La lettre volée

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En finir avec le dollar - pour une monnaie de réserve internationale stable et équitable

Hier je rendais compte d'une proposition fort intéressante de la Chine, qui proposait de faire des Droits de Tirage Spéciaux la monnaie de référence du système monétaire international.

J'écrivais que ce système était stable et équitable, point contesté par un commentaire.

Je reviens là dessus, car c'est sans doute intéressant et je n'avais absolument pas développé cette assertion.

Aujourd'hui, quand la France vend des Airbus ou achète du pétrole, elle paie et est payée en dollars. Or le dollar a un cours très volatil, ce qui est gênant. Quand le dollar monte, nous payons notre pétrole plus cher, et quand il baisse, nous touchons moins de nos ventes en dollar, nos produits sont concurrencés par les produits en dollar et enfin le pétrole baisse moins que ce que les taux de change permettraient, car les producteurs font monter le prix du baril quand le cours du dollar baisse.

Bref, tout cela est gênant. On peut s'assurer contre les variations du cours du dollar, mais c'est complexe et coûteux.

Payer en DTS, panier de plusieurs monnaies, serait plus stable, et équitable.

Equitable d'abord : la Chine propose d'élargir le nombre de monnaies intégrées dans le calcul du cours du DTS, ce qui est juste. Les Etats-Unis ne pourraient plus abuser de leur capacité à faire baisser le cours du dollar pour vendre plus à l'étranger, tout en étant assurés de continuer à être financés grâce au statut de monnaie de référence de leur devise. Si les excédents asiatiques étaient placés en DTS, les USA auraient plus de mal à accumuler autant de dettes. Les excédents commerciaux globaux se porteraient sur le DTS et sur les devises qui le composent, de façon sans doute bien mieux répartie qu'actuellement.


Stable ensuite : pour vendre nos Airbus et acheter du pétrole, nous paierions et serions payés en DTS, dont le cours serait sans doute bien plus stable que celui du seul dollar (alors que les Etats-Unis représentaient presque la moitié du PIB mondial au moment de Bretton-Woods, en 1944, leur part dans la production mondiale se situe entre un cinquième et un tiers du PIB mondial, selon qu'on la mesure en parité de pouvoir d'achat ou à prix courant).

La proposition chinoise, soutenue apparemment par la Russie, et de nombreux autres pays émergents est donc visionnaire. Nul doute qu'un de Gaulle s'en serait emparé.

L'Union européenne a déjà réagi par la voix de Joaquin Almunia, commissaire aux affaires économiques : "je pense que tout le monde est aussi d'accord pour dire que la monnaie de réserve internationale actuelle, le dollar, va continuer à être là pour une longue période." Donc, puisque tout le monde est d'accord (comprendre les Etats-Unis et l'Europe), l'Europe répondra comme les USA.

Barack Obama a fait évidemment la même réponse , mais lui défend sa propre monnaie, il est dans son rôle. Obama voit le dollar comme "extraordinairement fort" et ne voit aucune raison qu'il cesse d'être la monnaie de réserve internationale - c'est plus facile pour financer les plans de relance et les sauvetages de banque sans douleur).

Voilà donc une proposition politique et économique forte, censée, visionnaire, soutenue par la Chine, la Russie, le Brésil, l'Inde, qui obligerait les Etats-Unis à mener des politiques économiques moins déstabilisantes pour le reste du monde, et voilà l'Union européenne, marshmallow de la politique mondiale, qui rejette la chose sans aucun débat public.

Il est véritablement temps d'en finir avec cette construction inutile et stérilisante. Surtout, ne pas contribuer à rendre ce truc crédible en votant en juin prochain.


 

Lire aussi : le n°2 du FMI trouve la proposition chinoise sérieuse.

On rappellera que Joaquin Almunia, qui s'est prononcé en moins de douze heures comme un véritable sous-fifre au service des Etats-Unis, est un socialiste européen, membre de à gauche en Europe, association créée par Michel Rocard et DSK, membre du conseil scientifique de Terra Nova...

