La lettre volée

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Curzio Malaparte, Technique du coup d'état

Ce livre était recommandé par Christophe Nick, dans Résurrection, il servait à l'auteur à analyser les conditions du retour de de Gaulle au pouvoir en 1958.

Pour le résumer brièvement, Malaparte explique qu'un coup d'état réussi ne s'intéresse pas à prendre des symboles, mais à bloquer les nerfs vitaux d'une société. Par exemple, mieux vaut contrôler - à l'époque - les PTT et les centrales électriques, plutôt que le Parlement.

Pour ces leçons, et son insolence - Hitler est dépeint comme une folle hystérique -, Malaparte a payé de cinq années de prison à l'île de Lipari, sur ordre de Mussolini.

Les enseignements de Malaparte sont tirés de l'étude de différents coups d'état, réussis (1917, en Russie), ratés (la tentative de retour au pouvoir de Trotsky) ou même jamais tentés (les communistes allemands ou italiens de l'après première guerre mondiale).

De la révolution russe de 1917, il tire un enseignement : point n'est besoin, pour prendre le pouvoir, de masses innombrables. Face à Lénine, qui veut submerger l'ennemi, Trotsky pose que "tout le peuple, c'est trop pour l'insurrection. Il faut une petite troupe, froide et violente, dressée à la tactique insurrectionnelle". De fait, il renversera Kerenski non en envoyant des centaines d'hommes contre les mitrailleuses installées face au Parlement et devant les ministères, mais en envoyant des petits groupes de deux ou trois hommes tenir tous les points stratégiques, quartier par quartier.

En 1927, quand Trotsky tente de renverser Staline, ses petits groupes d'hommes trouveront, dans chaque bureau de poste ou central téléphonique qu'ils tenteront de prendre, les hommes de la Guepeou de Menjinski, eux aussi organisés en petits groupes discrets et efficaces. La tactique de Trotsky a été reprise par plus fort que lui.

Malaparte poursuit avec le putsch de Kapp (raté) et le 18 Brumaire (réussi, mais de peu), pour évaluer les conditions d'un coup d'état réussi, où la vitesse d'exécution et d'inévitables entorses à la législation sont nécessaires. Pour avoir voulu rester légaliste, Bonaparte a failli échouer. Mussolini a réussi en 1922 par une préparation longue (trois années) et minutieuse, qui minimisa la violence nécessaire à la victoire. En deux étapes, une première avancée en août contre la grève générale lancée par la gauche, une fois contre le gouvernement légal, en octobre, Mussolini l'emporte en Italie.

De l'ensemble des récits de conquêtes par l'extrême droite, on retire l'impression que la gauche perd toujours faute de savoir identifier ses adversaires. Ce ne sont pas tant les patrons et les pouvoirs constitués, que les nervis auxquels le patronat et les pouvoirs de droite ont recours pour faire peur qui sont dangereux. Car tôt ou tard, les nervis veulent travailler pour eux-mêmes.

En un dernier chapitre, exemplaire de ce point de vue de l'utilisation d'un homme de main par les possédants apeurés, Malaparte décrit l'arrivée au pouvoir de celui qu'il présente comme "une femme : Hitler". Un portrait assez juste, qui anonce, dès 1931, la nuit des longs couteaux (1934) et les guerres successives : "Hitler est jaloux de ceux qui l'ont aidé à devenir une figure de premier plan dans la vie politique allemande. Il redoute leur énergie, leur fierté, leur esprit combatif, cette volonté courageuse et désintéressée qui fait des troupes d'assaut hitlériennes un dangereux instrument de puissance. Il emploie toute sa brutalité à humilier leur orgueil, à étouffer leur liberté de conscience, à obscurcir leurs mérites personnels, à transformer ses partisans en serviteurs sans dignité. Comme tous les dictateurs, Hitler n'aime que ceux qu'il peut mépriser. Son ambition c'est de pouvoir, un jour, corrompre, humilier, asservir tout le peuple allemand, au nom de la liberté, de la gloire et de la puissance de l'Allemagne".

Un très bon livre pour les passionnés d'histoire et d'histoire politique.


