La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Le projet France

Dans les trois dernières semaines, j'ai d'abord reçu une candidature spontanée pour la petite entreprise que je dirige.

Ca tombe bien, je commence à crouler sous le travail, j'offre un stage à la candidate, fraîchement diplômée, qui a l'air très bien.

Elle me répond qu'en tant qu'algérienne, c'est un CDD, CDI ou rien, car son école ne fait pas de conventions de stage post-études. Comme je ne peux pas m'engager directement sur un CDI ou même CDD, elle envisage un retour en Algérie, faute de trouver un job - elle est formée en France, parfaitement francophone.


Dix jours plus tard, j'offre un stage, reçois une dizaine de CV, le meilleur est, là encore, algérien. Je le prends - il a déjà débuté - mais si je veux l'embaucher (ce que je compte faire) à l'issue de son stage, un ami me prévent que ce sera un parcours du combattant à la préfecture.


Entre ces deux épisodes, déjeuner avec un ancien collègue marocain. Son père est en France, il a étudié en France mais vit avec des permis de séjour. Il vient de refuser un job dans une boite française qui voulait l'envoyer au Maroc avec un contrat de droit local : il n'aurait pas pu revenir en France.


Dans le même temps, la Commission européenne va bientôt pouvoir distribuer des cartes d'immigrant en Union européenne (cartes bleues), à qui elle l'entend (cf. anciens billets l'autre carte bleue et carte bleue le retour). N'importe qui, au bon vouloir de la Commission (par exemple des pakistanais pour récompenser le gouvernement de son engagement afghan ou autre) pourra s'installer n'importe où sur le territoire des 27. Et, bien entendu, des italiens, allemands, anglais, espagnols ou autre sont libres de venir travailler en France dès qu'ils le veulent. Où est la logique ?


On marche donc sur la tête juste pour le plaisir de faire fonctionner à plein l'idéologie européenne : je me suis senti plus à l'aise directement avec ces trois francophones, qu'avec un britannique, un letton ou un allemand qui ne parleraient pas français. Mais du fait d'une politique totalement idéologique et imbécile - qui veut que tous les européens sont plus proches entre eux que ne peuvent l'être les nations européennes chacune avec d'autres nations - ce sont les deuxièmes qui peuvent venir s'installer en France dès qu'ils le souhaitent, pas les premiers.


Il faut sortir de ce piège européen. Pour cela, il faut opposer à l'Union européenne un projet. Pourquoi pas le projet France ? Puisqu'il s'agit de redonner à cette notion un contenu.


Dans un tel cadre, et pour ce qui est de la politique d'immigration, nous pourrions imaginer, si nous vivions dans un pays libre, de subordonner l'autorisation de séjour en France à la maîtrise du français, pour tout le monde, "européen" ou pas "européen". Et nous pourrions ouvrir plus largement les portes à des étudiants du monde francophone qui sont souvent plus français que des français.


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Fred 02/12/2008 23:34

Hé bien dans ce cas pourquoi ne point pousser l'audace jusqu'au bout ? Pourquoi ne pas tenter de créer un lobby pour une Union fraternelle franco-africaine ? Un lobby qui se proposerait de faire table rase du ressentiment colonial (au prix d'une opération vérité, lavage du linge sale comme cela se fit en Afrique du Sud) et de réaliser ce que la colonisation empêcha de faire : une union sur un véritable pied d'égalité ?Au fond, on peut se demander s'il n'existe pas deux alternatives possibles à l'euro-atlantisme et ses impasses, deux alternatives qui ne sont pas forcément incompatibles entre elles (parce que les deux sont compatibles avec l'idée de souverainté) : l'union franco-africaine d'un côté, le projet eurasiatique (Paris-Berlin-Moscou-Pékin) de l'autre.

edgar 02/12/2008 20:11

Fred, tu as raison en un sens, mon billet peut vaguement ressortir d'un fonds colonialiste ou assimilé. Il n'empêche que face à toute la propagande européenne qui veut qu'on se sente partout chez soi en Europe, je me suis senti plus chez moi à Ouagadougou que je ne me sentirais, je pense, à Riga.Par ailleurs, je n'ai rien contre des idées qui seraient perçues comme révolutionnaires, et je crois que celle que je fais l'est.

