La lettre volée

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Lettre à B. sur l'Europe et le démantèlement du CNRS

Chère B., tu m'as récemment demandé, à propos du démantèlement du CNRS et des réformes de l'enseignement supérieur, "toi qui es passionné d'Europe, saurais tu nous aider, si c'est le cas, à décrypter les origines éventuellement européennes de ces réformes ?" .


Il y a une double équivoque dans cette question. La première est que je ne suis pas passionné d'Europe, loin s'en faut. Il se trouve malheureusement que l'Europe s'est passionnée de nous : nous avons beau estimer majoritairement que nous nous portons fort bien sans elle, elle ne cesse de nous coller et de vouloir nous serrer chaque jour un peu plus. Bref, c'est bien malgré moi que je m'intéresse à cette maladie de la politique actuelle qu'est l'Union.


Deuxième difficulté : je ne suis pas spécialiste des questions de l'enseignement supérieur et de la recherche, il m'est donc difficile d'intervenir sur un sujet déjà complexe en France et que la dimension européenne ne fait que complexifier encore un peu plus - la transparence ne caractérisant guère les affaires européennes.


Ceci étant dit, je vais essayer de ne pas me dérober à ta question. J'ai donc fait une petite recherche sur le CNRS, et trouvé un long papier de 2005 du directeur général du CNRS de l'époque, Bernard Larrouturou. Ce papier est encore mentionné comme étant la base des réformes en cours, sur le site du CNRS (http://www.cnrs.fr/strategie/)


J'en cite donc quelques longs passages, que je commente rapidement. La conclusion est simple : les réformes en cours sont très clairement d'inspiration européenne. Dans les grandes lignes : régionalisation, rapprochement du secteur privé, naïveté européenne (il suffit de créer des structures pour créer une nation européenne), tout est européen dans cette réforme.


Dans le détail, je ne suis pas assez expert pour mettre à jour et retracer les faits, les réseaux et les liens directs entre la réforme et la Commission européenne. Je crois cependant pouvoir affirmer que si la Commission avait mis en place une réforme du CNRS, elle n'aurait sans doute pas fait quelque chose de très différent. Elle n'a pas eu à signer son crime : il y a suffisamment d'hommes de main pour mettre en place les politiques européennes sans laisser de traces sur le tapis.


*


Commençons donc notre analyse de quelques morceaux choisis du verbiage européen de 2005, encore valable aujourd'hui :


"L'Europe est l'espace où se joue l'avenir de la recherche française. C'est clairement à l'échelle de l'Union européenne et du continent entier, et non à celle de l'hexagone, que se joue la place de la recherche française dans la compétition mondiale, où l'Amérique du Nord occupe le devant de la scène et où l'Asie rattrape son retard avec une dynamique extraordinaire. De plus, il y a vraiment là une perspective historique : la construction de l'espace européen de l'enseignement supérieur et de la recherche est l'une des facettes les plus importantes de la construction de l'Europe, sur le plan des échanges de personnes et sur le plan du partage des idées et des cultures. Y participer est une tâche exaltante, c'est à la fois une grande chance et un grand devoir pour les chercheurs de ce début de siècle. Premier organisme de recherche publique en Europe par la taille, le CNRS se doit de jouer un rôle moteur dans la construction de l'espace européen de la recherche.

Nous pourrions compléter la première phrase de l'alinéa précédent en écrivant que l'Europe et les régions sont les espaces où se joue l'avenir de la recherche française. Nous sommes convaincus que, pour une part, l'Europe sera " l'Europe des régions ". Constituer des pôles d'excellence régionaux, visibles à l'échelle européenne et mondiale, et attractifs à la fois pour les étudiants les plus brillants, les scientifiques les plus renommés et les entreprises innovantes les plus dynamiques, doit être un objectif majeur pour l'évolution de l'organisation du dispositif national de recherche."


Le motif de la réforme initiée en 2004/2005 est clairement européen : il s'agit de promouvoir l'Europe des régions, un concept fumeux et totalement idéologique, qui se traduit assez directement à l'heure actuelle par la scission de la Belgique ou l'assassinat d'entrepreneurs au Pays Basque...