On notera pour l'occasion que Terra Nova, dans la notice de M. Almunia,mentionne tous ses diplômes en oubliant son passage à la Kennedy School of Governement, à Harvard (comparer avec la notice wikipedia ou le CV sur le site de la Commission). Faut pas avoir honte...




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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gus 07/04/2009 07:10

ça se poursuit :http://www.lesechos.fr/info/inter/4851152-pekin-tente-de-pousser-le-yuan-dans-le-commerce-international.htm
"Pour réduire la dépendance de son économie au dollar, Pékin a signé six accords d'échange de devises avec des partenaires commerciaux. Les entreprises pourraient se passer de la monnaie américaine dans leurs grands contrats."
Laurent K : "Question pour ma culture personelle : "un pays comme la France qui vit à crédit depuis 1977 " se rapporte à quel deficit ? Celui de l'Etat, de la balance commerciale, des paiements ?"Dans mon esprit du moins, je parlais de la somme des déficits privés (emprunts des entreprises, des ménages) et publics, observés sur le long terme : en effet, on ne peut plus guère parler d'investissement et de rentabilité de l'investissement sur une période d'observation de trente ans. A mon humble avis, la dépendance à l'endettement des puissances publiques et de très nombreuses entreprises est devenue structurelle, même s'ils essaient de masquer leur appétit croissant pour la dette derrière des stratégies de croissance souvent risibles.L'évolution de l'endettement sur le court terme n'a à mon avis aucun sens : par contre, leur évolution en glissement sur cinq ans est significatif : peu d'investissements ou de stratégies ne donnent pas de résultats annexes visibles en 5 ans qui permettraient d'infléchir le discours : par exemple, la rénovation de l'informatique des finances publiques lancée (pour la cinquième fois en trente ans) en 2004 n'a pas eu de conséquences observables en 2009.La balance commerciale n'a à mon avis strictement aucune importance réelle et significative à long terme. La question de la balance des paiements me semble secondaire (même si elle reflète l'appel aux capitaux lointai pour les emprunts des entreprises, qu'il ne faut pas compter deux fois).

laurent K 29/03/2009 16:26

Gus,Question pour ma culture personelle : "un pays comme la France qui vit à crédit depuis 1977 " se rapporte à quel deficit ? Celui de l'Etat, de la balance commerciale, des paiements ?

edgar 28/03/2009 15:57

Gus : Non,pas "dans les monnaies de son choix".Il s'agit bien de battre monnaie dans une nouvelle monnaie dont la valeur serait établie par référence à d'autres. L'idée consiste aussi à utiliser directement cette monnaie nouvelle pour les transactions internationales (achats d'avions ou autres transactions importantes).

Gus 27/03/2009 22:37

Un point essentiel sur le panier de devises : rien n'interdit à qui que ce soit d'acheter les lots panachés de devises sur les marchés.Ce qui était demandé était de permettre au FMI d'émettre au besoin de stricts équivalents des monnaies demandées par les emprunteurs mais que les états concernés n'auraient pas émis en quantité suffisante pour les besoins des investisseurs.Autrement dit, de permettre au FMI de battre monnaie comme bon lui aurait semblé dans les monnaies de son choix. Exactement ce que tout investisseur demande (pouvoir acheter autant de monnaies de son choix qu'il désire) et que toute communauté humaine correctement gérée souhaite éviter (ne pas se retrouver endettée envers celui qui le désire).La chose est certes difficile à comprendre pour un pays comme la France qui vit à crédit depuis 1977 et s'est habitué à oublier que la communauté nationale est redevable envers quiconque stocke sa monnaie.

laurent K 27/03/2009 06:50

Interessant ce débat pour savoir s'il vaut mieux un outil d'échange stable ou instable... A court terme, il est clairement contre l'intéret des Etats-unis. A long terme, tout le monde, eux compris ont à y gagner. Le systeme actuel leur a certes permis de vivre à crédit pendant des décennies sans rembourser mais il les a aussi conduit sur la pente de la facilité et du déclin (que j'espère provisoire et reverssible pour ma part).Un panier de devises aurait l'immense avantage d'obliger tous les acteurs à corriger leurs déséquilibres avant qu'ils ne devennent trop important. Et tout le monde en bénéficierait sur le long terme.

