La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Todd et le protectionnisme, suite...

Malakine a répondu  à mon billet sur Todd et le protectionnisme en un billet intitulé Ne jetons pas l'Europe avec l'eau du bain...

J'en fais un commentaire détaillé ci-dessous, parce que je crois que les débats qui parviennent à conserver un peu de fond sont les plus intéressants. Et Malakine a du fond. Les extraits de son papier, que je cite intégralement, sont en italique.

*

La campagne référendaire de 2005 a créé un schisme dans la famille républicaine (ou souverainiste) qui s'était réunie dans le non à Maastricht. Alors que ses valeurs restent grosso-modo les mêmes, deux courants s'opposent sur la stratégie à adopter.

Hum. Il ne faut pas confondre Toddisme et République. La république c'est le suffrage universel dans un cadre laïque. L'Union européenne c'est la négociation interétatique déguisée en démocratie, dans un cadre communautariste. Que les partisans de l'Union européenne, même alter, continuent de s'estimer républicains est plus une question pour eux que pour moi...


Les uns maintiennent le cap de l'opposition à l'Europe, supposée être un vecteur indépassable de l'idéologie néolibérale et devant pour ce motif être détruite en tant que construction supranationale. Nous les appelons les nonistes (1) terme parfaitement à l'absence de débouchés concrets à leur thèses. Les autres prennent acte de l'existence de la construction européenne et entendent en changer l'orientation. Nous les appelerons les alter-européens, catégorie dans laquelle je me range, ayant voté non à Maastricht et oui au TCE

L'Union européenne est un traité de libre-échange depuis 1957, et c'est pour cela que Pierre Mendès-France a voté contre le Traité de Rome. Pour ce qui est de l'entrée des alter dans le "cercle de la raison" qui prend acte du réel, ça me fait bien rire. Mais j'y reviendrai.

Cette ligne de fracture se retrouve assez logiquement dans la blogosphère. Ainsi Edgar de la lettre volée, un noniste monomaniaque et enragé, vient de m'interpeller assez violemment après un échange de commentaires ici, qualifiant Emmanuel Todd de "personnage léger" et le protectionnisme européen "d'idée creuse".

Edgar a annoncé qu'il démontrerait bientôt en quoi le protectionnisme est une idée creuse. J'attends son billet avec impatience et gourmandise et me ferait un plaisir de le tailler en petits morceaux... Je répondrais ce soir à ses objections sur l'Europe et sur l'Euro.

Le protectionnisme dans l'Union européenne est un voeu pieux. Je rappelle que c'est un britannique qui nous représente dans les négociations commerciales internationales, sans doute pas par hasard. Pour ce qui est du protectionnisme en général, je n'y crois guère que pour ce qui est d'un protectionnisme monétaire, et ce sera l'objet d'un billet en fin de semaine.

Pour le "monomaniaque et enragé", oui je le confesse. J'enrage chaque jour de voir que les plus brillants de nos esprits cherchent comment s'accomoder d'un état de fait où l'on impose à la majorité de la population française un régime adémocratique dont elle ne veut pas. Et oui, ça semble plus important que de savoir si Martine ou Ségo vont l'emporter.

En préambule, on doit rappeler une évidence qui unit alter européens et nonistes : L'Europe est une construction libérale destinée à vider les Etats de leurs prérogatives et à les soumettre à tous les dogmes de la pensée néolibérale

 

Bien. Cf. ma lecture des Mémoires de Jean Monnet.


Néanmoins l'Europe est une aussi construction politique, une tentative d'organiser l'apendice du continent eurasiatique autour de certaines valeurs. Rien n'indique donc qu'elle soit par essence néolibérale. Lors de ses avancées des années 80 et 90, les idées néolibérales étaient dominantes. On les retrouve donc assez logiquement dans les textes organisant les compétences transférées. Mais le contenant ne peut pas être réduit au contenu. Exercer une compétence ensemble est une chose, l'exercer dans une perspective idéologique donnée en est une autre.

Ca prendra du temps et nécessitera des traités correctifs et certainement un acte de nature réellement constitutionnelle ayant valeur supérieure aux traités existants, mais techniquement, comme politiquement, la réorientation du projet européen n'a rien d'impossible.