Les régions du CNRS vues par Larrouturou et Mégie


Carte à l'appui, voilà la France de demain selon la réforme du CNRS. A mettre en lien avec le discours de Nicolas Sarkozy au récent congrès des Maires de France : les régions doivent se regrouper, et Nantes a sa place en Bretagne. Dans cette "trahison des élites" contemporaine qu'est l'Union européenne vue par les dirigeants français, la France doit disparaître pour laisser place à un groupe d'eurorégions plus facilement solubles et gérables depuis Bruxelles.


Plus généralement, il s'agit bien d'affirmer la mort des nations européennes pour participer à la construction d'une nation européenne, pourtant bien hypothétique : "Enfin, la direction des relations internationales évoluera vers une " direction des relations européennes et internationales " pour distinguer l'importance que le CNRS attache à l'Europe et montrer que " l'Europe ne fait pas partie de l'international ".


Pour mettre en place cette Europe des régions, il faut casser tout ce qui subsiste de national, donc le CNRS dans sa forme actuelle.

L'auteur ne craint d'ailleurs  pas la contradiction ni la confusion sur les finalités de la réforme : le CNRS dans la citation initiale devait être un moteur européen parce qu'il était reconnu, par la suite il ne gagnera la reconnaissance que parce qu'il aura su devenir européen. Ainsi : "le dispositif national de recherche doit s'ouvrir beaucoup plus largement vers l'Europe et intégrer pleinement les exigences de la compétition internationale. Au sein de ce dispositif, le CNRS doit évoluer pour renouveler ses partenariats avec les universités et écoles, avec les organismes de recherche et avec le monde économique et social, pour jouer un rôle moteur dans l'Europe de la recherche, bénéficier de toute la dynamique liée à la résolution des grands défis scientifiques interdisciplinaires d'aujourd'hui et de demain, contribuer à l'émergence de pôles de compétences structurants au niveau européen et attractifs au niveau mondial, et être ainsi reconnu comme un acteur majeur de la compétition internationale."


 Etonnant que des scientifiques se laissent aller à de tels paralogismes. Par ailleurs, on ne voit pas bien pourquoi ni comment le CNRS devrait œuvrer à l'émergence de pôles structurants au niveau européen...

En fait, la chose se précise par la suite, où il est question d'affecter des personnels du CNRS à des laboratoires universitaires non CNRS, en France dans un premier temps, puis dans toute l'Europe : "il sera intéressant d'approfondir la réflexion pour voir comment élargir ces perspectives [de détachements de personnels CNRS dans des labos non-CNRS], décrites ici dans un cadre national, à un certain nombre de laboratoires européens et étrangers".


L'objectif de dilution du CNRS dans un machin européen est précisé par des quotas chiffrés ne reposant sur rien :  "Proposons un objectif de long terme : le CNRS doit viser, à l'horizon 2015, d'être devenu un établissement beaucoup plus européen dont un quart des chercheurs, permanents ou non permanents, ne seront pas de nationalité française".


De fait, la stratégie vise bien à casser le CNRS comme instrument national, pour en faire un conglomérat dissoluble dans l'Europe :

"L'engagement du CNRS dans la construction de l'Europe de la recherche est un élément majeur de sa stratégie.

De nombreuses illustrations de cet engagement sont présentes tout au long de ce texte. Le CNRS doit ouvrir systématiquement à des partenaires européens la participation à ses réflexions prospectives, rendre plus européenne son évaluation, ouvrir plus largement à des personnalités européennes son conseil scientifique et ses conseils scientifiques de département. Il amplifiera aussi son action européenne par l'ouverture de ses recrutements et accueils aux scientifiques européens et étrangers, par la construction de grands pôles régionaux visibles et attractifs à l'échelle européenne et internationale, et par son implication plus forte dans les relations européennes qui se développent à partir des régions françaises, notamment dans les zones transfrontalières. Il poursuivra bien sûr tous les efforts entrepris ces dernières années pour amplifier sa présence dans les programmes de recherche et développement de la commission européenne, et il continuera à être très présent dans les discussions concernant la mise en place d'un Conseil Européen de la Recherche destiné à accroître l'effort européen de soutien à la recherche fondamentale."


