La lettre volée

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Pierre Mendès-France : Dire la vérité. Causeries du samedi

Tombé en librairie sur une excellente collection qui se donne comme projet de rassembler des textes historiques importants (Texto, chez Tallandier. Voir leur site)

Pour mon premier achat, aucun regret. J'ai beaucoup aimé ce recueil de l'intégrale des causeries de Pierre Mendès-France, Premier ministre.

D'un homme que je ne connais que par ses biographes, j'ai aimé découvrir un ton patelin, presque paternaliste, alors même qu'il n'a pas chômé pendant ses quelques semaines de pouvoir (le 24 décembre 1954 : " [...] Mais Noël est aussi la fête des enfants. C'est comme un anniversaire qui serait le même pour tous les enfants du monde. Depuis des semaines ils attendent ce jour merveilleux. Les tout-petits ont colorié en secret, pour leurs parents, des voeux de Noël. Partout de petits sapins sont venus prendre racine dans nos maisons. Partout des petits garçons et des petites filles mettront ce soir, avant de s'endormir, leurs souliers dans les cheminées...")

PMF est aussi cependant, et surtout, exigeant. Il rend compte de son mandat au milieu même de son exercice (populisme ! dirait-on aujourd'hui), en faisant appel aux capacités de réflexion des citoyens. De fait, plus de cinquante années après, ses textes se relisent encore, comme des leçons d'histoire.

Je n'essaierai pas de détailler les positions de Mendès. Je veux juste citer les deux ou trois idées qui m'ont étonné ou qui m'ont rendu PMF encore plus sympathique.

1. il n'est pas atlantiste du tout. Il rappelle à plusieurs reprises le besoin de se rapprocher de l'Europe de l'est.
2. Il est farouchement patriote. A maintes reprises il exprime sa conviction que la France est capable de grandes choses, avec ses voisins, mais sans cadre imposé de l'extérieur.
3. Ce n'est pas une surprise, mais l'homme qui, en 1957, rejeta le Traité de Rome, trop libre échangiste, n'a rien d'un ardent européen. Il est plus élogieux sur la Charte des Nations Unies que pour quoi que ce soit qui relève de gesticulations européennes.

Après le 30 août 1954, qui a vu l'Assemblée nationale rejeter l'instauration d'une défense "européenne" (américaine en réalité), il exprime fermement ce qu'il aurait pu dire trois années plus tard s'il avait pu s'opposer victorieusement au Traité de Rome :

"Si nos partenaires sont déçus, parce que notre réponse, sur la CED, après avoir tant tardé, s'est avérée finalement négative, du moins nous n'avons plus à souffrir du discrédit qui entoure fatalement ceux qui n'osent dire ni oui ni non et ceux qui, en demeurant immobiles, arrêtent la marche des autres".


Je garde au chaud ces trois lignes pour l'homme politique français qui sortira la France de l'Union européenne.



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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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