La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

L'euro qui nous protège dans la tourmente...

Les bonnes âmes (aidés par les propagandistes en chef de la pensée européenne, par exemple ici) nous assurent que l'euro nous a protégés de la tourmente financière et que si le Franc existait encore, nous serions sans doute en train de déterrer des glands dans les forêts pour nourrir nos enfants.

Ne niez pas, ça marche à tous les coups, je n'ai pas manqué d'être d'abord impressionné par l'argument, exprimé d'un air toujours très docte.

Et puis un article du Monde sur l'économie canadienne me montre que pour les médias dominants, le Canada n'est pas trop petit visiblement pour survivre seul. Voilà même un pays où "les exportateurs, durement touchés par la hausse du dollar canadien plus tôt dans l'année, profitent aujourd'hui de sa dépréciation". Sans blague ! Vous imaginez un article du Monde écrivant que les exportateurs européens, durement touchés, profitent de la baisse de l'euro ?

Voilà donc un pays qui se débrouille fort bien avec sa propre monnaie, laquelle se révèle, dans la tourmente financière, aussi stable que l'euro.

Comparez les deux graphiques suivants montrant les cours croisés euro/dollar US et dollar canadien / dollar US, sur les douze derniers mois :

 Euro contre dollar US

Dollar canadien contre dollar US


Comme aurait dit le regretté M. Desproges : étonnant, non ? L'euro, avec ses 318 millions d'habitants, n'est pas plus stable que le dollar canadien, avec les 33 millions d'habitants correspondants (oui, la moitié de la population française).

Certes, le Canada a procédé à des réformes importantes. Mais la France seule serait sans doute plus à même de les entreprendre que d'attendre, comme Soeur Anne, qu'elles viennent d'une coordination des 27...

Cela voudrait-il dire que comme le Brésil, Israël, le Canada, la Corée du Sud ou des dizaines d'autres pays, la France pourrait fort bien se passer du carcan de l'UEM ? La question est interdite, mais elle est bien réelle. Et faites l'exercice, amis honnêtes qui croyez encore en l'Europe : neuf fois sur dix, lorsqu'on vous vante les performances ou les bienfaits de l'Union, il s'agit de pure et simple propagande. Rien d'autre...

Quelques clics suffisent le plus souvent à le vérifier.
..



(pour faire de jolis graphiques historiques avec des taux de change croisés, c'est chez Fxtop)



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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Choume 16/11/2008 11:55

Dans l'absolu, oui, et d'ailleurs tel est en patique le cas du point de vue de l'investisseur pour évaluer le risque associé au prêt.Mais vous savez je suppose qu'une personne physique ou morale endettée rembourse ses dettes dans un certain ordre : certaines dettes sont prioritaires sur d'autres, les dettes les moins prioritaires ayant toutes les chances e ne jamais être payées, celles prioritaires ayant toutes les chances de l'être.Dans le cas des états, la dette d'état proprement dite est payée avant les autres. Donc, y compris pour un état très endetté comme le Canada, on prête moins cher à l'état qu'à ses régions, moins cher à ses régions qu'à ses villes, et moins cher aux villes qu'aux particuliers. Vous me direz alors qu'il suffit que l'état emprunte à la place de tout le monde pour que ça coûte moins cher, mais qu'est-ce qui vous garantit que les prêteurs voudront jouer le jeu ? Je suis tombé par hasard sur cet excellent article :http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/2008/11/10/ou-les-etats-trouvent-ils-largent-et-autres-questions-sur-la-dette-publique/

edgar 15/11/2008 14:07

je répliquais juste à Gus qu'il serait très naïf de ne se tenir qu'aux dettes de l'état central pour apprécier l'endettement réel d'un pays. L'expérience montre que même l'endettement privé doit être pris en compte, alors a fortiori celui des régions.De ce point devue, la France pourrait parfaitement défendre sa monnaie, de même que le Canada, ce qui était mon propos initial...

