La lettre volée

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La crise financière attisée par les européens

Les tenants d'une Union européenne toujours plus intégrée savent faire feu de tout bois : chaque problème survenant n'importe où au sein de l'Union est la preuve immanquable d'un manque d'unité, et la démonstration mathématique qu'il faut donner plus de pouvoirs à l'Union européenne (air connu).

En matière financière, les mêmes sont donc depuis 10 jours à brâmer qu'il faut un plan Paulson européen (ils défrisent chaque fois que les Etats-Unis font quelque chose que l'Union ne peut pas. Complexe d'infériorité mal placé. Au passage, ils noteront que les états fédérés américains sont libres de fixer leur taux de TVA,eux...)

Il n'est cependant pas du tout certain que l'Union européenne ait besoin d'un quelconque plan financier. Ses ménages sont moins endettés et les banques semblent jusqu'ici plus solides  - sauf si les européens continuent à jouer les imbéciles -, car moins engagées dans des financements spéculatifs. La Banque centrale européenne a déjà toute latitude d'injecter toutes les liquidités nécessaires, ce qu'elle ne se prive pas de faire.

Jusqu'ici, les états nationaux ont pu soutenir, quand c'était nécessaire, les banques défaillantes. Et le sauvetage de Dexia, dans laquelle la France a su mettre bien plus de fonds que ce que son pourcentage de détention exigeait, montre que les états savent, quand c'est nécessaire, surmonter les "égoïsmes nationaux".

Donc les insensés qui souhaitent absolument que l'Union européenne copie les USA en tous domaines sont des pompiers pyromanes. Ils feraient mieux de se mettre à la place d'un trader moyen : voilà dix jours que toute l'Union crie "quel malheur, nous n'avons pas de plan Paulson". Comment ne pas en conclure, quand on est trader moyen, qu'il y a des loups dans les comptabilités bancaires européennes ?

Résultat de ces comportements irréfléchis (assez initiés par la Présidence française d'ailleurs), l'euro perd 17% de sa valeur depuis son plus haut de juillet (Quatremer ne s'en vante pas, lui qui ne cesse de rappeler combien le Franc aurait perdu dans une crise équivalente...)

A mon humble avis, ce n'est pas le moment pour crier bien haut les faiblesses de l'Europe. Avant que Philippe Val ne fasse sa chronique de vendredi matin sur Inter pour réclamer un plan Paulson européen, que les pompiers pyromanes deviennent un peu responsables, qu'ils fassent passer l'intérêt commun avant leur lubie européenne, et qu'ils se taisent. Plus tard, ils pouront continuer à élucubrer.

*

Post scriptum : j'ai l'impression que Sarko est plus intéressé par le renforcement des pouvoirs de l'Union dans cette affaire que par autre chose. Ne se verrait-il pas en premier président stable du Conseil européen ?

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gus 07/10/2008 12:39

Tout à fait d'accord avec vous sur le fond : comme on dit chez les maîtres de la finance "given enough thrust, even pigs can fly". Mais alors, plus dure est la chute.

edgar 07/10/2008 09:10

Peut être bien Gus, mais crier avant même tout besoin, qu'il faut un plan Paulson européen c'est comme se ballader dans une poudrière avec une mèche allumée...En matière de paniques bancaires, mieux vaut, dans les déclarations publiques, ne pas en rajouter...

Gus 07/10/2008 07:10

"car moins engagées dans des financements spéculatifs."Ne pariez pas trop là-dessus... La liberté de circulation des capitaux érigée en principe fondateur de l'Union avait précisément pour but de rendre les établissements financiers européens solidaires des établissements américains. Et, voilà, nous y sommes.