La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

L'immigration des économistes et l'immigration des immigrés

Magnifique téléscopage à deux jours d'intervalle dans le Monde.

Un papier de Philippe Askenazy titré la gauche capitaliste. Il appelle à "assumer des fondamentaux de gauche rénovés"... Certains de ces fondamentaux sont de bon aloi (hausse du salaire minimum), d'autres plus discutables. Peu importe.

L'un des sujets est intéressant pour ce billet : "Durant le premier mandat de Zapatero, l'Espagne a régularisé massivement ses sans-papiers. Elle a ainsi récupéré des milliards d'euros d'impôts et de cotisations sociales, désormais bien utiles pour bâtir un plan de relance à Madrid."

Je suis depuis longtemps dubitatif sur l'immigration vantée comme un moyen facile de remédier à tout ce que l'on a pas su faire tout seuls (aligner les formations sur les besoins, assurer une formation continue, ne pas laisser des personnes dans un chômage durable déqualifiant...)

Et voilà que le Monde du lendemain explique toutes les difficultés de l'Espagne avec ses immigrés. Titre : les chômeurs immigrés incités au retour.

Donc la politique de l'immigration ouverte et décomplexée c'est faire entrer les gens quand ça va et les foutre dehors quand ça ne va plus. J'aimerais qu'on m'explique en quoi ça diffère de la politique de licenciements boursiers ou du fonctionnement capitaliste normal le plus sauvage ? Peut-être serait-il utile que les économistes prennent en compte le coût humain de ces politiques de va-et-vient où les hommes ne sont tolérés que pour leur force de travail et servent de variable d'ajustement face à des politiques économiques de laisser-faire absolu...






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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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olyvier 17/12/2008 12:12

Pas comprendre, c'est déjà mieux que croire qu'on a déjà fait le tour. Rien que pour ça merci. Le visage, Frédéric, le mystère de son irréductibilité à une physique. La violence anéantissante d'un regard scientifisé, et la résistance du regard de l'autre. L'image qui dit encore quelque chose d'autre, de cette violence et de cette résistance. C'est très exactement ce qui nous sépare et que toi tu appelles rapport à la vérité.Ca a aussi tout à fait à voir avec l'immigration, d'ailleurs.

Fred 17/12/2008 11:58

Je ne sais pas. Je ne comprends pas la question. Mais de toute façon je ne souhaite pas encombrer davantage de mes commentaires cette page de blog qui est publique et qui pourrait gaver les lecteurs.

olyvier 17/12/2008 08:57

Je répondrai à tes deux points (l'objectivité scientifique, mon travail avec un objectif) par une question (au risque d'une persistante incompréhension, mais nous ne sommes plus à cela près) : et que penses-tu, alors, de l'anthropométrie, et de la photo anthropométrique, et ce qu'elle essaie, en vain, d'éteindre ?

Frédéric 16/12/2008 14:35

Pour être plus précis : ce qui vaut, c'est la science d'un côté, et la littérature de l'autre, il faut essayer de s'accrocher à l'une ou l'autre (ou l'une et l'autre). Je révoque en doute tout le marécage entre les deux ("sciences" humaines molles, philosophie inspirée, expertises faussement habillées d'objectivité). Quand on n'est pas sûr d'être un bon écrivain ni un bon scientifique (cas de 99,9 % de l'humanité, y compris moi) peut-être une caméra permet-elle de rendre compte plus pertinemment du réel... (enfin je lance l'hypothèse comme ça...)

olyvier 16/12/2008 14:07

Merci de cette réponse, intéressante.Il n'y a pas une science de Droite, mais il y a un usage moral de la science qui, lui, est de Droite - et notamment tout ce qui dans la science permet de réduire la culture, l'invention culturelle.Seules les sciences valent quelque chose, écris-tu. Il ne faudrait pas que les sciences, la volonté de sciences surtout, voire la posture, empêchent de penser. La question des migrants, par exemple, je ne voudrais pas la penser en termes autres qu'inutiles et incertains, pour reprendre tes termes pascaliens.

