La lettre volée

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Les Etats-Unis, un pays sans pitié

J'aime toujours autant les chroniques de Paul Craig Roberts. Cet ancien de l'administration Reagan, où il a été assistant au sein du Secrétariat d'Etat au Trésor, décoré de la Légion d'honneur par Edouard Balladur en 1987, signe un article intitulé "les Etats-Unis, un pays sans pitié".

Quelques lignes "Aux USA, pays qui détient le record du monde de la population carcérale, le nombre d'innocents en prison est très grand. Presque au'aucune affaire criminelle ne se termine par un procès. La plupart des accusés, innocents ou coupables, sont contraints à négocier leur peine

[note d'Edgar : le plea bargaining est une procédure qui permet de négocier une peine pour ceux qui reconnaissent les faits. Pas de procès, et en échange le procureur promet une peine plus légère. Le plaider-coupable a introduit en 2004 cette parodie de justice en droit français.]

Les innocents comme les coupables sont piégés par cette procédure. Il est plus rapide et moins coûteux de piéger les coupables que de les juger sur pièces. [...]

Le lieutenant William Strong, fils d'une famille millitaire, se fatigua de l'infidélité de sa femme et demanda un divorce. Sa femme répondit en l'accusant de viol. Il n'y avait aucun indice de viol mais Strong fût malicieusement amené à un plaider coupable. Ensuite il fut trompé et condamné à 60 années de prison."

[Note d'Edgar : ici, PC Roberts n'explique pas comment il fût trompé, mais on peut imaginer qu'accepter d'entrer en procédure de plaider-coupable a pu représenter une présomption de culpabilité suffisante pour que le procureur décide de lui infliger une peine bien supérieure à ce qui avait été évoqué. Ne pas oublier que les procureurs étant le plus souvent élus aux Etats-Unis, l'incitation à obtenir des résultats spectaculaires au détriment de la légitimité des moyens est très forte...]

Après d'autres exemples de la même veine, Roberts fait allusion à un documentaire de la chaîne publique britannique Channel 4, sur les tortures dans les prisons américaines (pas juste contre les ignobles terroristes qui ont des noms à coucher dehors, même contre de bons américains...) On peut voir en ligne le documentaire intitulé Torture Inc., avec des commentaires édifiants.

Conclusion de l'article de Roberts : "Quel genre de personnes sommes-nous devenus quand nous renonçons à contrôler la justice (sic) criminelle et la laissons détruire des vies innocentes, enfermées dans des prisons gardées par des sadiques ?"

C'est édifiant, non pas parce qu'en comparaison la situation française paraît moins délicate, mais parce que cela incite à se demander ce que nous tendons nous aussi à oublier de voir, au détriment de la justice et de la démocratie...







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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 29/12/2008 22:23

Salut olyvier,

Merci de tes commentaires. Il y a un petit cote puritain aux usa qui heureusement ne passe pas encore en france, malgre les efforts de notre president. Excuse l'absence d'accents, mais j'ecris de ma montagne sur un telephone a clavier... De retour sur le blog debut janvier

Olyvier 29/12/2008 18:03

Dans l'affaire Strong, ce qui est inhumain, ce n'est ni l'erreur judiciaire (humaine), ni le mensonge de cette femme (humain), tous les deux effarants, ce n'est même pas le piège judiciaire et procédural du plaider coupable (lui plus pervers, mais pas forcément voulu par ses acteurs), mais c'est le fait de condamner un violeur (présumé) à soixante ans de placard, et de le faire à froid, sans l'ombre d'une mauvaise conscience puisqu'on avait affaire à un violeur...Alors bien sûr, ce discours ne passe évidemment pas, il est scandaleux...

Olyvier 29/12/2008 17:46

C'est très juste ce que tu écris là. Et je crois qu'on doit toujours se méfier de nous-mêmes, de la mauvaise pente qui nous menace toujours, avec cette envie si humaine que justice soit faite, et où peu importerait la manière.(Une procédure longue, patiente, n'a pas que des mauvais côtés pour établir des faits, ou les invalider, pour démêler ce qui peut l'être, bref y voir clair - l'efficacité est de ce point de vue dangereuse, le plaider coupable bien sûr, etc).Maintenant, moi je suis souvent gêné par une partie du discours sur l'innocence, car il gomme, sans le vouloir, l'inhumanité de certaines condamnations... de coupables, qui tout en étant coupables, n'en sont pas moins des hommes. Tu as, de ce point de vue, des gens très bien intentionnés qui sont extremement blessants dans leur discours sur la prison ou la justice (dire par exemple qu'il faudrait séparer prévenus et condamnés, criminels et délinquants, etc, comme si un criminel ne pouvait pas être un bon codétenu, comme si l'innocence présumée se transformait après le procès en une culpabilité si écrasante qu'elle ôterait toute humanité - c'est très délicat ces choses-là, et les bonnes intentions sont parfois affutées comme des couteaux).Une justice infaillible est probablement hors de portée, même si on l'assortit de mille précautions (par exemple, se méfier de l'aveu, ou du témoignage). Une justice moins sévère, ça me semble en revanche tout à fait possible, et dans la durée des peines, et dans l'exécution de celles-ci.