La lettre volée

Notes et idées : Politique, Bandes dessinées, Polars, Media, Actualité, Europe...

Racontez vos vacances...

Je m'en garderai bien, amis lecteurs...

Juste quelques notes pour remettre les compteurs à zéro et évoquer trois sujets sur lesquels l'envie d'écrire m'a démangé - je n'en ai rien fait, j'ai eu trop peur de mettre du sable dans mon clavier...

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L'affaire Siné a fait pas mal de vagues, et en fera encore puisqu'un procès se prépare. J'en pense pas mal de choses. Tout d'abord, les lignes de Siné incriminées étaient effectivement nauséabondes. Remuer l'association juifs/réussite sociale avec une visée polémique n'est jamais utile (même si un auteur l'a tenté encore récemment dans une revue fort prestigieuse).

Il reste que Val aurait mieux fait d'une part de lire les papiers publiés par la revue qu'il dirige avant publication. Il aurait été bon d'ailleurs que la LICRA assigne également Charlie Hebdo dans le procès à venir - Val est ainsi exonéré à trop bon compte.

Ensuite, les événements ayant abouti au départ de Siné sont révélateurs du fonctionnement étrange de la presse française. Il aurait été viré parce qu'ayant refusé de présenter des excuses pour son papier, après que  Claude Askolovitch, du Nouvel Obs, aurait rapporté que Jean Sarkozy et sa future épouse avaient été blessés. On se pince pour se demander comment de tels ragots peuvent bien déclencher le départ d'un journaliste. Val aurait mieux fait de tenter un mea culpa et de protéger son rédacteur, s'il avait deux sous de considération pour son rôle de Directeur de la publication.

Au lieu de cela, on a une querelle assez malsaine, où se multiplient les accusations d'antisémitisme, dont l'agitation inconsidérée n'est jamais bonne (cf. Joffrin écrivant, pour féliciter Val, qu'en matière de judaïsme, on ne choisit pas sa race, beurk).

Personne ne sort donc grandi de cette querelle d'été, qui risque de rebondir encore.

*

Autre sujet déjà lointain, l'adoption de la Constitution. Il ne fallait pas la voter, pour plein de raisons notamment parce que Sarkozy n'est plus légitime pour modifier notre constitution après son crime du 4 février, et parce qu'elle ne modifie rien d'essentiel.

*

L'Ossétie aussi. Frappé de voir la réaction initiale des médias, violemment antirusse, jusqu'à la caricature de Libération, avec François Sergent à la limite de la désinformation
. A tel point qu'il faut que ce soit Alain Minc qui en appelle à la raison, toujours dans Libé, rappelant notamment que l'Ossétie est Géorgienne par une décision de Staline, et que l'Europe, ayant reconnu l'indépendance du Kosovo, n'a guère de leçon à donner aux Ossètes, majoritairement pro-russes. S'il faut reconnaître un droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, autant qu'il soit ouvert à tous.

Sur une affaire connexe, celle de l'installation de missiles en Europe de l'Est par les USA, que dirait-on si Moscou voulait en installer à Cuba ou au Mexique ?

Bernard Guetta est donc à juste titre très compréhensif vis-à-vis de la Russie, mais bien naïf dans ses souhaits. Il voudrait en effet, pour en finir avec ces crises Ukraino-georgiennes, présente et à venir : "l’ouverture d’une perspective d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Union européenne ; l’abandon de l’élargissement de l’Otan ; le retrait des troupes russes de tout le territoire géorgien et l’octroi à l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud d’une pleine souveraineté dans le cadre d’une Géorgie fédérale".

Je ne pense pas en effet que l'adhésion éventuelle de l'Ukraine et de la Géorgie à l'Union européenne puisse être assortie d'une clause de non appartenance à l'OTAN. Les deux sont évidemment faits pour marcher de pair, comme le montrent bien les multiples mentions de l'OTAN dans les différents traités constitutifs de l'Union. L'Union n'est qu'un carcan juridique supplémentaire garantissant la pérennité de l'ancrage OTAN de ses pays membres.