C'est exact. Encore faudrait-il que les traités ne gravent pas dans le marbre des politiques libérales. Dans le cas des traités européens, le contenant et le contenu sont indissociables et c'est déjà en soi un crime politique. . A la différence d'une constitution, idéologiquement neutre (si l'on accepte le cadre d'une démocratie parlementaire, ce qui est déjà un certain engagement), les traités européens englobent une définition des compétences et les politiques qui doivent être appliquées dans le cadre des compétences attribuées. Une hérésie constitutionnelle.


Je trouve d'ailleurs que Todd fait preuve d'une pensée vieillie, héritée d'un marxisme qui fleure bon les années 70, et n'évoque jamais que l'économie et jamais le droit, dont il ne paraît guère se soucier. La redécouverte de l'Etat de droit dans les années 80/90 aurait pourtant pu le conduire à atacher quelque importance à la notion, certes toute formelle pour un marxiste, de démocratie. S'il me fallait choisir entre démocratie et croissance, je prendrais la démocratie. Je pense que Todd choisirait la croissance. Je crois que dans le contexte d'une France sortie de l'Union européenne, nous aurions démocratie et croissance. Dans l'Union européenne nous n'avons ni l'une ni l'autre.


Réorienter l'Europe plutôt que la combattre

La première objection des nonistes est de souligner le caractère utopique de cette conversion et la difficulté à convaincre les autres. "Autant demander à Benoit XVI de se convertir au bouddhisme" nous dit Edgar avec humour.


Rage ET humour. Ouf... Rage against the machine. C'est ce qui reste d'humain en moi...


L'argument est absolument sans contenu. Il suppose que nos voisins seraient par essence libéraux comme le pape est par essence Chrétienne. A part la Grande Bretagne (et encore), aucun peuple Européen n'a inscrit dans son patrimoine génétique l'attachement à la globalisation économique ni la doxa néolibérale dans sa constitution.

Heu. Raté : c'est le peuple européen (bien malgré lui) qui a inscrit dans son traité constitutionnel (un certain nombre de fois même) son attachement à la concurrence et refuse dans le même temps la reconnaissance des services publics. Todd raisonne encore comme si l'Europe des 6 était là. Il date et les goûts de chacun des états européens, qu'ils soient de famille souche ou nucléaire, n'ont plus aucune importance. Le débat a été tranché en mai 2005. Y'a qu'à convaincre les allemands, c'est un raisonnement qui date de l'Europe de la CECA...


Emmanuel Todd nous dit qu'il faut convaincre l'allemagne qu'un système protectionniste coopératif serait dans son intérêt. On est dans un raisonnement économique et dans la politique, pas dans le domaine des croyances. Tant que les Etats européens seront des démocraties, on peut espérer que cette rupture conceptuelle ait lieu dans tout ou partie des pays européens. Mais pour cela, encore faudrait-il que le débat ait lieu. Or, aucun parti français, ni aucun candidat majeur n'ont à ce jour jamais défendu le thème du protectionnisme européen ou la nécessité de réorienter l'Europe à partir de propositions concrètes !

Le toddisme comme religion. Il nous faut donc tout à la fois prendre acte du fait que le camp toddiste (les pro-européens protectionnistes) est encore moins peuplé que le camp noniste, et donc se mettre à espérer. La catégorie de l'espoir en politique est pour moi profondément religieuse. Par rapport à l'efficacité immédiate d'une sortie de l'Union européenne, je ne vois pas bien l'utilité d'attendre le jour et la nuit le retour d'une politique économique qui ne soit pas dévastatrice (je note que Malakine caractérise la politique économique de l'Europe de dévastatrice mais pour remédier à cela recourt à l'espoir. Un peu comme si, face à un ouragan, il fallait s'en remettre à la prière). Et il ne suffira pas de dire que Todd en appelle à la politique : dans l'Europe non démocratique, la politique a changé de règles. La politique à l'européenne c'est TF1, pas la démocratie ni les citoyens.


La bataille reste à mener. Et refuser de défendre une idée au motif que les autres seront difficiles à convaincre, c'est le point de départ de la pensée zéro au pouvoir depuis vingt ans. "Il y a le réel et rien d'autre. Inutile de le penser. C'est comme c'est et puis c'est tout ... "

Venant de quelqu'un qui vient d'écrire qu'il faut "prendre acte de l'existence de la construction européenne", c'est assez étonnant de reprocher à un défenseur de l'idée qu'il faut sortir de l'Union européenne de coller platement au réel. Et la bataille reste à mener mais sur quel champ ? L'Union européenne est imperméable aux élections.