In fine, il s'agit de faire du CNRS le département France (ou les départements régionaux) d'un centre européen de la recherche. En réalité, le phénix-CNRS doit mourir sous sa forme nationale pour renaître sous une forme européenne. Il ne s'agit au fond que d'une déclinaison dans le domaine scientifique du destin de la France vu par les tenants de l'Europe : devenir une eurorégion, ou mieux, plus facile à digérer, un ensemble de petites régions, plus digestibles (quitte à encourager les régionalismes, pour accélérer le fractionnement déjà engagé).


De fait, les problématiques qui intéressent Larrouturou et Mégie vont bien au-delà du CNRS, et il s'agit bien d'un futur outil européen qu'il s'agit de construire :


"Comment faire émerger un " lieu " permettant, dans chaque grand domaine scientifique, de mener des réflexions prospectives et d'élaborer des " feuilles de route stratégiques " portées par la communauté scientifique européenne ? Comment développer un programme ambitieux d'écoles thématiques européennes ? Comment amplifier la mobilité entre les institutions scientifiques européennes et aller vers des éléments d'un " statut du chercheur européen " ? Comment amplifier les relations bi- ou multi-latérales avec les organismes de recherche comparables au CNRS dans d'autres pays, y compris en Europe centrale et orientale ? Comment mettre en place une initiative permettant de renforcer, au niveau européen, les outils de traitement et de diffusion de l'information scientifique et technique pour accroître l'impact des publications européennes ? Comment rapprocher les pratiques de l'évaluation de la recherche et développer en commun les outils de benchmarking et les analyses de l'impact des activités de recherche ? Quelle perspective doit se donner le CNRS, à moyen terme, pour l'implantation de ses personnels ou de ses laboratoires sur le territoire européen, hors des frontières de l'hexagone ? Les actions à mener sont donc très nombreuses, et nous solliciterons spécifiquement la réflexion interne à l'établissement sur ces questions au cours des prochains mois, afin que le colloque sur l'Europe qu'organise le CNRS en juillet 2004 soit l'occasion de préciser sa stratégie et ses objectifs européens."


A terme, le CNRS doit même s'implanter à l'étranger. Comme si le CNRS devait servir directement de colonne vertébrale à un futur CERS : le CNRS "continuera à être très présent dans les discussions concernant la mise en place d'un Conseil Européen de la Recherche destiné à accroître l'effort européen de soutien à la recherche fondamentale".


Il ne manque pas même le couplet sur l'ouverture sur les entreprises, orientation parfaitement européenne puisque les services publics sont honnis par l'Union : "Le CNRS doit renforcer les occasions de dialogue avec ses partenaires industriels, car le transfert technologique ne peut réussir sans un échange fort entre les partenaires. Le CNRS doit donc amplifier ses partenariats avec des entreprises leaders sur leur marché, françaises ou européennes, et en construire de nouveaux. Le renforcement du dialogue stratégique avec les grands industriels et des relations de confiance sur lesquels s'appuient ces partenariats doit permettre d'inscrire ces relations dans une perspective de moyen ou long terme, et d'enrichir la réflexion prospective du CNRS. Ces partenariats peuvent prendre différentes formes : accord cadre, programme commun de recherche, laboratoire commun". On quitte la recherche fondamentale pour aller vers le transfert scientifique, je ne suis pas sûr que cela soit parfaitement similaire...


Voilà, chère B, mes quelques réflexions sur le triste avenir européen du CNRS. Il n'est guère réjouissant, guère plus que l'avenir européen qui est promis à la France, fait de benchmarking, de vœux pieux et de triomphe du secteur privé. Je ne sais pas si cela colle avec tes observations et celles de tes collègues, dis-moi. J'espère que tout cela s'arrêtera.


