La lettre volée

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Ségolène Royal va à Washington

Ségolène était à Washington pour assister aux cérémonies d'investiture de Barack Obama. C'est un joli pied de nez à Martine Aubry, qui fait un peu de figuration à Paris pendant que notre star clame aux USA qu'Obama a copié sa campagne sur Internet (prétention assez unanimement accueillie avec dérision par la presse internationale).

Mais peu importe, Ségolène est comme elle est et n'a visiblement pas l'intention de changer. Ce qui est intéressant c'est de savoir qui l'a invitée à Washington, seule parmi les politiques français. Aucun journaliste ne posera la question, c'est comme de savoir qui a payé l'avion de BHL pour ses reportages en Géorgie : il est assez vil de s'intéresser au dessous des cartes.

Un peu de recherche permet cependant de faire des suppositions, qui permettraient de poser à Ségolène de bonnes questions.

En effet, on sait que Nathalie Rastoin, une amie de trente ans de Ségolène (more on this later),  Directrice générale d'Ogilvy France, s'est occupée et s'occupe encore vraisemblablement de la communication de Jeanne d'Arc bis.

Un peu de recherche permet de repérer dans l'équipe de campagne d'Obama la présence de Moses Mercado, en charge du département Relations gouvernementales de... Ogilvy. Moses Mercado aujourd'hui retourné chez Ogilvy, était en France au moment de la campagne Obama, invité par la fondation Terra Nova, dîner raconté ici par Versac.

Bon, pas de mal à ce qu'entre copains on se rende des petits services, et on ne peut que féliciter Ségolène d'avoir choisi une responsable comm qui ait le bras long...

Sauf que ce n'est pas Ségolène qui a choisi sa responsable comm, qui, à l'origine du moins, n'est pas du tout "une amie" comme Ségolène a pu l'affirmer. Si l'on en croit les auteurs de la Femme fatale, c'est bien Nathalie Rastoin qui a proposé ses services à Ségolène.

De là à conclure qu'une compagnie de relations publiques et de publicité comme Ogilvy peut avoir intérêt à choisir ses candidats et à pousser leur carrière dans la durée...

Quand on sait aussi qu'Ogilvy fait dans l'achat d'espace publicitaire dans les journaux français, on a idée de la puissance de feu que représente le soutien d'un tel groupe. J'avais d'ailleurs déjà relevé qu'Ogilvy était à la manoeuvre dans le déplacement de Ségolène au Chili.

Ouvrons un peu la réflexion pour dépasser le cas de Ségolène et pour évoquer le mode de sélection des candidats à la présidentielle. La même fondation Terra Nova, sponsorisée par Microsoft, qui avait accueilli Moses Mercado, vient de pondre une note réclamant en France l'organisation de primaires ouvertes. Justement celles qui permettent aux médias et aux instituts de sondage et aux agences de comm de donner la pleine mesure de leurs moyens. Le vote des militants, alternative aux primaires, est plus dur à manipuler, et c'est ce que regrettent ces tenants de la corpolitique (corporate politics). Pour ma part, je suis favorable à un PS peut-être plus ouvert, avec plus de militants, mais dont le candidat à l'élection présidentielle soit le premier secrétaire, point. Et que celui-ci soit désigné longtemps à l'avance.

Bref, on pense ce qu'on veut de Ségolène, évidemment, un présidentiable a des liens y compris dans des grands groupes et c'est assez normal. Il y a juste un moment où on peut trouver que c'est trop, too much, too close.

Et je crois qu'au PS on peut souhaiter à Martine bien du courage, elle a du beau monde en face d'elle...



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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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FrédéricLN 23/01/2009 14:46

C'est juste - mais en fait, je ne pensais pas aux fraudes. J'avais en tête le fait que dans un parti au pouvoir (PS, UMP, il y a quinze ans UDF), la très grande majorité des adhérents ont adhéré (en vrai ou fictivement) en fonction de stratégies de conquête du pouvoir municipal. Soit pour eux-mêmes dans le cadre de clans, soit pour un parent, voisin, ami. Le vote des adhérents dans une "primaire" interne peut donc être largement manipulé, au sens de déterminé non par les préférences des adhérents entre les candidats, mais par des alliances de clans, parmi les cadres du parti, pour conserver le contrôle des investitures aux élections locales.La désignation en 2006 de Mme Royal et M. Sarkozy me semble avoir été une double exception à cette règle ... que je crois tout de même rester une règle !

edgar 23/01/2009 14:35

"plus dur à manipuler" : j'aurais dû préciser par des moyens d'influence médiatiques (instituts de sondages, presse etc...)Tu as parfaitement raison.Je ne suis pas naïf au point de croire que le vote des militants s'exprime en toute liberté (j'aime bien rappeler les souvenirs de votes PS avec des bulletins sans enveloppe pas pliés dans une urne non transparente...)Mais je suis aussi favorable à un vote des militants à bulletin secret avec une vraie procédure électorale.

FrédéricLN 23/01/2009 13:29

Sujet et billet intéressants, et merci pour le lien vers le billet de versac qui m'avait échappé. "Le vote des militants, alternative aux primaires, est plus dur à manipuler" : là, ça se discute ! Manipuler un vote de militants est assez aisé, en tout cas quand les préférences sont de l'ordre de 60-40%. Car ils sont peu nombreux, fictifs pour une bonne partie, dépendants de stratégies de pouvoir locales pour une très forte proportion (dans les partis qui sont au pouvoir local, bien entendu).

olyvier 21/01/2009 12:43

La candidature d'un homme face à la Nation et au Peuple français, sans primaire réunissant le prof de math et le pharmacien (tout ce monde du Oui qui sait de quoi il cause, avant-garde de la classe bourgeoise, si l'on peut dire), ça me semblait très bien.Moi j'ai cessé d'avoir une idée sur ce que devrait être le parti socialiste ; ce qu'il est me suffit à en penser quelque chose, et aller voir ailleurs.