Gus 26/03/2009 22:50

En l'occurrence, pour l'instant, la France en particulier (ses institutions) et même l'Europe en général gagnent nettement au jeu de "je m'endette sur le dos des autres". D'ailleurs, le retour de bâton risque de fragiliser tous les systèmes de solidarité français. Donnez aux riches épargnants du monde entier une monnaie de réserve fiable et plus personne ne voudra prêter d'argent au gouvernement français et aux caisses de retraite : et là, ça fera vite très mal...D'après vous, comment donc l'Allemagne est-elle parvenue à financer la réunification, si ce n'est avec l'argent des autres qui se battaient pour lui en prêter ? Et d'ailleurs, se battent encore : au vu, sans doute, des salaires minimaux extraordinairement bas de ce pays...

edgar 26/03/2009 20:32

Gus : on s'en f... des chinois. Nous avons à gagner à un système monétaire qui limite les possibilités de s'endetter sur le dos des autres, c'est tout !

dubruel 25/03/2009 17:57

3 monnaies dollar, yen, euro, c'est effectivement beaucoup en pleine mondialisationidée à creuseramitiés charles

Gus 25/03/2009 17:04

Si je vous comprends bien ce que vous voulez dire, vous constatez à juste titre que le gouvernement des USA a la possibilité de faire fluctuer la parité dollar/euro mais que les européens n'ont pas cette possibilité.C'est tout à fait exact.Mais ce n'est pas ce qui intéresse les chinois, qui n'ont pas ce problème (puisqu'ils co-pilotent avec les USA la parité dollar/yuan). Ce qui intéresse le gouvernement chinois, c'est de parvenir à capitaliser les bénéfices absolument colossaux que les entrepreneurs chinois réalisent en commerçant avec le monde entier. Ce qu'ils constatent, c'est qu'ils ne peuvent même plus compter sur le bon vieux dollar US pour ça, et qu'ils ne peuvent pas davantage compter sur l'Euro pour de toutes autres raisons. Si on met de côté le fait qu'ils pourraient construire eux-même leur panier de monnaies (à base de monnaies norvégiennes, allemandes, etc. par exemple), que cherchent-ils à obtenir exactement si ce n'est l'assurance de pouvoir capitaliser à l'infini les bénéfices de leurs entrepreneurs ?Et alors, si vous me permettez l'expression, qu'est-ce qu'on en a à carrer qu'ils ne savent pas quoi faire de leur fric ? Ne pourraient-ils pas tout simplement payer leurs ouvriers avec plutôt que d'exiger de la communauté internationale de les aider à tirer le maximum de leur spoliation ?

edgar 25/03/2009 15:02

Gus, si l'euro était si peu sensible que ça aux fluctuations du dollar, la balance commerciale de la zone euro ne se serait pas creusée de près de 50 milliards entre 2007 et 2008, passant dans le rouge.Nous gagnerions donc aussi à avoir une monnaie de réserve plus stable, euro ou pas euro d'ailleurs (nous gagnerions encore plus avec le franc, effectivement).Les chinois découvrent qu'ils sont coincés avec leurs dollars et veulent une porte de sortie. Leur propre proposition n'a pas qu'un avantage pour eux : en limitant la capacité d'endettement de leur premier client, elle restreint leurs débouchés. Leur proposition est vraiment intéressante, pour à peu près tout le monde sauf les états-unis (et encore, sans doute pas pour les citoyens américains, à terme. seuls les gouvernements ont intérêt à un dollar yo-yo, qui permet de jouer avec la croissance dans un sens ou dans l'autre plus vite et plus fort que dans n'importe quelle autre économié).