La lettre volée

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Son devoir de Français

"Monsieur le Président, je pose une question à votre conscience. Le Maréchal Pétain a-t-il, d'après vous, trahi la France ?" Alors, le maréchal Pétain se souleva un peu et quelque chose qui s'apparente à l'anxiété parut sur ses traits. Il y eut un bref silence. "Le maréchal Pétain a trahi son devoir de Français", dit M. Daladier.

26 juillet 1945, procés du maréchal Pétain, in Joseph Kessel, Jugements derniers.

Lisant ce très bon recueil de chroniques de Joseph Kessel, je me demandai quel pouvait bien être aujourd'hui le devoir d'un Français ? Tout aujourd'hui tend à nier que cette question même puisse un jour avoir un sens. Chacun sait que nous sommes européens et que l'Europe, en toute chose, fait son devoir d'américain. Reste notre devoir de contribuable, qui est encore bien excessif pour certains, qui n'ont de cesse que d'y échapper. L'armée ne concerne plus que quelques professionnels dont on déplore parfois la disparition en des contrées lointaines, mais cela ne nous concerne guère. Nous sommes parfaitement immunisés de tout devoir envers le monde (c'est encore envers les arbres, les ruisseaux et la nature que nous nous reconnaissons le plus facilement des devoirs. Ils ne nous reprocheront jamais rien.)

J'ai pourtant le sentiment d'avoir un jour pensé que la France avait collectivement manqué à son devoir de France. En 2006, lorsqu'Israël est entré au Liban, j'ai pensé qu'un de Gaulle aurait su protester. Voire qu'un Poincaré aurait envoyé des troupes, défendre un pays allié. Il y a certainement de nombreuses occasions où la France a failli à sa mission, à ses attaches, à ses alliés. Peut-être au Rwanda, au Darfour, au Congo ou dans d'autres endroits où mes connaissances géopolitiques sont très minces...

La modernité en réalité semble faite pour nous permettre de nous endormir chaque fois plus tranquille sur nos mols oreillers. Nous avons délégué la garde du monde, aux Etats-Unis, lesquels d'ailleurs l'ont sous-traitée aux plus pauvres d'entre eux. En tant qu'individu privé, je dois m'en féliciter. Comme citoyen, français ou pas,  j'ai parfois des doutes...

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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olyvier 22/02/2009 17:07

Edgar, a propos du Hezbollah : Je confirme le propos d'un de tes commentateurs sur la popularıté du Hezbollah. Outre que cette vérité peut se lire partout, meme dans Match, j'ai pu le constater en Syrie, parmı les gens. Ceci dit Segolene est egalement populaıre. et cela ne me semble pas un crıtere pertınent, en soi. La question serait "pourquoi est-il populaire ?" - et des faubourgs de Damas aux exaltés anti-sionıstes françaıs, la réponse est simple : parce que Hezbollah a tenu Israel en échec. Ce quı est intéressant, c'est que cette raison gomme tout le reste, et on peut voir de nombreux proclamés laıcs, en France et au M.O se trouver des sympathies pour ce mouvement. La haine d'Israel est plus forte que tout autre engagement, et j'aı tendance a croıre qu'elle éclaire la nature de ces engagements. --- J'aurais tendance a penser, de retour d'Irak, qu'ıl ne faut pas jetter le Baassisme avec l'eau des défaıtes militaires. --- By the way, je me suıs trompé : ıl me semble que ce n'est pas Hezbollah qui a laissé crever Seurat, mais Amal (mais ce n'était qu un exemple).

olyvıer 22/02/2009 16:44

Edgar et Gus : je ne crois pas que la fraternité appartienne au domaine de l'ıdéal, mais au contraire a celui de la réalité - une réalité conflictuelle, mais d'un conflit encadré par l'interdit moral (du bıblıque "gardien de mon frere" au plus prosaıque, mais structurant, "maıs arrete de l embeter..." que nous avons tous entendu dans la peugeot de nos parents). La fraternıté n'est pas une liesse loıntaıne, mais un pénıble présent.Je crois que l'ınvocatıon de la fraternıté comme réconcilşatıon, aplanıssement, est la faille majeure du discours humaniste (partant, de la Gauche dans sa prétention au bien universel). Nous sommes tous freres ? Raıson de plus pour mettre de l'ordre la dedans !

