La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

De Gaulle annonce le retrait de la France de l'OTAN, 1958

L'Alliance atlantique a été conçue et sa mise en œuvre est préparée en vue d'une zone d'action éventuelle qui ne répond plus aux réalités politiques et stratégiques. Le monde étant ce qu'il est, on ne peut considérer comme adaptée à son objet une organisation telle que l'OTAN, qui se limite à la sécurité de l'Atlantique Nord, comme si ce qui se passe, par exemple au Moyen-Orient ou en Afrique, n'intéressait pas immédiatement et directement l'Europe, et comme si, les responsabilités indivisibles de la France ne s'étendaient pas à l'Afrique, à l'Océan indien et au Pacifique. [...]

La France ne saurait donc considérer que l'OTAN, sous sa forme actuelle, satisfasse aux conditions de la sécurité du monde libre et, notamment, de la sienne propre. Il lui paraît nécessaire qu'à l'échelon politique et stratégique mondial soit instituée une organisation dont elle fasse directement partie. Cette organisation aurait, d'une part, à prendre les décisions communes dans les questions politiques touchant à la sécurité mondiale, d'autre part à établir et, le cas échéant, à mettre en application les plans d'action stratégique, notamment en ce qui concerne l'emploi des armes nucléaires.

Courrier à Eisenhower, président des Etats-Unis, reproduit dans
 
La France, l'Europe, l'OTAN, une approche géoploitique de l'atlantisme français.

 
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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Xavier 18/03/2009 09:21


13 mai 1964, Alain Peyrefitte parle avec De Gaulle au sujet du retrait des officiers de marine français de l’OTAN.
Alain Peyrefitte : « Attendez-vous quelque chose de la session de l’OTAN ?
De Gaulle. – Que voulez-vous que j’en attende ? L’OTAN ne sert à rien : il ne peut rien s’y passer ! Tout ça, c’est zéro, zéro, zéro. C’est fait pour faire vivre des fonctionnaires internationaux qui se font payer grassement à ne rien faire, sans verser d’impôt.
Alain Peyrefitte. – On ne reviendra pas sur le retrait de nos officiers de marine de l’OTAN ?
De Gaulle. – Pourquoi voulez-vous qu’on revienne là-dessus ? Il n’y avait aucune raison pour qu’ils y restent. C’était une anomalie qu’ils soient là. Bien sûr, ils se faisaient payer plus cher que s’ils étaient restés dans la marine française. Ces organismes internationaux sont bons pour y attraper la vérole. Nos représentants oublient le devoir d’obéissance à l’Etat. Ils y perdent le sentiment national.
Alain Peyrefitte. – La chose a été rendue publique à partir de l’Allemagne. Nous les avions prévenus de notre intention, dans le cadre des consultations prévues par le traité de l’Elysée ?
De Gaulle. – Non. Je ne crois pas. Pourquoi voulez-vous qu’on les prévienne ? Non. Il fallait bien que ça se sache un jour ou l’autre.
Alain Peyrefitte. – C’est le journal Die Welt qui a fait la fuite.
De Gaulle. – Les Anglais, qui sont des maîtres dans l’art de manipuler, ont colonisé la presse allemande. Adenauer était le premier à s’en plaindre. Les Allemands sont liés par leur presse aux mains des Anglo-Saxons.Vous savez ce que ça veut dire, la supranationalité ? La domination des Américains. L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain. Les Allemands, les Italiens, les Belges, les Pays-Bas sont dominés par les Américains. Les Anglais aussi, mais d’une autre manière, parce qu’ils sont de la même famille. Alors, il n’y a que la France qui ne soit pas dominée. Pour la dominer aussi, on s’acharne à vouloir la faire entrer dans un machin supranational aux ordres de Washington. De Gaulle ne veut pas de ça. Alors, on n’est pas content, et on le dit à longueur de journée, on met la France en quarantaine. Mais plus on veut le faire, et plus la France devient un centre d’attraction. Vous nous voyez avaler la supranationalité, nous ? La supranationalité, c’était bon pour les Lecanuet !
(Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, Fayard, tome 2, page 216-217)

edgar 13/03/2009 15:37

Halte au feu !

fd 13/03/2009 15:31

Est il possible d'écrire sur ce blog sans être en permanence agressé ?

olyvier 13/03/2009 11:56

La question, en tout cas d'un point de vue juif, n'est pas de chercher un père spirituel, un maître à penser, mais de se situer dans l'héritage des pères (et surtout pas de s'imaginer soi-même "maître à penser" des générations futures, même clairsemées, position étrange qui survient toujours quand les pères sont dénoncés).