Alors les nonistes nous diront que « Yaka sortir de l'europe » ... Certes, mais au delà des arguments de fond qui s'opposeraiten à un retour dans la petitesse de l'Etat Nation, je me me ferais un plaisir de leur demander comment ils compte convaincre démocratiquement la moitié de nos compatriotes de quitter l'Union Européenne et de restaurer des frontières gardées aux quatres coins du pays et en quoi cette entreprise serait plus simple que de convaincre les allemands de relancer l'économie européenne à l'abri de protections commerciales ?

Il serait tout de même utile d'étudier les arguments de fond avant de savoir si c'est jouable ou pas. Cf. l'argument précédent, avant de courir à la plate réalité (on est coincés dans le truc européen, cherchons comment nous en accomoder), revenons au fond. L'Europe nous apporte quoi concrètement ? De la grandeur par rapport à la petitesse des nations ? C'est une europe napoléonienne que tu nous vends là...

La petitesse del'état nation sied très bien au Canada, puisque c'était un des arguments de fond de mon billet initial. Avec 33 millions d'habitants ce pays défend sa monnaie avec les mêmes résultats que l'euro.

Quand au coup du retour aux frontières gardées, c'est du cynisme pur et simple, ou de l'aveuglement. Que je sache, les frontières de l'Union européenne sont parfaitement gardées, par Frontex, dans des conditions humanitaires propres certes à assurer le confort moral du citoyen européen tout heureux d'avoir aboli les frontières avec son voisin d'en face, sans se soucier de savoir qu'elles ont juste été déplacées.


Et là, les plus révolutionnaires d'entre eux nous diront certainement qu'il n'y a plus rien à attendre de la démocratie, mais là, je les laisserais parler...

Moi j'attends toujours de la démocratie, malgré le sort réservé au vote du 29 mai. Et je ne pense pas être seul.


Depuis quand une idée serait fausse parce que minoritaire ?

D'un tournant dogmatique. C'est se tromper profondément sur la nature de la démocratie que de croire qu'elle est un système pour découvrir le vrai. Malakine se range dans le camp, décrit par Popper, de ceux qui croient que la  vérité confère des droits. Voilà comment on construit une société fermée, même peuplée de 470 millions d'habitants. Pour ma part, je suis un libéral au sens politique, je l'ai écrit plusiseurs fois : mes idées ne sont pas vraies ou fausses, elles sont à prendre pour ceux qui le veulent et pour adoption si une majorité le souhaite. Rien d'autre.


Une Europe politique pour réguler le monde

La deuxième critique des nonistes est une forme d'ironie sur la vélléïté de construire une Europe puissance susceptible de faire contre poids à l'empire américain. Edgar nous dit que « maintenant que Bush est parti, l'argument tombe »

Du tout. Todd assurait que la raison de sa conversion à la nécessité de l'Europe était Bush. C'est l'argument de Todd qui tombe. Pour ce qui est de l'impossibilité d'une europe non américaine, il faut lire le Grand échiquier, puis prendre en compte qu'il y a des européens parfaitement conséquents qui assument leur atlantisme. Grâce à eux notamment, l'Europe restera servile.


Comme en matière économique, le nonisme a donc pour effet d'assurer la perpétuation de l'empire américain et de ses valeurs...


Ah ? Je ne sais pas si Malakine a lu les axes de la politique étrangère de l'Union eruopéenne. C'est à vomir et il peut feindre de ne pas le voir, mais ça reste inacceptable.


Or un souverainiste, un vrai, n'a aucune envie de vivre sous le joug économique, politique, culturel et militaire d'un empire quel qu'il soit, que celui-ci soit dirigé par un fou de Dieu, par un jeune noir sympathique ou pourquoi pas demain par le parti communiste chinois.

L'éveil d'une Europe politique, est le seul moyen pour se libérer du modèle dominant issu d'outre atlantique et demain, pour définir un nouveau modèle économique et social plus conforme à nos valeurs. L'Europe nous a conduit à abandonner notre souveraineté mais elle en réalité est le seul moyen de la recouvrer effectivement.