Fred 02/12/2008 11:43

Bon, je ne suis pas très sûr de vous suivre sur ces considérations relatives aux rivalités impérialistes ("il faut qu'on se positionne mieux que les US sur les marchés africains"). D'abord parce que, si l'argument est économique, il faudrait démontrer que le marché africain est plus intéressant que celui d'Europe centrale, ensuite parce que, si l'argument est culturel ("nous sommes culturellement plus proches du Maghreb que de la Lettonie") alors, il faut aller un peu plus au fond des choses. Je suis d'accord qu'il y a quelque chose d'un peu arbitraire dans le choix de cette Europe germanique, germano-papale (même si nous l'ouvrons peu à peu aux orthodoxes). Mais l'arbitraire est inhérent aux constructions politiques : n'était il pas arbitraire d'annexer à la France le Languedoc et la Corse, alors que la Belgique wallonne était géographiquement et culturellement bien plus proche de Paris ?
Le choix d'une union franco-africaine que je pose dans mon "Programme pour une gauche française décomplexée" est un défi intellectuel intéressant. Mais il faut être réaliste : personne d'aucun des deux côtés de la Méditerranée ne serait prêt à jouer le jeu de bonne foi dans le cadre politique. Idem d'une union euro-africaine. Ca ne pourrait marcher que dans un contexte quasiment révolutionnaire.

edgar 01/12/2008 19:58

Le mieux, c'est que si je reprends à mon compte la question de Mélenchon (t'en connais un letton ?) je passe pour un raciste, jusques et y compris aux yeux d'un giscardo-européen qui serait contre l'entrée de la turquie dans l'Union européenne pour des raisons qui fleurent bon le racisme de bas étage...
Hors la question de Mélenchon a un vrai fond. Pendant que nous payons huit milliards d'euros net pour les autoroutes lettones (et pou que les Tchèques et polonais accueillent des bases antimissiles américaines), les mêmes américains investissent en masse au Maghreb, nous piquant nos positions sur place.


Mancioday 01/12/2008 12:08

J'en pense que c'est une honte ! Je travaille moi même dans un cabinet de recrutement. Les problèmes que vous évoquez, je les connais moi aussi, malheureusement trop bien. Même un jeune bardé de diplômes, peine à obtenir un titre de séjour. La lourdeur administrative française est consternante dans ce domaine. Pour avoir vécu quelques rendez-vous avec des personnes qui vous annoncent, que faute de titres de séjour, elles retourneront au Maroc ou en Algérie, je peux vous dire que ça permet de mieux comprendre le sentiment de certains immigrés. C’est un véritable problème de société.
 
Je trouve que de plus en plus, le système d’immigration français se rapproche du système américain.  Et je crois que c’est loin, d’être un modèle à suivre, dans ce domaine.

balmeyer 30/11/2008 22:36

J'en passe que c'est très bien observé, ce sentiment de proximité qui serait théoriquement plus fort pour l'Europe des 27.
La France a un fort taux d'immigration : au lieu de décrire ceci comme un handicap, elle devrait en faire un atout, autant de liens forts vers l'Afrique, à l'heure où la Chine s'y implante.

Antoine Block 30/11/2008 17:03

J'en pense que je suis parfaitement d'accord avec vous, Edgar.
Encore faut-il admettre que cette idéologie administrative (qui veut que tous les Européens partagent une hypothétique "culture européenne" — faite d'origines gréco-latines, d'héritage chrétien et de pâleur de peau — et sont, de ce fait, ontologiquement plus proches entre eux qu'ils ne le seront jamais d'un quelconque moricaud d'outre-méditerranée) n'est que la transcription des idéologies nationales et des citoyens.
Partout montent les partis d'extrême-droite (et la France n'est pas en reste), lorsque ce ne sont pas purement et simplement les partis fascistes et nazis, partout les citoyens plébiscitent l'élévation de murs (d'abord administratifs avant que de barbelés et miradors bien réels, vous verrez) destinés à préserver la forteresse-Europe des coups de boutoir venus du sud, partout la majorité des petits patrons préférerait déposer le bilan plutôt que d'embaucher un Mamadou ou une Djamila… Le taux de chômage des personnes diplômées issues de l'immigration suffit donc à prouver que vous êtes une exception, Edgar.