Bien à toi,


Edgar

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Edgar

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Gérard Couvert 11/12/2009 12:50


arretez avec cette connerie de "nos ancêtres les gaulois" ! c'est une fable du II empire (repris par la III république); nos ancêtres biologiques sont en grande part Celtes (gaulois) mais en 100
générations les apports divers ont quelques peu modifié la mise initiale.
En revanche la Gaule (avec la Narbonaise et y compris la Chevelue ?) représente bien quelque chose d'historiquement décelable ; le sanctuaire des 3 Gaules n'est pas une invention romaine et sa
situation géographique ne doit rien au hasard (cf. le traité de Verdun).
A Toulouse ou l'on nous impose le rabâchage des stations de métro dans l'occitan réinventé par les reacts cela fait sourir les vieux qui savent bien que passé le Pont Neuf c'est le gascon qui est
la langue et non plus le languedocien ; et je passe sur le "détail" du franco-provençal ou du limougeot. Ridicule.


gilles 10/12/2009 20:34


En ce qui concerne le CNRS, j'y ai travaillé ( très peu dans le cadre d'un CDD), les chercheurs passent un temps fou à quémander et à rédiger des dossiers de subvention à des kyrielles
d'organismes, c'est aberrant comme système. Il existe un collectif « Indépendance des chercheurs » qui explique très bien les liens entre la programmation de la disparition du CNRS et les
politiques de l'UE. Leur blog est bien fourni en explications à
ce sujet.


Frédéric 11/12/2008 17:53

Nous sommes bien d'accord. D'autant que sur Madagascar le refoulé est particulièrement abominable. C'est pouirquoi Sarko est idiot d'aller dire aux Africaine : "Allez les mecs, on oublie tout, il n'y a eu ni bourreau ni victime, juste des types qui se sont trompés, l'erreur est humaine". Alors que le travail de récupération de la mémoire par les uns et les autres a à peine commencé.

Frédéric 11/12/2008 17:49

Nous sommes bien d'accord. En plus sur Madagascar le refoulé est particulièrement abominable. Sarko est particulièrement idiot d'aller dire aux Africains "allez les mecs, on oublie tout, il n'y a pas eu de bourreaux ni de victimes, il y a juste eu quelques types qui se sont trompés, l'erreur est humaine" alors que le travail de mémoire, de récupération par chacun de son histoire n'est même pas commencé, ou à peine.

edgar 11/12/2008 17:36

Tout à fait d'accord sur le fond. Encore faudrait-il que la simple histoire de france soit déjà enseignée, ce qui, pour ma génération n'a pas été le cas.Un exemple récent est le refus par le quai d'orsay de faire jouer en afrique la pièce 47, sur les massacres de madagascar. La France n'a aucun intérêt à se raconter des histoires sur son histoire justement, et à essayer de passer sous le tapis les heures les moins glorieuses.

Frédéric Delorca 11/12/2008 17:26

D'abord il y a le problème de la vérité scientifique. Quand une structure étatique construit son enseignement contre la vérité, il y a un problème. Quand il faut aller dans des cercles universitaires hyperspécialisés pour apprendre qu'en fait tous les lieux antiques entre les pyrénées et la Garonne ont une toponymie basque, et que Jules César quand il arrive en Gaule, ne parle des Aquitains d'au delà de la Garonne (c'est à dire des actuels Gascons) comme d'un peuple qu'il détache clairement des Gaulois (celtes) il ya un gros problème : ça veut dire que le projet politique (l'unité de la France) occulte la vérité historique. C'est un premier problème.
Ensuite, je veux bien admettre que dans mon école primaire il y avait quelques bretons, quelques corses, et aussi quelques marocains, mais alors tu penses que au nom de ça je n'avais pas le droit de savoir qui était le souverain qui avait construit le chateau à 400 mètres de chez moi, et que je devais, au lieu de ça, apprendre l'histoire de la dynastie franque des Mérovingiens - une dynastie qui a régné alors que ma région à moi était gouvernée par les Wisigoths, simplement parce que cette dynastie a créé l'embryon du Royaume de France qui nous a ensuite envahis (je dis "nous" les populations pyrénéennes) ?
Moi je trouve qu'il n'est jamais bon de cacher la vérité aux gens, même au nom d'un projet politique. On peut dire à des gamins "voici l'histoire de l'entité politique qui vous fait vivre dans le même pays aujourd'hui, mais sachez qu'avant cette entité politique l'endroit où vous êtes en constituait une autre qui n'était ni pire ni meilleure qu ecelle qui a finalement unifié l'hexagone". C'est aussi une question de respect pour le réel, pour sa diversité. Si le projet français s'était constitué dans cet esprit de respect, il ne connaîtrait pas peut-être aujourd'hui un retour de flamme sur le mode du ressentiment anti-patriotique.
Tu parlais de l'ETA que l'Europe des régions favoriserait. Sais tu que ce mouvement est né dans les cercles marxistes et tiers mondistes de l'université de Bilbao dans les années 50 au même moment où naissaient les mouvements de libération du tiers monde ? le renouveau des régionalismes, et la décolonisation vont de pair. Et c'est le même esprit qui les inspire : un sentiment de confiscation d'une partie de l'histoire. A mon avis un Etat centralisateur comme la France peut gérer les deux formes de ressentiment (colonial et régional) en retravaillant sur sa propre identité, et sa propre histoire.

