La lettre volée

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Frédéric Delorca, Programme pour une gauche française décomplexée

Frédéric Delorca est un activiste politique engagé sur internet depuis 1999 (et un commentateur régulier sur ce blog).


Il a publié, en 2007, un très court (48 pages) opuscule, pour encourager la gauche à penser en dehors des clous.


Son message principal est clair et tient en un point : on ne peut à la fois vouloir une politique de gauche et souhaiter que la France reste dans l'Union européenne (et accessoirement dans l'OTAN, encore que les deux soient synonymes, via l'article I-41 du TCE).


En quelques paragraphes, Frédéric résume toutes les raisons qui devraient enfin ouvrir les yeux de la gauche résignée. Par exemple, « tous ceux qui se gargarisent d'une possible « politique sociale de l'Europe » n'ont pas la moindre idée de la façon dont ils pourraient convaincre nos partenaires de l'adopter... »


Ensuite, Frédéric Delorca s'emploie à démystifier tous les arguments avancés par ceux pour qui la sortie de l'Union européenne marquerait le retour de la France à l'âge de pierre.


Par exemple, que les investisseurs étrangers n'auraient aucune raison de quitter un marché qui resterait le deuxième marché européen, et retrouverait sans doute une croissance supérieure. Même dans le Vénézuela de Chavez, les sociétés étrangères sont restées.


D'autres mesures sont évoquées, comme un retour du partage du temps de travail, une politique ambitieuse de construction de logements, des circuits de distribution et de commercialisation plus courts, ou l'annulation de la dette publique et privée des pays africains. Delorca plaide enfin pour un renouveau citoyen : moins d'emprise des médias privés, de la publicité, plus de place à l'éducation.


Il appelle aussi à ne pas se satisfaire d'une démocratie du bulletin, où le vote est la seule occasion de participation à la gestion collective. Idée originale, il propose le recours plus fréquent au tirage au sort comme moyen de sélection (pourquoi pas au Sénat, en effet ?)


C'est donc un très bon stimulant et une note d'optimisme que la publication de ce petit ouvrage. Je dois cependant apporter deux bémols à mon appréciation très positive.


Le premier s'inspire de la tirade célèbre : « il ne suffit pas de dire que des têtes vont tomber, il faut dire lesquelles ». En effet, Frédéric Delorca évoque à plusieurs reprises des mesures destinées à restaurer la « salubrité morale de l'air qu'on respire ». Ceci suppose, à mon avis, que la morale publique ainsi appelée à renaître, soit mieux définie, et que les maux à réduire soient mieux précisés. Il ne suffit pas, à mon sens, de souhaiter qu'un « gouvernement rationnel l'emporte sur la folie capitaliste » pour qu'une politique souhaitable soit définie. J'ai une conception de la raison très relative, pour tout dire, libérale, qui me fait douter qu'elle soit unique et aisément définissable.


Le deuxième bémol est lié au premier, et me fait revenir à ma folle jeunesse où je m'opposais aux chevènementistes de ma section PS, réputés autoritaires et dirigistes. Bref, je ne suis pas facilement Frédéric quand il écrit qu'un pays comme Cuba a réussi à réduire de 80% sa consommation de pétrole. Je signe sans doute là ma méconnaissance des politiques cubaines, mais je doute que cette réduction soit le fruit d'autre chose que d'un simple ralentissement de l'économie. Disons que je rechigne à chercher des exemples de politiques sectorielles positives dans un pays qui a fait une croix sur les libertés formelles que je crois fondamentales.

[Note : ayant envoyé cette note de lecture à Frédéric avant publication, il me signale une interview d'Yves Cochet, député Vert européen, qui se montre effectivement assez admiratif des politiques cubaines en matière d'économies d'énergie.]


Pour conclure : il y a une nécessité de revenir à des politiques publiques plus affirmées, qui ne s'effraient plus de réduire l'emprise toujours plus forte du secteur privé. Je suis à 100% l'auteur lorsqu'il affirme qu'un tel renouveau de la politique publique ne peut s'inscrire dans le cadre de l'Union européenne. Je suis aussi d'accord lorsqu'il affirme que d'autres pays européens seraient peut-être prêts à nous imiter dans cette voie, et que nous devrions nous informer mieux sur les initiatives déjà prises par des pays comme le Vénézuéla ou d'autres, pourtant décriés par la pensée résignée. Mais j'appelle à plus de précisions sur le futur programme d'une gauche décomplexée : il y a une ligne rouge à tracer, ou des précisions à apporter, en ce qui concerne la démocratie parlementaire. Je pense que la simple sortie de l'Union européenne sera déjà un pas majeur pour restaurer une effectivité des politiques publiques. Frédéric semble inviter à aller plus loin dans les réformes institutionnelles. Il faut, à mon sens, dire très clairement jusqu'où. Il y a place pour un programme plus étoffé, mais la lecture de ces prémisses donnent une raison d'espérer que l'évidence finira par s'imposer. L'Union européenne est une machine de droite dont on ne peut que souhaiter sortir.



