formes légales.

Le cadre politique européen est très différent, il est entièrement néolibéral - néolibéralisme décrit de façon très fine dans l'excellent bouquin de Wendy Brown, Les habits neufs de la politique mondiale (cf. les deux définitions du libéralisme et du néolibéralisme que j'en ai extrait).

Reprenons par exemple la décision, qui peut avoir l'air anecdotique, d'autoriser la fabrication de vin rosé par mélange de rouge et de blanc.

Dans le cadre d'une démocratie libérale parlementaire, ce texte ne passait pas. Rejetée par plus de 80% de la population (cf. le site Couper n'est pas rosé, et sa pétition), une mesure aussi absurde n'avait aucune chance par exemple à l'Assemblée nationale. Dans le cadre européen, elle finira par s'imposer. Parce que le cadre européen n'accorde aucun poids à la notion de citoyen et de volonté majoritaire. Le cadre européen ne reconnaît que des acteurs présents sur un marché. Les représentants de l'offre de vin et de la demande de vin ont été consultés, il y a eu débat, arbitré par la Commission, les arguments des offreurs majoritaires ont été entendus, la messe est dite.

Chaque décision européenne est prise à cette aune, à la manière néolibérale : il ne s'agit plus de supposer ce que le corps électoral, dans sa majorité, prendrait comme décision si d'aventure il était consulté, il s'agit de savoir ce que souhaitent les "parties intéressées", au sens le plus restreint du terme, chaque partie ayant autant de poids que l'autre, même s'il y a d'un côté quelques producteurs et de l'autre des millions de consommateurs.

Regardez le site de l'Union européenne consacré à la "consultation" préalable aux prises de décisions (ne vous fiez pas à la façade en français, tout les détails utiles sont en anglais) : chaque proposition de décision est ouverte au débat et des appels à contribution sont lancés.

Dans le cadre de ces débats, les personnes privées, les entreprises ou les états ont la même voix. In fine, ce sont les fonctionnaires de la Commission qui décideront, ou non, que l'avis du Ministère de la Santé français vaut, ou pas, celui d'Astra Zeneca ou d'un quelconque autre vendeur de médicaments. Et devinez qui paye le mieux à bouffer ?...

 

 

La philosophie de la prise de décision n'est plus la même et je suis convaincu que le respect de la démocratie reste même supérieur aux Etats-unis que ce qu'il est dans les institutions européennes. En d'autres termes, les institutions européennes sont ce qui se fait, au monde, de plus avancé en matière d'institutions néolibérales.

 

 

Certes, l'Union européenne paie un tribut gesticulatoire à la démocratie. Mais, comme l'écrit Wendy Brown, encore : "Le fait que "démocratie" soit le terme dont on affuble tant de mesures de politique intérieure ou d'entreprises impérialistes anti-démocratiques suggère que nous sommes dans un interrègne - ou plus précisément, que le néolibéralisme emprunte considérablement à l'ancien régime à des fins de légitimation, même s'il développe et promeut en même temps de nouveaux codes de légitimité."

 

Les nouveaux codes de légitimité promus par la barbarie des institutions européennes c'est, par exemple, la e-démocratie, promue par les pseudo-pirates du web, des consultations toutes plus bidons les unes que les autres, qui s'enchaînent sans effet ; pendant que les référendums nationaux sont déclarés sans objet les uns après les autres.

Voilà pourquoi l'abstention que je recommande pour les européennes est à mille lieues du slogan "élections piège à cons".

 

 

J'ai au contraire beaucoup trop de respect pour la démocratie, et je ne souhaite pas que les institutions européennes - dont la politique sera totalement inchangée par les élections au Parlement européen - puissent se targuer d'un fort taux de participation pour s'afficher ensuite comme "démocratiques".

 

 

La démocratie ce n'est pas simplement la possibilité de mettre un bulletin dans l'urne.

La démocratie suppose d'une part un cadre clairement défini, ensuite des règles acceptées par tous et enfin un souci général de l'intérêt commun. Aucune de ces conditions n'est réunie dans un cadre européen, qui ne peut donc pas être démocratique. Les élections du 7 juin relèveront donc du genre parodique, un dernier hommage que le vice rendra à la vertu, et je ne souhaite pas me compromettre dans ce piège.

 

 

Voilà pourquoi le 7 juin, je resterai chez moi : par respect de la démocratie.

 

 

 

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gus 14/05/2009 05:05

Ceci dit, il suffit de jeter un oeil sur la notice explicative associée à sa feuille d'impôts pour constater, au vu du déficit annoncé, qu'à défaut de pouvoir changer l'Euro la France se torchera avec.Vous me direz qu'en France on aura pas attendu 2009 pour dépenser 4 quand on perçoit 3 : après tout, ce sont quand même des français qui ont inventé la mondialisation financière pour parvenir à continuer à le faire de 1983 à nos jours. Mais jusqu'ici, on planquait les déficits dans le budget de la santé ou celui des collectivités locales avec le soutien de banques incompétentes comme Dexia pour faire illusion et ne pas désespérer Bruxelles.Maintenant, au moins, on assume une partie de l'attitude.Et accessoirement, tant que les clients d'assurance-vie et de SICAV joueront le jeu, on ne voit pas pourquoi il faudrait leur dire la vérité : l'Euro des textes n'a jamais existé, c'était juste une comédie pour vous convaincre de mettre votre épargne à la banque plutôt qu'en immobilier ou en pièces d'or.