Edgar 10/12/2008 19:54

Aux "gascons" ? A Montpellier il n'y avait pas beaucoup de "languedociens". Il y a plein de bretons en bretagne, de corses en corse et peut-être de gascons en gascogne, à mon avis ils ont tout de même un rapport avec la gaule.de toute façon, la quête assez mythique des origines d'une collectivité est assez vite entachée d'idéologie (cf. suzanne citron pour la France). Je suis d'accord avec toi pour souhaiter qu'on enseigne une histoire de france plus ouverte sur la constitution progressive d'une république française, qui s'est faite par fusions & acquisitions successives. Mais de là à préconiser l'enseignement d'une histoire de la gascogne aux gascons et de la bretagne aux bretons... Quid des bretons de Nîmes ? On leur enseigne l'histoire du languedoc, de la bretagne ou des migrations nationales ?Et les protestants, on leur enseigne les dragonnades ?Bref, il y a une dimension fictive dans l'enseignement d'une histoire qui est censée nous être commune, mais que l'on ne doit pas repousser sans réfléchir...

Fred 10/12/2008 16:34

Oui, mais l'histoire régionale était éludée jusqu'à créer des contre-vérités. Dire aux Gascons que leurs ancêtres étaient gaulois est aussi absurde que le dire à des Maliens. Enseigner aux Normands Jeanne d'Arc était d'un intérêt bien moindre que de leur enseigner la monarchie anglo-française des Plantagenêts qui fut leur réel maître, et un Etat très original qui plus est.
L'Etat français (comme le CNRS) aurait dû entreprendre des réformes sur ce volet bien plus tôt. Mais d'une certaine façon il est aussi possible que la présence du "couvercle européen" sur nos têtes à partir des années Giscard ait effectivement sur les deux sujets (la prise en compte des identités régionales et la  recherche) dissuadé l'Etat d'avoir une politique de réforme (comme il a dissuadé d'une manière générale la mise en oeuvre de politiques dans tous les domaines)C'est pourquoi aujourd'hui les reconstructeurs des souverainetés nationales devront faire preuve d'un surcroit d'imagination pour tout repenser. On ne peut pas se contenter de dire "c'était si bien du temps de De Gaulle"

Edgar 10/12/2008 15:53

Mais il ne s'agit pas de défendre le CNRS contre tout changement. Juste de souligner que les fondements des réformes actuelles sont totalement idéologiques et reposant sur des voeux pieux (la nation c'est mal et trop petit, la région c'est très grand et c'est bien...)POur l'histoire des régions tu as raison, mais moi j'ai découvert aussi l'histoire de France après le lycée, comme pas mal de ma génération nourris aux maths modernes.

Fred 10/12/2008 12:33

La défense du CNRS ne me semble pas être la meilleure des causes possibles, surtout si on songe à ses labos de sciences humaines. C'est comme l'URSS : à force de faire n'importe quoi dans le registre "surclasse de bureaucrates à l'abri de toute évaluation" on perd toute légitimité à exister.Quant à l'Europe des régions, il serait aussi abusif d'attribuer la résurgence des nationalismes en France (Bretagne, Occitanie etc) à Bruxelles que l'éclatement de la Yougoslavie à l'action des services secrets allemands. Les impulsions extérieures jouent un rôle, mais les dynamiques internes aussi. Ceux dont l'accent fut tourné en ridicule quand ils faisaient des exposés à Paris ou qui n'ont découvert l'histoire de leur région qu'après avoir quitté l'école sauront de quoi je parle...