Quelle blague. Et donc à quelle date l'Union européenne cessera-t-elle d'être une annexe des Etats-Unis ? A quel moment notre dignité de citoyens nous sera-t-elle rendue ? Quand pourrons-nous nous regarder en face et nous dire que nous sommes gouvernés non par une combinaison de traités incompréhensibles et de technocratie, mais par la loi du suffrage universel et par notre consentement ?


Comme le répète inlassablement Emmanuel Todd, l'Europe est le centre de gravité économique, industriel et technologique de la planète. En termes de valeurs et de modèle de civilisation, l'Europe est peut-être encore mieux placé pour le leadership mondial. C'est la seule aire de civilisation à présenter un modèle viable fondé sur des idées saines.

Je passe sur les idées saines mais jen ne suis pas convaincu par le concept. Quelles idées saines ? Quels sont les concepts proprement européens qui ne seraient pas universalisables ? L'Europe est forte parce qu'elle a donné au monde l'idée universelle. Vouloir rabattre cette idée sur une zone géographique donnée est une absurdité. Cela conduit d'ailleurs très directement à s'asseoir sur la démocratie, qui est , dans le domaine politique, la marque même de l'idée d'universalité : tous électeurs, quelles que soient nos origines. Les valeurs proprement européennes sont toutes celles dont l'appropriation par une zone géographique unique n' a aucun sens.


Or l'éveil d'une 'Europe politique passera nécessairement par une réforme des institutions et notamment un président du conseil stable. La présidence française l'a illustré avec force : L'Europe de Bruxelles sera toujours un nain politique condamné à répété ses dogmes comme des mantras. Seule une direction réellement politique de l'Europe pourra la remettre en mouvement. C'est pourquoi le TCE ou son nouvel avatar le traité de Lisbonne est une nécessité, même si c'est encore un petit pas dans la bonne direction.

Il nous faut un Poutine ? Une constitution de 1958 format 500 millions d'habitants ?


Le fétichisme monétaire et la diabolisation de l'Euro

Les nonistes ont enfin l'insupportable défaut d'être resté bloqué intellectuellement à l'époque de leur émergence politique, au début des années 90, à l'époque du franc fort qui a fait tant de dégâts économiques et sociaux. Les tenants de "l'autre politique" combattaient alors, et la politique monétaire de Trichet-Bérégovoy et le traité de Maastricht. Depuis les nonistes continuent de diaboliser l'Euro, par définition fort, comme à la grande époque de leur âge d'or politique sans se rendre compte que le contexte n'est plus le même avec la globalisation et la financiarisation de l'économie.

Sans être un spécialiste des questions monétaires, j'ai cru comprendre qu'il y avait deux manières de porter une appréciation sur le cours d'une monnaie.

- Sa valeur relative qui a un impact sur la balance commerciale via le rapport entre les prix des productions locales et celles des productions importées. Plus une monnaie est faible, plus les exportations sont compétitives et plus les importations sont freinées.

- Son taux d'intérêt qui sert principalement à faire varier son cours sur les marchés, qui lui a un impact sur la création de monnaie, un taux d'intérêt faible étant sensé générer de la croissance.(2)

L'idée à laquelle s'accrochent les nonistes depuis 15 ans est qu'une monnaie faible est un gage de prospérité économique. Si ça va mal, c'est la faute à l'Euro ... Ainsi Edgar, que l'on ne connaissait pas aussi américanophile nous récite un bréviaire néoconservateur en citant la politique de la réserve fédérale en exemple et en accusant la politique monétaire américaine d'être responsable de la crise. Rien que ça ...

« et si l'euro et l'Europe étaient non pas victimes mais causes partielles de la crise mondiale ? Et si l'argument américain selon lequel il manquait des relais de la croissance mondiale dans les années 2000 avait une certaine consistance ? Car enfin, qui a comprimé la croissance de la zone euro jusqu'à en faire une zone de la planète parmi les moins performantes économiquement ? »

L'Union européenne implique des politiques économiques stupides, tu le dis toi même, cher Malakine, puisque tu parles de dévastation ; Romano Prodi l'a dit en qualifiant les critères de Maastricht d'ineptie, et l'on voit bien en ce moment que, par gros temps, tous ces critères idiots passent à la trappe.Mais les grands prêtres s'expriment pour prévenir de tout danger. Jean-Claude Trichet vient de rappeler qu'il ne fallait pas oublier le dogme budgétaire, et ce n'est pas être arriéré intellectuellement que de relever des citations de l'ami Jean-Claude qui datent de deux jours. Donc nous combattrons la crise avec la seule arme monétaire, gérée par l'ami Trichet.