Fred 16/12/2008 13:54

Mais c'est bien que tu aies pu partager l'anabase impossible de ce Turc. Tu devrais y retourner avec une caméra pour le faire parler et filmer son monde.

fred 16/12/2008 13:42

Chomsky : il y a dans l'humain le plaisir de la domination (qui va aussi avec la peur d'être dominé et détruit) et aussi d'autres instincts comme celui de la coopération. Etre de gauche c'est miser sur le second plutôt que le premier, mais il faut être d'une gauche réaliste (ce qui n'est pas contradictoire avec la radicalité) et prendre en compte le fait que le premier aspect ressurgit tout le temps. Ca c'est pour le "devoir-être".
Pour l'être, pour le constat factuel (première phrase de mon commentaire), il faut s'en rapporter à ce que nous disent les sciences. Il n'y a pas une science de gauche et une science de droite. Il n'y a qu'une science. Voilà pourquoi les sciences humaines en tant qu'elles se veulent coupées des sciences nat ne sont pas scientifiques, et donc "inutiles et incertaines" comme disait Pascal. Seules les sciences naturelles valent quelques chose - par exemple "De la réconciliation chez les primates" de De Waal - mais dans une sphère limitée, sans possibilité préductive pour le comportement de l'humain. Juste partiellement explicative.
Sur l'émigration, vivant moi-même en exil depuis 20 ans, sans espoir d'anabase (le joli mot que Badiou a eu l'heureuse idée d'exhumer), je pourrais être intarrissable sur le sujet. Je sors un roman en janvier en rapport avec ça (ce type ne peut pas s'empêcher de faire de l'auto-pub, dira-t-on, oui, mais c'est par manque de temps - pourquoi chercher à résumer en 3 lignes ce qu'on a mis trois ans à mettre en forme dans un livre ?).

olyvier 16/12/2008 13:07

L'indéfini "des" ne m'avait pas échappé, figure-toi, et il laisse effectivement place à autre chose, même si la réponse est attendue. Voir dans un processus de domination et de pouvoir, un "plaisir d'écraser l'autre" (le choix des mots !) et considérer ce plaisir comme une nature, une nature dominant le champ de la vie sociale, c'est bien avoir sur l'humanité une vision proche de la Droite, et le pessimisme qui la fonde.Je ne le partage pas.Pas un mot sur les gens qui émigrent ?

frederic 16/12/2008 10:59

J'ai écrit "des mécanismes très profonds" pas "les seuls mécanismes profonds de l'humanité"// page de pub/// Sur ma conception de la nature voir ma contribution au Cahier de L'Herne sur Chomsky (publié en 2007). J'ai la même que le grand linguiste.

malaxé (Olyvier) 16/12/2008 10:11

1.De retour de Turquie orientale où je me suis lié à un expulsé d'Allemagne et où j'ai vu toute la difficulté de se reconstruire après une telle épreuve (la réinsertion, après échec et incarcération, dans le pays d'origine, toute illusion perdue sur un avenir quelconque, et le courage, le courage...), je partage tes inquiétudes sur le coût humain de ces migrations, et l'impasse de "l'ailleurs" comme solution.(à l'illusion de l'ailleurs pour l'immigrant, répond le rêve d'un "autre" employable de la société d'accueil.)2.Frédéric écrit sur la "nature" humaine des propos bien noirs. Il me semble que c'est participer à ce qu'on dénonce que réduire l'autre à sa noirceur, l'y enfermer au nom d'une nature supposée toute puissante, le dépeindre au nom de la vérité cherchée avec toute sa petite cohorte intime de frayeurs et de dégoûts. La vie humaine n'est pas "plaisir d'écraser l'autre".Il y a Frédéric d'autres ressorts : cherchez dans votre propre part d'humanité, qui n'a pas forcément à voir avec la nature...