La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Elie Barnavi, docteur Europe

Elie Barnavi a failli me faire avoir un accident en plein Paris. Pour une rarissime fois je conduisais dans le centre (j'ai la chance de ne pas avoir de voiture) et j'entendais à la radio un bonhomme sur France Inter, déblatérer sur les nonistes et vanter l'ouverture de l'Europe bla bla. A tel point que je me suis écrié "...rd" en frappant mon volant (j'étais seul) à la quinzième formule du même tonneau propagandiste.

J'appris à la fin de l'émission qu'il s'agissait d'Elie Barnavi, thuriféraire de l'Europe en marche.

Je suis toujours un peu étonné de voir un ancien ambassadeur d'Israël en France s'exprimer à tout bout de champs sur ce que les européens doivent faire, en étant en plus conseiller du Musée de l'Europe ; et donc j'imagine rémunéré à cet effet pour nour faire des leçons permanentes de morale.

Pas que sur l'Europe d'ailleurs, puisque je lis que le 13 novembre il fait en Belgique une conférence sur les "ressorts du terrorisme à fondement religieux". Ca sent le truc très objectif.

Je note tout d'abord qu'il se garde bien de demander l'entrée d'Israël dans l'Union européenne : personne ne juge que ce pays de 7 millions d'habitants est trop petit pour avoir sa propre monnaie (ah, ils ne sont pas dans l'euro ?), ni pour mener sa propre politique internationale.

Toutes choses dont la France, avec ses 64 millions d'habitants est réputée incapable...

J'hésitais à lire son Europe frigide, pour savoir si une hauteur de vue particulière justifiait qu'on entende partout cet homme qui veut bien l'Europe pour les autres mais pas pour lui.

Une excellente note du Taurillon (tout arrive) me conduit à me sentir dispensé. Au risque de compromettre la carrière de son auteur (être repris élogieusement par Edgar, au Taurillon, ça doit tout de suite conduire à raser les couloirs...), j'en reprends quelques passages :

"je passe sur les utilisations du pronom « on », qui a toujours eu ce côté café du commerce, sur les injures stériles - les démagogues peuvent être des faibles d’esprit (p. 96), les maximalistes sont des imbéciles (p. 74), les traders sont survoltés et shootés à la coke (p. 136), une « ânerie » émane d’un « gauchiste attardé » (p. 137) - sur les formules à l’emporte-pièce - « La démocratie, elle, est un miracle de civilisation, et, comme tout miracle, une affaire infiniment fragile et proprement inexportable [3] » (p. 75), « nous vivons une situation internationale inédite : pour la première fois depuis les débuts de l’âge moderne, sinon depuis l’antiquité romaine (sic), le monde est privé d’un ordre international lisible » (p. 115) -, ou encore sur l’utilisation de citations anachroniques - faut-il vraiment s’exclamer « If you can’t beat them, join them » en parlant de l’installation de la papauté à Rome ? (p. 70)."

"Mais ce sont surtout les conclusions, ou plutôt les péroraisons, dont ce texte est chargé, qui gênent. [...] pour alléger les souffrances du Tiers Monde (p. 106), il faut modifier les modalités de l’aide au développement… constat bien établi depuis longtemps. Il faut contourner les « gouvernements corrompus » pour atteindre directement la société civile… sans nous dire si nous atteindrons les populations. « Le gros de l’aide doit aller à des projets précis - infrastructures, agriculture, systèmes éducatif et de santé - en payant le plus petit écot à la corruption »… idée à laquelle effectivement personne n’avait pensé."

Bref, Baptiste Thollon, du Taurillon, a de l'humour, et sa note se lit avec jubilation. Elle me convainc définitivement qu'Elie Barnavi n'a pas les bons remèdes pour l'Union européenne...






Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

Commenter cet article

edgar 20/11/2008 09:35

Merci Olyvier. Rien à ajouter si ce n'est en effet que structurer toujours plus et mieux l'Union européenne (en lui donnant de nouvelles compétences exclusives, en lui reconnaissant la personnalité juridique), c'est lâcher la proie pour l'ombre. Accepter de céder aujourd'hui le pouvoir, même limité, que l'on a sur les choses, au profit d'un pouvoir plus grand qui nous sera peut-être donnée dans une dizaine d'années, au mieux.Cette logique dure depuis 1957, et l'on n'en voit toujours pas les bénéfices. A quel moment faut-il ouvrir les yeux et constater un échec ?