C'est en réalité un magnifique contre exemple qu'il nous livre, tant il est évident aujourd'hui que les taux d'intérêts très bas en vigueur aux Etats-Unis dans la décennie 2000 n'ont suscité que dettes, spéculation et bulles boursières ou immobilières. Si au terme de cette période faste, les Etats-Unis s'étaient renforcés sur le plan industriel et en termes d'échanges extérieurs, cela se saurait ...

Pas évident du tout. Ce qui a provoqué la bulle c'est la conjonction de taux d'intérêt bas, d'une répartition de plus en plus inégalitaire des gains de productivité et ... d'un libre échange jouant les entreprises américaines produisant en Chine contre leurs salariés américains. Si l'économie pouvait se réduire à des slogans ça se saurait.


L'argument de la compétitivité extérieure est quand à lui juste mais très limité, tant il est possible de compenser une monnaie forte, soit par des mesures de protections commerciales pour compenser le dumping monétaire des pays à monnaie trop faible, soit des mesures fiscales type TVA sociale, comme l'a pratiqué l'Allemagne dans la même période.

Ca c'est assez drôle. Ce que tu dis est vrai, mais le protectionnisme européen n'est pas pour demain alors que les plans sociaux sont aujourd'hui ; et modifier la TVA sur la restauration dans un contexte européen est un gag qui nous occupe depuis bientôt une dizaine d'année. Mais on s'en fout, on est contents d'etre européens...


Comme le disait Roland Hureaux dans une tribune publiée dans le figaro en juillet dernier : "on peut avoir la monnaie forte et le protectionnisme, une monnaie sous-évaluée et des frontières ouvertes mais la combinaison des deux intégrismes, une monnaie surévaluée et le libre-échange, est dévastatrice pour l'industrie : et c'est bien ce à quoi on assiste aujourd'hui".

Et donc il faut attendre que l'Europe devienne protectionniste. Quelle blague. Ceux qui peuvent attendre ce sont les profs, qui ont voté à plus de 60% pour le TCE, car leurs salaires tombent à la fin du mois quoi qu'il arrive. En attendant, ce sont les ouvriers et les classes précarisées qui en prennent plein la figure. Et après on leur reprochera d'être un peu énervés et de se sentir trahis par le PS.


La question de la valeur de la monnaie ne serait donc être isolée comme l'alpha et l'oméga de la politique économique. La question ne se pose plus dans les mêmes termes aujourd'hui que dans les années 90. Le libre échange et la financiarisation de l'économie sont passés par là pour rendre totalement obsolète le logiciel noniste inspiré par "l'autre politique" des années 90.

Le libre échange est là depuis un moment, et je ne vois pas en quoi la financiarisation rendrait obsolètes les préceptes keynésiens les plus basiques.


L'enjeu aujourd'hui se situe bien d'avantage dans la régulation du commerce mondial pour recouvrer notre souveraineté économique, pouvoir relancer les salaires et l'industrie via un protectionnisme européen de relance ; ou dans des réformes destinées à réduire l'ampleur et le poids de la sphère financière au profit de l'économie réelle.

Pour recouvrer la souveraineté économique française, c'est immédiat, on sort de l'Union et on y est, on peut faire comme le Canada ou la Corée du Sud, gérer notre économie comme des grands. Je ne vois pas les propositions européennes qui soient à la fois intéressantes et qui justifient que l'on fasse de l'Union européenne un état.


Dans les deux cas, le projet prendra une forme européenne ... ou en restera aux incantations protestataires des nonistes.

Malakine

Tout le débat est là : qu'est-ce qui est le plus incantatoire ? Vouloir rester dans l'Union européenne en attendant qu'elle se convertisse aux idées d'Emmanuel Todd ou en sortir pour recouvrer un cadre républicain ? Je laisse aux lecteurs le soin de trancher.



(1) On pourrait également les qualifier de nationaux républicains comme le fait Todd dans "Après la démocratie" dans une description assez sévère où il considère que le national-républicanisme des années 90 est devenu un contrepoids à la pensée unique mais est en réalité aussi vide qu'elle.