fd 13/03/2009 11:42

@EdgarSi je devais me trouver un père spirituel en 1958, plutôt que De Gaulle je choisirais Franz Fanon - cf http://fr.wikipedia.org/wiki/Frantz_Fanon . Mais il y a dans nos milieux (je dis "nos milieux" car toi et moi avons eu la même formation initiale) aussi peu de gens qui connaissent son oeuvre que de gens qui me choisiront comme père spirituel après ma mort !

olyvier 13/03/2009 09:02

Edgar : la discussion que tu as avec ton commentateur est intéressante ; c'est la question talmudique du rapport à l'enseignement de nos pères, et d'une fidélité critique et interrogative, d'une appropriation interprétative qui est tout sauf une idéalisation, et encore moins une mise en (dernière) demeure."Se souvenir des belles choses" est un titre de film que j'aime beaucoup.Je crois que si nous ne pouvons pas entendre avec une bienveillance vigilante le discours des anciens, si nous nous situons en procès de l'héritage de nos pères,alors nous ne pouvons pas avoir une lecture bienveillante de nos frères, et encore moins,de nos fils.Aussi, je crois que tu as raison de ne pas cesser d'entendre la meilleure part du gaullisme, pour aujourd'hui t'opposer à la normalisation de la France.

fd 12/03/2009 22:38

Moi aussi je voyais De Gaulle à travers les yeux de Villepin, un De Gaulle favorable à un monde multipolaire, mais le texte que tu exhumes là montre bien un De Gaulle qui reproche à l'OTAN de "se limiter à la sécurité de l'Atlantique Nord, comme si ce qui se passe, par exemple au Moyen-Orient ou en Afrique, n'intéressait pas immédiatement et directement l'Europe".Donc un De Gaulle impérialiste. Note bien que dans ses mémoires de guerre de 1944 il est impitoyable à l'égard du Levant (Syrie Liban). Il demande même qu'on désarme le front ouest pour aller récupérer la Syrie contre les anglos-saxons (lesquels préparent sa sécession). C'est la vieille école impériale française. De Gaulle n'a pas compris l' "esprit de Bandoung". Ou alors peut-être l'a-t-il compris seulement en 60 avec le pourrissement du conflit algérien. Il faudrait ressortir d'autres textes pour se faire une opinion.

fd 12/03/2009 22:37

Moi aussi je voyais De Gaulle à travers les yeux de Villepin, un De Gaulle favorable à un monde multipolaire, mais le texte que tu exhumes là montre bien un De Gaulle qui reproche à l'OTAN de "se limiter à la sécurité de l'Atlantique Nord, comme si ce qui se passe, par exemple au Moyen-Orient ou en Afrique, n'intéressait pas immédiatement et directement l'Europe".Donc un De Gaulle impérialiste. Note bien que dans ses mémoires de guerre de 1944 il est impitoyable à l'égard du Levant (Syrie Liban). Il demande même qu'on désarme le front ouest pour aller récupérer la Syrie contre les anglos-saxons (lesquels préparent sa sécession). C'est la vieille école impériale française. De Gaulle n'a pas compris l' "esprit de Bandoung". Ou alors peut-être l'a-t-il compris seulement en 60 avec le pourrissement du conflit algérien. Il faudrait ressortir d'autres textes pour se faire une opinion.

edgar 12/03/2009 17:08

Je ne comprends pas ce texte comme cela, j'ai une vision d'un de Gaulle plus émancipateur par son verbe, avec une volonté de non alignement incluant les plus faibles. Je suppose donc qu'il visait plus une organisation mondiale de sécurité incluant toutes les nations, qu'une domination sous ombrelle OTAN ("échelon politique et stratégique mondial").On peut aussi considérer que de Gaulle a eu une relation moins égalitaire avec les pays africains, et le lire dans le sens que tu retiens.Je le vois plus universaliste dans son discours, même si je reconnais bien volontiers que sa pratique a été plus impérialiste que son verbe.

fd 12/03/2009 16:42

Je suppose que tu entends par "empire" une structure métanationale. Moi j'entends par là simplement une structure qui veut dominer les autres (un impérialisme confédéral ou fédéral a les mêmes effets pour ceux qui le subissent). En ce sens là le texte que tu cites montre bien que le général voulait d'une OTAN impériale "de Tskhinvali à Tamanrasset" pourrait-on dire pour plagier l'ancien adage. Je serais Sarko je reprendrais ton extrait : ça lui donnerait une occasion de plus d'endosser l'uniforme du vieil homme de Colombey