Choume 15/11/2008 14:02

Edgar : et alors ?Une dette privée garantie par l'état a exactement la valeur d'une dette publique : on la compare à la capacité de l'état à tenir ses engagements et puis basta. Et si la crédibilité de l'état concerné est inférieure, modulo prime de risque, à celle du Japon, on place son argent au Japon, qui accepte tous les capitaux à 0% mais a toujours payé toutes ses dettes et tient ses déficits.

edgar 15/11/2008 12:37

Sauf que la crise financière montre que même les dettes privées sont in fine fongibles dans la dette publique. Quand ça va mal, c'est l'état qui reprend à sa charge la dette de tous ceux qui sont too big to fail. Et les régions en font partie, et l'investisseur professionnel le sait très bien...

Gus 14/11/2008 18:59

Sav: exact.Maintenant, raisonnez du point de vue de l'épargnant : qu'une région ait des dettes colossales ou des déficits ahurissants est le problème des électeurs et de ceux qui prêtent particulièrement à cette région. Et ce n'est pas le problème de celui qui prête à l'Etat. Pour peu que celui-ci ait, en parallèle, une politique monétaire ne s'écartant pas trop des normes que la théorie financière aide à établir, l'Etat possède en plus le monopole de la violence légitimie et l'obliigation de l'utiliser pour payer ses dettes que n'ont pas les régions.à ce stade, vous devez avoir compris que suivre cette même stratégie est l'une des rares voies de sortie du piège dans lequel est tombée la zone Euro : déporter les déficits découlant de la politique étatique vers les régions pour rassurer les épargnants. C'est pourquoi je vous fais cette prédiction : si le PS revient un jour aux affaires, il poursuivra la politique de déport des dépenses publiques vers les départements, les communes et les régions. Car non seulement il sait aussi bien cela que l'UMP, mais, en plus, ce sont des socialistes français qui ont inventé le système (Delors, Lamy, Attali, Strauss-Kahn)

sav 14/11/2008 11:26

Gus,Attention, la réduction du déficit public canadien est en partie un leurre : l'Etat fédéral s'y est en grande partie défaussé sur les Etats et les régions qui se sont, quand à elles, lourdement endettées.Or, au Canada (comme aux US) le calcul de la dette publique n'est pas consolidé : les déficits locaux ne sont pas pris en compte :  dette publique =dette fédérale uniquement; alors qu'en France, dette publique=dettes de l'Etat+dettes des collectivités+dettes des administrations.La comparaison entre les déficits du Canada et de la France n'est donc absolument pas pertinente tant qu'on n'y intègre pas les déficits locaux.

edgar 14/11/2008 09:46

Pas du tout, tu es à 100% dans le vrai. J'avais écrit cela, à propos d'une citation de jean Monnet :"En 1950, et encore maintenant, l'Europe sert à l'Allemagne à récupérer son poids diplomatique perdu en 1945. Initialement, nous y gagnions le financement de la PAC. Aujourd'hui nous sommes contributeurs nets au budget européen. L'équilibre initial est donc rompu. Pour sortir de ce jeu imbécile qu'est l'Union il nous faut plaider pour que l'Allemagne retrouve son rang international, à commencer par un siège à l'ONU."L'Europe est une mauvaise réponse à la question de la renaissance de l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale.

olyvier 14/11/2008 09:29

Et si on envisageait ça d'un point de vue autre qu'économique (pour comprendre pourquoi le Shekel indépendant c'est formidable, mais le Franc c'est très mal),je veux dire : l'euro comme l'invention d'une "solution" à la persistance de la rivalité franco-allemande, rivalité "passée" à la question de la parité franc/mark. L'euro aurait agi comme un masque de la domination allemande, de l'hégémonie allemande ?J'erre peut-être.

Gus 14/11/2008 08:00

La crédibilité monétaire du dollar canadien à long terme vaut effectivement bien celle de l'euro si on considère les déficits publics (je dis bien déficits et pas dettes, hein...) comparés des deux zones.ça peut se comprendre : quand vous cherchez à placer du fric à dix-trente ans, faites vous confiance à un pays aux finances publiques assainies ou à un pays aux finances publiques restant à assainir ?