Gus 20/02/2009 13:10

Edgar : Dans l'absolu, la question que chacun de nous se pose est de savoir pourquoi il devrait tolérer l'existence de chaque semblable qui l'irrite alors même qu'il se porterait probablement mieux sans lui.Je veux bien admettre qu'il puisse exister une autre solution que "tous frères" : mais, malheureusement, mes concitoyens ne me semblent pas particulièrement plus supportables que les étrangers.

edgar 20/02/2009 09:45

Communiste n'est pas un gros mot sur ce blog,ni prolo. Je ne vois pas bien ce qui te fais dire ça ?Je ne place aucun espoir dans le PC français ni dans le communisme aujourd'hui, mais je n'ai aucun mépris pour le communisme, surtout démocratique.

olyvıer 20/02/2009 08:59

FD : Merci d essayer de lıre ce quı est ecrıt plutot que de plaquer en reponse un dıscours d allergıque.Edgar : d accord avec ta nuance, maıs tu saıs bıen que la realıte etatıque du Lıban est au mınımum complexe.

fd 19/02/2009 23:50

Meyssan complimente la France pour son soutien discret au Hezbollah en 2006 dans "L'effroyable imposture 2", mais je pense qu'il charrie comme d'hab. Cela dit le hezbollah est un mouvement qui n'a pas que des défauts, et que les peuples arabes portent très haut dans leur estime à commencer par les Palestiniens. En plus ses combattants sont de vrais fils de prolos (et souvent de prolos communistes, car les chiites étaient les rank and file du PC libanais autrefois), mais je sais que c'est un gros mot sur ce blog.

edgar 19/02/2009 21:39

Gus : je ne vois pas bien en quoi la politique pourrait se limiter à l'idéal ? Dans l'idéal on est tous frères...Olyvier : le Hezbollah notre allié, certainement pas. Le Liban, c'est autre chose.Je ne dis pas exactement ce que nous aurions dû faire, que je ne sais pas, je me rappelle simplement avoir été gêné de notre impuissance...

fd 19/02/2009 18:53

Nous avons aussi des compatriotes étatsuniens, et il y avait des franco-allemands en 1939. Ët l'Etat d'Israël traite à peine mieux le consul de France retenu à l'entrée de Gaza pendantd es heures, tout consul qu'il est que le Hezbollah des années 80 (le Hezbollah du début) traitait ses otages. Si ces deux critères (l'existence de binationaux et le traitement des otages par un groupe de résistants) doivent être le critère de la politique étrangère française, alors je préfère que nous n'ayons pas de politique étrangère du tout.

olyvier 19/02/2009 18:15

Je reflechis a la question que tu poses, a savoır ce que serait notre devoir de français aujourd hui.Je dirais : oser demeurer (redevenır ?) nous-memes, avec notre Republique, nos services publics, notre ecole ; et aussi, surtout, un certain rapport a la pensee, et a cette foi dans l alterıte feconde de quı s adresse a nous. Je dirais egalement : etre vigilant sur les glissements anti-democratiques a l oeuvre.Sur le Liban, je serais tout de meme prudent : le Hezbollah qui a laisse crever ce pauvre Seurat (entre autres choses) n est pas tout a faıt notre allıe, et Israel pas non plus notre ennemi (sans jouer la rengaine occidentale des democratıes contre le totalıtarısme, on peut quand meme se souvenır que nous avons de nombreux compatriotes qui sont egalement israelıens, que nous avons des liens scientifiques et culturels forts...)En bref, je crois que la France a fait ce qu elle a pu au Liban.

Gus 19/02/2009 13:10

La France s'illustre surtout, ce siècle dernier, par des comportements contrastés d'une région à l'autre face au spectacle du monde.Dès lors, poser la questions de la citoyenneté à l'échelle de l'Europe est aussi absurde que de la poser à l'échelle des états : c'est particulièrement frappant pour des pays comme la Belgique. L'état, d'hier ou d'aujourd'hui, est le niveau auquel s'impose la raison d'état, c'est à dire, la trahison de l'idéal au profit de l'intérêt. La générosité, la citoyenneté, n'a rien à voir avec cela.