Gérard Couvert 14/05/2009 00:31

Dupont-Aigna est, je lepense de plus en plus,unfaux mou et unvrai tenace ... doublé d'un stratège (au sens éthymologique... nous verrons !)Mardi àToulousejel'aientendu dire quelque chose qu'il avait déja diten 2007en petit commité: si les autres ne veulent pas modifier l'euro : on s'en va. Et àune réponse d'un provo Modem sur les traités: on denonce tout .Le proclamer aujourd'hui c'est à coup sur etre ringardisé.

edgar 13/05/2009 19:29

Phenig : c'est une question de point de vue. On peut considérer que l'Europe est là pour durer et s'organiser en conséquence, prendre les rangs pour jouer la mouche du coche, "changer le système de l'intérieur" etc... Le témoignage, c'est bien. Mais il y aussi un moment où il faut dire qu'une limite a été franchie : on se fout de l'opinion des français, on continue dns une voie néfaste, l'Union européenne ne mérite qu'une chose, c'est de s'arrêter.
 
J'ai beaucoup de sympathie pour NDA (il a même été mon prof pendant un an, et c'était vraiment quelqu'un de bien, ménageant un entretien individuel avec chaun de ses étudiants deux fois/an, alors qu'il était en cabinet ministériel). Je referme la parenthèse.
J'ai aussi beaucoup de sympathie pour Mélenchon.
Je crois cependant profondément et sincèrement qu'ils ont raté un moment historique. C'est maintenant qu'il faut dire que l'Union européenne ne peut pas être un processus sans fin , téléguidé, vers un état fédéral que la majorité ne veut pas. En se repointant au guichet avec des arguments de type alter-Europe, ils continuent à faire tourner la machine.
 
Je crois qu'il faut bien au contraire l'arrêter.
 
 
 
 
 
 
 

phenig 13/05/2009 00:33

 Edgar,je vais paraître lourd de continuer à alimenter ce billet, mais bon je ne peux pas m'en empêcher...Il y a deux choses qui me choquent dans cette campagne, c'est la volonté de l'UMPS de ne pas faire une vraie campagne, et aussi les différents appels à l'abstention (tu n'es pas le seul) que je vois fleurir un peu partout. L'un est sans doute plus ou moins la conséquence de l'autre.J'en arrive à la conclusion que ceux qui appellent à l'abstention sont au minimum des complices objectifs de sarkosy. Il est quand même étonnant que dans la situation dans laquelle on est, qu'il y ait autant de Français qui fasse confiance aux listes sarkosystes, les français sont peut-être de veaux, masi il ne faut pas exagérer ! ;)Certes il est fort possible que les amis sondeurs de sarko fassent quelques retouchent en sa faveur, mais pas dans ces proportions.En 2004, l'UMP avait un score de 17 %, ce qui était déjà bien après le score calamiteux de  12,82% d'un certain sarkosy en 1999.Actuellement, l'UMP caracole en tête des sondage à 27%, sans doute aussi grâce à une abstention encore plus importante que les précédents scrutins. Plus on arrive à dégouter les eurosceptiques de voter plus on augmente les chances des eurobéats de faire un bon score !Comme le disait Gérard couvert, l'enjeu n'est pas d'avoir quelques sièges au parlement européen pour espérer contrer la commission, mais c'est plutôt d'avoir des vigies qui alertes sur les dernières élucubration de la commission et avec les moyens financiers généreusement donnés par notre merveilleuse europe, de former un personnel politique compétent capable de préparer l'avenir.

Gérard+Couvert 30/04/2009 10:59

Ce n'était pas des questions mais une provocation ; je ne suis certainement pas un "apparatchik" pour la simple raison que D.L.R. n'a pas les moyens d'entretenir une structure qu'elle quelle soit.Enfin il faut relativiser le désavoeux des Français pour la politque et pour les partis, et si ces partis ne vous conviennent pas, créez-en un, oubine venez en changerun.

fd 30/04/2009 10:39

Et voilà. On pose 2 questions et on se fait agresser. Après les apparatchiks des partis se demandent pourquoi on se détourne d'eux

Gérard+Couvert 30/04/2009 10:09

Jen'ai pas l'impression que vous sachiez ce qu'est la lutte politique au quotidien ; Roselyne Vachetta a eu divers articles (de mémoire : dans le Point il me semble, dans le Monde Diplomatique, le Monde, des images d'elle ont été diffusé pour des actions en faveur des femmes Afghanes, le Dauphiné Libéré ne l'a plus traité de la même façon ...)Elle a été invité et à pu representer la LCR dans un grand nombre d'évènements publics, et d'une façon générale sa présence dans des actions militantes est un facteur de renforcement interne et externe.Ne pas comprendre tout cela c'est à la fois ne pas percevoir ce qu'est le fonctionnement d'une démocratie représentative et ne rien savoir des contraintes du fonctionnement d'un parti politique.

fd 30/04/2009 06:51

 Roselyne Vachetta a été députée de la LCR au Parlement européen. Qui la connaît ? quels médias l'ont interviewée pendant son mandat ?

Gérard+Couvert 29/04/2009 22:45

NIcolas Dupont-Aignan ne siégera pas à Strasbourg, d'aucune façon, en revanche les député D.L.R qui le serait apporteraient des milliers d'euro de cotisations -je sais c'est pathétique mais sans argent rien n'est possible- , puis il est dificile pour la presse de refuser ses colonnes à un député européen, difficle de ne pas l'inviter partout ou se passe quelques chose dans "sa" région, etc.Je redis: 75% d'abstention cela les empéchera-t-il de poursuivre leurs malfaisances ? non, 60 % de vote contraires si, à terme.

edgar 29/04/2009 22:34

J'ai lu le papier. Oui, Dupont Aignan est sans doute sympathique.qu'est-ce qu'il va faire à bruxelles/strasbourg ? rien.entre NDA élu à strasbourg et 75% d'abstention, je n'hésite pas une seconde pour savoir ce qui a le plus de poids devant l'histoire.