La lettre volée

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Une pétition contre les lettres de cachet

Je ne suis pas d'extrême gauche et je n'ai même pas réussi à trouver la cohérence d'une pensée anti-capitaliste. Donc pas question pour moi d'aller poser des fers à béton sur des caténaires pour bloquer des trains, ou d'appeler à la révolte contre l'état oppresseur. Ces précautions oratoires étant prises, je relaie ci-dessous un appel des éditions La Fabrique et de la Revue internationale des Livres et des Idées, qui pétitionnent contre la détention de cinq des neuf de Tarnac.


Il apparaîtra peut-être ultérieurement que l'un ou plusieurs d'entre eux se sont rendus coupables d'actes nuisibles à la SNCF, ça n'en fait pas pour autant des terroristes à enfermer sans preuve.


Sur ce sujet, un article du JDD sur la légèreté des preuves policières, et un article de Giorgio Agamben dans Libération.


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Voici le texte de la pétition initiée par Eric Hazan et La Fabrique (éditions : http://www.lafabrique.fr) au sujet de l’affaire des neuf inculpations de la semaine dernière (les soi-disant "terroristes" du Comité Invisible).

Il est possible de la signer en renvoyant votre nom et votre qualité (profession ou absence de profession, statut ou absence de statut) à l’adresse suivante : lafabrique@lafabrique.fr


Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour «  association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ?
Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole.
Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ?
Où se situe la limite de la liberté d’expression ?
Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ?
Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers un ordre nouveau ?

La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.


(texte recopié sur le site HNS)





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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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