Les raisons de la conversion européenne de Todd ne me semblent pas très pleines non  plus.


(2) A l'époque de la politique dit du franc fort, les taux d'intérêt de la banque de France approchaient les 10%. On en est loin aujourd'hui ...

Ce qui compte c'est la notion de taux d'intéret réels, l'écart entre les taux nominaux et l'inflation. Certes, ils sont plus bas aujourd'hui qu'à certaines heures du franc fort. Est-ce à la hauteur de la crise actuelle ? Est-ce le moment d'appeler à la rigueur budgétaire comme le fait Trichet ? Là sont les questions.

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gus 18/12/2008 07:10

Blanc: Si vous disiez que Jospin, au pouvoir, laissait l'Union définir la politique écologique de l'Europe, vous retireriez peut-être une belle épine du pied du PS auquel on a trop souvent reproché son absence sur les questions écologiques.Mais cela impliquerait alors que le PS asssume pour lui le bilan, notamment écologique, de la Commission Prodi, et qu'alors on le compare au bilan de l'UMP au pouvoir depuis 2002.

edgar 17/12/2008 22:34

Cher Blanc,Si vous croyez que la nation européenne, comme vous dites, ne se comportera pas exactement comme n'importe quelle nation, vous vous mettez le doigt dans l'oeil.Nous devons à l'Union européenne un beau bordel au Kosovo, et d'avoir quelques soldats en Afghanistan et ailleurs. Nous y serions peut-être tout seuls, mais avec l'UE nous y sommes plus nombreux et pour plus longtemps.

Blanc 17/12/2008 22:26

Sans l'Europe la législation écologique de la France serait égale à zéro.Sans l'Europe il n'y aurait pas de femmes dans de nombreux métiers. Par exemple en voyage dans l'Espagne franquiste j'avais été sidéré par l'existence de femmes policières, inimaginables dans la France de 1970!Je hais les nations, toutes, y compris la nation française, construite il y a peu sur les cadavres des autres peuples de l'espace géographique "hexagonal". Mes ancêtres occitans auraient été plus que surpris d'être catalogués comme français!Cent millions de morts en Europe entre le premier août 1914 et le 8 mai 1945 ça suffit ! Les nations portent en elles la guerre comme les nuées l'orage.Les problèmes de demain (demain matin tôt même) ne seront pas réglés par une nation européenne seule: la pollution massive, le pic pétrolier, la surpopulation, la catastrophe climatique requièrent des solutions globales. Comme les USA le montrent en Irak, la tendance naturelle des nations est d'agresser les plus faibles pour récupérer ressources et territoires. Ils ont parfaitement identifiés les problèmes de demain et appliquent les solutions nationalistes classiques : vol, rapine, aventurisme militaire, colonialisme.On sait où ça mène, je préfère essayer une autre voie.

Gus 17/12/2008 18:37

Edgar: Voter pour un parti radicalement et authentiquement anti-européen aux prochaines européennes me semblerait plus productif que s'abstenir : les députés n'ont de toute façon aucun pouvoir, mais les élus complices font tout pour faire croire le contraire : s'ils n'ont pas pour les contredire des contradicteurs ayant la même autorité qu'eux, le boniment continuera.

Gus 17/12/2008 18:33

Malakine : "je ne vois toujours pas en quoi la sortie de l'UE serait une perspective plus réaliste qu'une réorientation du projet politique et économique."Je ne vois pas quoi de moins qu'une menace crédible de destruction de l'Union Européenne permettrait l'éventuelle réorientation du projet politique de l'Union. Je ne crois pas qu'il faille chercher à exercer une pression inférieure à celle d'un ultimatum pour espérer obtenir ce résultat.

justin 17/12/2008 14:04

 
 
Je rajoute même que la sortie d’un seul, augmenterait la probabilité de sortie d’un second. Avec une suite exponentielle…
 
Les seuls questions sont qui le premier ? Et quand ?
 

edgar 16/12/2008 16:16

Malakine : bonne réponse de Laurent K. Plus facile de sortir de cet asile d'aliénés que d'attendre que tout le monde soit calmé.

Bruno 16/12/2008 15:42

Débat très intéressant, sur un sujet fondamental. J’aurais bien du mal à trancher entre les deux arguments. Je vais donc poster la même réponse sur Horizons et sur La lettre volée.
 