olyvier 20/11/2008 08:43

Valéry : J'ai le sentiment (mais vous me direz peut-être...) que vous ne percevez pas totalement la critique républicaine du déficit démocratique européen.D'un point de vue souverainiste, la question démocratique n'est pas celle d'un certain nombre de modalités qui peuvent parfois aller dans un sens du respect du citoyen, de son autonomie, de ses garanties. Il s'agit plutôt, pour nous, d'une question de cadre dans lequel s'exerceraient ces droits, et sur la capacité collective d'opérer des choix politiques. L'Europe nous apparaît alors comme une dillution dans un ensemble toujours plus grand, dillution amoindrissant le pouvoir politique (donc démocratique) au profit d'une part des forces socio-économiques dominantes, et d'autres part d'une structure administrative haute, très acquise à une vision anglo-saxonne du fonctionnement sociale, et au fond, reflet des puissants.Toutes les fois où nous illustrons notre critique par les exemples concrets de l'histoire européenne récente, les européens nous disent : "justement, allons vers plus d'Europe et vous verrez". Et tous vos exemples d'avancées démocratiques à venir ("vous aurez le droit de vous associer pour défendre les paquerettes") tombent à côté de notre critique (et c'est alors que vous nous accuserez, forcément et selon un vocabulaire adorable, de "mauvaise foi"). Posé ce cadre, on perçoit à quel point c'est l'élargissement européen qui a fait apparaître la querelle sur la question démocratique en France et en Europe, alors que la petite Europe réunissait des gens comme vous et moi.

Valéry 19/11/2008 23:44

Du point de vue institutionnel tu ne peux pas parler de reculs : il n'y a que des avancées. Pour le reste... il n'y a pas grand chose dans le mini-traité.Tu penses à quelque chose de précis ou ce sont juste des imprécations de principe ?

edgar 19/11/2008 20:55

les avancées de lisbonne sont toutes cosmétiques et largement compensées par les reculs : renfocer un outil liberticide, même auprix de simulacres démocratiques, c'est une régression.Le seul avantage de lisbonne c'est la clause de sortie de l'Union.

Valéry 19/11/2008 20:07

"Je lis dans la réponse de Lamassoure que si Lisbonne passe, l'Europe deviendra d'un coup démocratique."Je confirme qu'il se fout de nous.QUe l'Europe ne soit pas parfaitement démocratique actuellement c'est un fait (en même temps la Ve Répubique française ne l'est certainement pas plus) : c'est précisément pour le changer que s'engagent les fédéralistes et c'est précisément pourquoi il faut la réformer, ce que fait le dit traité de Lisbonne ; dans le bon sens et de manière significative, c'est pourquoi il faut l'adopter.

olyvıer 12/11/2008 14:28

J avaıs eprouve la meme rage en ecoutant les Matıns, quand Elıe Barnavı fut l ınvıte de Baddou.Nous quı avons sı souvent faıt la lecon aux bellıgerants du proche-orıent en recevons une maıntenant, et elle est fort desagreable.Pour avoır souvent evoque l ıdee d un "sıonısme" francaıs (une ındependance farouche, une ambıtıon pour notre peuple et notre terre), je vıs presque douloureusement la sortıe de ce lıvre. J aı tant aıme Israel !

Fabien 12/11/2008 10:22

Je vois que les commentaires vindicatifs de Vxl ne plaisent pas. Pourtant, on a souvent aussi beaucoup d'agressivité dans le camp d' "en face", mais on ne s'en offusque guère. Bref.pour vous répondre sur les "subventions" : le Taurillon est le magazine en ligne des Jeunes Européens - France. Nous ne sommes que des bénévoles. Notre serveur est payé par la publicité sur le site. Par ailleurs, les Jeunes Européens - France reçoivent des subventions (nationales ou localement). Cela n'a aucune influence sur le site puisque nous n'avons aucun permanent. Il est vrai que c'est un défi permanent de produire (pour la version française) un article par jour avec le maximum d'auteurs différents. Nous sommes très heureux d'y arriver pour l'instant tout en maintenant une ligne claire et indépendante des partis politiques. Les procès en sorcellerie sont légions mais nous tenons le cap.

edgar 12/11/2008 10:12

Non, je vous rassure, je ne vous lis pas. Je dois dire que les interventions ras des paquerettes de VXL m'en avaient dissuadé.Je lis dans la réponse de Lamassoure que si Lisbonne passe, l'Europe deviendra d'un coup démocratique. Deux informations dans cette courte phrase : 1. l'europe n'est pas démocratique aujourd'hui, c'est une confirmation. 2. Lamassoure se moque du monde car il n'y a qu'une mésange de démocratie pour un rhinocéros de technocratie dans les institutions de Lisbonne.Le Taurillon n'a sans doute pas vocation à être le propagandiste des institutions européennes, peut-être. Mais pour être clair, le Taurillon, c'est combien de subventions ?

Fabien 12/11/2008 09:06

Heureux de lire que vous nous lisez... Le Taurillon n'a pas vocation à être le propagandiste des institutions européennes. Si les gens ont voté non en France en 2005, il y a des raisons.Sachez que Baptiste a aussi écrit une fiche de lecture du lire précédent d'Elie Barnavi et il en a dit le plus grand bien (difficile de dire autrement).Savez-vous que nous sommes entrain de faire un "buzz" sur les sites d'extrême-droite ? En effet, le droit de réponse exercé par Lamassoure est repris par plein de micro-sites car il y fait des déclarations sur le traité de Lisbonne qui ne leur plaise pas...

Gus 11/11/2008 14:30

Il y a vraiment des fois où je me demande si le Groland ne se situerait pas sur la rive orientale de la Méditerranée...