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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 24/03/2009 19:07

" l'oubli de soi" n'a rien à voir avec l'immigration ? mais où vivez-vous donc, pour avoir cette chance de ne pas voir qu'une immigration de peuplement est en cours et qu'elle a comme but principal la destruction de notre nation !Ni Dieu ni maitre, mais l'on se débarrasse d'un maître plus facilement que d'un Dieu, particulièrement celui des musulmans. Donc s'il faut faire un bout de chemin avec les ricains, pourquoi pas.La France est une construction politique, donc fragile, l'Islam n'est pas soluble dans notre république, la suite s'imagine aisément ... 

edgar 24/03/2009 16:24

Je ne crois pas que l'immigration soit un problème qui ait besoin d'une solution. Par ailleurs, je pense que les USA sont ravis que l'Islam apparaisse comme un problème, entre vos deux "ennemis", vous devirez choisir.Pour moi le principal ennemi c'est l'oubli de soi, c'est cela qui plombe notre pays. L'envie de s'abandonner, à l'Europe, à l'air du temps, à un grand bidule. L'immigration n'a pas grand chose à voir là dedans.

Gérard Couvert 24/03/2009 12:07

Je ne sais pas si cet échange n'est pas lassant pour vos lecteurs, mais je me permet de rebondir encore une fois à votre réponse.Dire que je me focalise sur l'immigration est à la fois vrai et faux Faux parce que mes occupations publiques embrassent tout le champ du militantisme politique tout en ne se limitant pas à l'action politique. Vrai parce que le site en question est consacré à ce sujet et à la promotion d'une solution juste et humaine.Bien sur qu'il y a des sujets plus importants ;mais au fond l'économie, la politique, l'éducation tout provient des attendus culturels de la société et donc l'imaginaire multi-culturalisme, l'immiction de l'Islam, l'américanisation sont en amont des problèmes d'aujourd'hui.

edgar 24/03/2009 10:28

C'est juste qu'en vous focalisant sur l'immigration, qui a certes servi au patronat à faire baisser les salaires, vous êtes à côté de la plaque à mon sens.Il y a beaucoup d'autres sujets plus importants et urgents aujourd'hui.

Gérard Couvert 24/03/2009 08:00

Cette fois c'est vous Edgar qui n'êtes pas clair, l'égarement en soit n'est pas délictueur - enfin pas encore ! - et puis est-ce un acte absolu ou relatif ?Relisez mon site vous verrez il y a plein de miettes de pain qui tracent le retour, à moins que les oiseaux les aient dèjà mangées.

edgar 23/03/2009 22:30

pour avoir un peu parcouru votre blog, je crois que vous vous y égarez. mais on peut se perdre et se retrouver...
 

Gérard Couvert 23/03/2009 22:08

Je crois que Malaparte date un peu, et qu'aujourd'hui la césure droite/gauche mériterait d'être revisitée.Il me semble que le populisme et le totalitarisme ne sont pas toujours liés, et que le mythe de l'homme nouveau n'est ni de droite ni de gauche.Enfin, en rapport direct avec l'Italie, et en faisant court, il y a dans le fascisme (je parle du primo-facisme et non de la république de Salo) des enseignements, peut être même des directions d'analyses qui n'ont pas été suffisement explorés ; je pense par exemple au rapport de l'homme et du travail, à l'angoisse du reflux démographique, à la culture ancrée et résilliaire...bon, je ne suis toujours pas clair, je tenterais de l'être davantage plus tard ; si vous voulez.

edgar 23/03/2009 21:44

Gérard, vous n'êtes pas clair.

Gérard Couvert 23/03/2009 21:39

Malaparte est revenu vivant de Lampedusa, Gramsci aussi, quoique malade, sa villa de Capri à permi des images inoubliables ... Franco est mort dans son lit malgré les centaines de milliers de morts (républicains et phalangistes) et Mussolini ignominieusement.Classer le Duce au rang de l'extrème droite c'est reconnaitre à celle-ci une filiation révolutionaire et sociale ; c'est une notion assez compliqué à manier dans ses prolongements.Et encore plus si l'on ajoute Hitler et Peron à la liste ; quand au 18 Brumaire ... jusqu'où remonter le temps, César ?N'est-ce pas la démocratie dans son assertion moderne qui est condamnée au viol conjoncturel ? peut être même que dans son essence la démocratie ne peut résoudre les contraintes du pouvoir sur les hommes ; alors la république peut s'en passer, parfois, lorsqu'un homme peut reprensenter le Peuple dont il se sent l'incarnation