C’est la première fois que le lis l’expression « alter-européens ». Je m’y reconnais entièrement. Etant citoyen d’un pays de la taille d’un confetti, la Belgique, qui est de surcroît occupé à se déchirer en sous-confettis, je n’envisage pas du tout la fin de l’Union Européenne. Mais je suis par contre très critique de son orientation libérale de plus en plus antidémocratique. La proposition d’Emmanuel Todd ne me semble pas aussi farfelue et virtuelle que ce qu’en dit Edgar. Je pense de toute manière que la crise systémique ne laissera pas le choix à l’Europe : il faudra qu’on le veuille ou non adopter des mesures protectionnistes. Ce serait donc nettement mieux, et plus efficace, si elles pouvaient être concertées au niveau européen.
 
Je ne croyais pas du tout à une Europe politique à 27, mais Sarkozy - que j'exècre par ailleurs - m’a étonné par son excellente gestion de la crise géorgienne. Si la présidence française a permis de fumer le calumet de la paix avec la Russie, c’est sans doute que l’idée d’une politique étrangère commune de l’UE est moins utopique que je le pensais. C’est en tout cas, à ma connaissance, la première fois que l’Europe prend une décision fondamentale en matière de politique internationnale sans demander l’accord, ni même l’opinion de son maîmaître d’outre-Atlantique. Pour un président tellement naïvement atlantiste dans ses discours, c’est une excellente surprise. Par contre, la présidence tchèque s’annonce catastrophique à tous les niveaux….
 
Ne pas jeter l’Europe avec l’eau du bain, donc. Même si cette eau est tellement sale et croupie qu’on ne parvient plus à y distiguer quoi que ce soit.
 
Ceci dit, si on m’avait demandé mon avis sur le traité de Lisbonne, j’aurais voté NON. Serais-je donc alors, comme le dit Ryan en commentaire, un « alter-noniste » ? En clair : non à un traité néolibéral rédigé par la mante religieuse Giscard et rendu par la suite illisible pour éviter que les électeurs comprennent ce sur quoi on leur demande de se prononcer, mais oui (ou « oui peut-être ») à des institution européennes démocratiques et transparentes. A condition qu’on laisse une certaine latitude et une certaine souveraineté aux Etats (plus facile à dire qu’à faire, je sais). Parce que, comme le dit beaucoup mieux que mois Philippe Grasset sur DeDefensa, l’action de Sarkozy comme président de l’UE a été tellement efficace parce qu’il agissait aussi en tant que président de la France, dans l’intérêt de la France qui se trouvait être le même que celui du reste de l’Europe.
 
Par contre, je ne suis pas d’accord avec Malakine pour dire que l’Europe « est la seule aire de civilisation à présenter un modèle viable fondé sur des idées saines ». Cette phrase sonne un peu trop comme les propos des défenseurs des « valeurs occidentales », qui sont d’ailleurs en général européistes et atlantistes et qui ont une fâcheuse tendance à utiliser ces « idées saines » comme argument de leurs initiatives néocoloniales sanglantes qui sont tout sauf saines.
 
Je me demande si la solution ne nous viendra pas d’un autre continent. Je suis très curieux de l’évolution future de l’Unasur. Réussiront-ils à éviter les pièges dans lesquels l’UE est tombée ?
 
Ce qu’on présente souvent comme la faiblesse de l’Unasur, à savoir la grande diversité d’orientations politiques (jusqu’à l’antagonisme, dans certains cas) des pays membres ne serait-elle pas en fait sa force ? Je veux dire par là que cette diversité devrait prémunir l’alliance sud-américaine contre l’adoption aveugle et unanime d’un dogme, qui a complètement dénaturé le projet de l’Union Européenne en instaurant une confusion entre la construction européenne et le libre échange.

olyvier 16/12/2008 14:29

Oups mal lu : c'est la prose de Malakine qui s'adresse à nous, et pas Todd.

olyvier 16/12/2008 14:25

A en lire les extraits que tu nous donnes, le livre de Todd s'adresse à nous, nous sollicite... Que nous ayons été tant trahis et cadenassés à l'Europe ne doit pas nous priver d'une capacité à être interrogés.La grande force du Oui triomphant contre les urnes, ce serait la sidération nous figeant dans l'amertume. Observe le Oui, il ne nous parle jamais, il nous condamne (la morale, la modernité, la nécessité...).