Je ne crois pas non plus à la "pleine souveraineté de l'Ossétie et de l'Abkhazie dans le cadre d'une Géorgie fédérale". Cela m'apparaît comme un plaidoyer pour un cercle carré. L'Ossétie du Sud doit être rattachée à celle du Nord, et l'Union européenne devrait reconnaître le nouvel état qui en sortira, comme elle l'a fait pour le Kosovo. Bien évidemment, elle n'en fera rien.

Encore un sujet sur lequel l'Union n'a pas été utile, contrairement à ce qu'écrit Minc en conclusion de son papier...


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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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edgar 19/08/2008 17:01

Il y a une imposture européenne classique qui consiste à expliquer chaque échec par une insuffisance de pouvoirs au niveau central.Factuellement, on peut déjà rappeler ceci "depuis le traité de Maastricht de 1992, l'Union européenne met en œuvre une politique étrangère et de
sécurité commune (PESC) avec plusieurs objectifs, dont l'affirmation de
ses valeurs au niveau international et la stabilisation des zones de
crise."aussi : "Par ailleurs, afin de renforcer ses moyens d'action dans le domaine de
la sécurité et de la défense, l'Union s'est dotée avec le traité de Nice d'une Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) qui constitue ainsi le volet de la PESC consacré aux questions de sécurité."enfin : "La politique étrangère et de sécurité commune
de l'UE est représentée à l'étranger par la présidence, assistée par le
Secrétaire général du Conseil, qui exerce les fonctions de Haut
Représentant pour la PESC. Javier Solana, ancien ministre des affaires étrangères espagnol, exerce actuellement cette fonction."Il y a donc déjà tout plein de choses pour que l'Union européenne s'active si elle le souhaite.Je ne réclame cependant rien en la matière, je souhaite que la France conserve une politique extérieure propre.Comme ça c'est plus clair.Bonne rentrée à toi aussi  :-)

Seb 19/08/2008 12:08

L'Europe n'a pas de politique étrangère commune. Tu te souviens, c'étais dans les textes que tu as rejeté en 2005 puis tant souhaité voir contrer par les irlandais récemment...Tu ne peut pas critiquer l'Europe car elle ne fait pas assez et la critiquer lorsque elle te propose de se donner les moyens d'en faire assez !Bonne rentrée cher Edgar :-)

edgar 19/08/2008 10:48

La nature de ses propos se discute, et c'est bien ça le problème. Aurait-il écrit "Jean Sarkozy se convertit au protestantisme pour épouser une fille Peugeot ?"ou "au catholicisme pour épouser une fille Michelin ?" On ne sait pas. Et sa plaisenterie, etlle quelle, pourrait parfaitement passer dans une revue d'extrême-droite.A mon sens elle n'aurait pas dû passer.Après, le festival de conneries de BHL/Joffrin en dit surtout long sur le désarroi de la gauche centriste, qui n'a aujourd'hui comme seule justification existentielle de ne pas être l'extrême-gauche (voyez comme ils sont méchants à ma gauche, je suis donc forcément le meilleur).

DiadoreCronos 18/08/2008 20:09

Je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis sur Siné: sans vouloir faire de lui un héros, ses propos du 2 Juillet ne sont pas antisémites, tout comme nombre de propos "racistes" qui lui sont prêtés ne le sont qu'en vertu d'une fausse compréhension du racisme. Logiquement, on ne peut pas accuser Siné d'avoir écrit "Juifs=Argent+Pouvoir". Il a écrit -en ne faisant que reprendre une information diffusée ailleurs dans la presse, qui s'est révélée en partie fausse- qu'il y avait au moins une femme juive et riche et Jean Sarkozy allait se convertir (ce qui serait faux) au judaïsme, sans doute pour faciliter son mariage. Cette interprétation là, qui n'est pas antisémite, est celle qui a été défendue par Siné.Ce qui est grave dans cette affaire - sinon elle ne mérîte pas 10 secondes d'attention - est que certains, BHL en tête, ne veulent plus interprêter les propos -surtout ceux de leurs adversaires politiques- par la logiques, mais par l'amalgame, la référence à un vague "contexte" d'antisémitisme séculaire (voir le chiffon de BHL "De quoi Siné est-il le nom?"). Plus grave, il est allé jusqu'à écrire qu'une "oreille française" ne pouvait interpréter les propos de Siné autrement que comme antisémites! En lisant cela, je me suis tout d'un coup aperçu que selon le grand filozoff de notre temps, j'étais apatride !