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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Thomas Rudolf 26/01/2009 22:59

En ce moment j'observe de très près le PG qui s'associe au PC et à plus pour lancer ses candidats aux Européennes 2009. Le PG (sans JLM) mais à cause de son équipe. Mais comme tu sais, je ne prends pas de carte, je reste ttlmt libre et je ne suis surtout pas militant. J'explique, c'est tout. Si on a envie de reconquérir de la pensée, il n'y a qu'à. Je ne peux assumer à la place de ceux qui démissionnent de la pensée. Mais dans cette période de "crises" il y aurait des prises de conscience qui vont aboutir dans les urnes. Encore faut-il des gens devant les urnes et des autres qui s'en servent. L'Europe est ordolibérale par démission politique des peuples. Ils n'ont pas à chercher un fautif ailleurs qu'en eux-mêmes. Même si j'ai mes têtes à critiquer, elles sont les envoyées des Etats nations membres de l'UE. Le dernier guide de la France a été mis en place par le peuple, ce qui n'est pas grave en soi; mais ce peuple lui a donné une majorité en députés, ce qui est grave et ne relève que de la responsabilité du peuple. Il en fut de même pour Jospin qui a vendu les services publics français avec l'AGCS. Malheureusement le peuple français n'est pas encore adulte depuis 1789. Il carmagnole quand il s'ennuie. La maturité politique du peuple doit s'engager par les influenceurs, les partis, les syndicats, les intellectuels et se propager par le peuple.

edgar 26/01/2009 22:32

et tu votes qui Thomas ?Je crois que le meilleur message à envoyer à ceux qui s'asseoient sur notre vote est de ne pas voter. Puisque l'Europe n'est pas démocratique et se fiche de notre avis, refusons de participer à un simulacre. 

Thomas Rudolf 26/01/2009 21:59

Mais non, ce bonhomme a tout faux. Je suis parfaitement nonniste, et à gauche du PS je le suis aussi. Mon site-blog vous expose les problèmes financiers, économiques, des Directives, de l'AGCS, des accords sur les ADPIC, des APE... de la souveraineté et de la sécurité alimentaires... La mièvrerie des personnes à gauche, en France, est de ne pas même estimer qu'elles seraient capables de penser sur trois échelles en même temps les solidarités locales, régionales et globales. Je crois simplement que ce Monsieur n'a pas le courage et ne crois pas en l'homme et en son indépendance politique et en sa capacité à demander, voire à réclamer. C'est plus facile d'écrire un 48 pages que de faire campagne pour une autre Europe. Son truc me parait être un bavardage de français, de français de l'intérieur, qui n'a d'expérience de gauche que ce que la france croit y faire dans ce domaine, même en dehors des médiocrités Mitterand-Jospin-Hollande-Aubry. La France se bavarde au travers de ses 48 pages. Si seulement il y avaient des intellectuels, des influenceurs, des politiciens, des syndicalistes de prêts pour faire la campagne des Elections Européennes 2009. Rien. Comme la Dati, Paris envoie à Strasbourg des mièvres et des reclus, comme autrefois le Mgr Gaillot avait été relaxé de son diocèse pour devenir évèque à Partenia. Cliquez sur Goggle et vous verrez qui a déjà lancé la campagne européenne 2009 avec un argumentaire simple et détaillé. Pour ma part j'ai lancé la campagne européenne vers septembre 2008.

edgar 25/01/2009 16:47

je peux aussi me passer de la CEDH...

Gaius 25/01/2009 15:45

Quand je vois la tyranie que la cour européenne des droits de l'homme fait peser sur nos juridictions, les soumettant aux "consommateurs de justice", je doute que ce soit un modèle.

edgar 25/01/2009 14:39

Seb,Il faut donc accepter une situation non démocratique parce que ça facilite les contrats internationaux ? C'est une plaisanterie ?Citroën produit en Chine sans que la Chine ne soit membre de l'Union européenne. Prônes-tu pour autant l'intégration de la Chine à l'UE ?On peut faire des tas de choses en matière de coopération sans avoir besoin de construire un état tyrannique. La Cour européenne des droits de l'homme par exemple est un bon exemple de cela.

Seb 24/01/2009 20:14

Parfois je me demande, mon cher Edgar, si tu n'as pas quelque part un gros soucis !! (je blague bien entendu)Juste pour relativiser ta théorie selon laquelle une hypothétique sortie de la France de l'UE se ferait sans douleurs ni odeurs... Je ne suis pas d'accord tu t'en doute et j'en veux pour preuve les 3 entreprises que j'ai fréquenté et qui, toute trois, ont engagé de lourd processus d'uniformisation des offres au niveau européen s'appuyant sur le rôle centrale et durable de la France au sein de l'UE. Que leur dire aujourd'hui ? On casse tout et on recommence ? Que de temps perdu !Ce n'est qu'un petit exemple de ce qui pourrait être un billet tellement cela me semble improbabe, lourd et dangereux pour la France.Bon week end !