La lettre volée

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1923, l'hyperinflation allemande

Voilà à quoi ressemblait la vie d'un fonctionnaire prussien.

Le 31 ou le 1er du mois, mon père touchait son traitement, qui représentait notre unique moyen d'existence, les bons de caisse et les bons d'épargne étant dévalorisés depuis longtemps.

Il était difficile d'estimer la valeur de ce traitement, qui changeait d'un mois sur l'autre ; une fois, cent millions pouvaient représenter une somme respectable, peu de temps après un demi-milliard n'était que de l'argent de poche.

Quoi qu'il en fût, mon père essayait toujours d'acheter le plus rapidement possible une carte d'abonnement mensuel pour le métro, afin de pouvoir au moins assurer les trajets entre son lieu de travail et son domicile, bien que ce moyen de transport entraînât un détour considérable et une perte de temps.

Puis on signait des chèques pour le loyer et les frais de scolarité, et l'après-midi tout le monde allait chez le coiffeur. L'argent qui restait était remis à ma mère.

Le lendemain, tout le monde, y compris la bonne mais à l'exception de mon père, se levait à quatre ou cinq heures du matin pour se rendre en taxi au marché de gros.

On achetait en grand, et une heure plus tard le salaire mensuel d'un conseiller au gouvernement était transformé en denrées alimentaires non périssables. On chargeait dans le taxi des fromages gigantesques, des jambons entiers, des quintaux de pommes de terre.

S'il n'y avait pas assez de place, la bonne et l'un d'entre nous se procuraient une charette à bras. Vers huit heures, avant le début des cours, nous rentrions à la maison, les provisions plus ou moins assurées pour tenir un siège d'un mois. Et c'était fini. pendnat tout un mois, on ne voyait plus un sou.

 

Sebastian Haffner. Histoire d'un allemand.

 

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Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Gérard Couvert 04/12/2011 16:31


 Une inflation consécutive à un retour à la monnaie nationale serait parallèle à la baise du chômage elle liée à la reprise de nos exportation et à la limitation des importations obscènes
(ce que Dupont-Aignan nomme le protectionnisme intelligent).


La modification du rapport de profit entre le travail et le capital participerait du phénomene de relocalisation.


Sauver l'euro c'est sauver l'Europe (et j'escompte que l'inverse soit vrai également), c'est sauver la mondialisation financière, c'est sauver la prééminence des États-Unis.


C'est ensuite que les problèmes se posent, car par quoi remplacer cette prééminence des États-Unis ?

FrédéricLN 04/12/2011 16:02


@ gerard Couvert : "Que les allemands n'aient plus envie d'une hyper inflation, après tout on peu
les comprendre, mais en quoi cela nous concerne ? à l'époque ou j'ai eu mon premier compte en banque, l'inflation avoisinait les 13%, mais les file d'embauche devant les usines étaient
inexistantes et la dette aussi."


Justement. A l'époque, il y avait si peu de chômage que les travailleurs et leurs syndicats, quand
les prix augmentaient de 13%, étaient en mesure d'obtenir des patrons des augmentations de 13 ou 15%.


Aujourd'hui, 5% d'inflation, cela voudrait dire 5% de pouvoir d'achat en moins pour les travailleurs, retraités et chômeurs… épicétou.

Gérard Couvert 02/12/2011 23:27


Donc le pire n'est pas à venir ?


Reste que cet Allemand trouve des jambons, des fromages, des quintaux pommes de terres, paie l'école de ses enfants, son loyer ... il a une bonne et prend le métro ! c'est pas la misère quand
même ! Regardez les images de ce bon Adolphe dans sa brasserie munichoise, les gens n'y paraissent pas malheureux.


L'opinion américano-bruxelloise d'un nazisme né du traité de Versailles est une infamie, d'ailleurs la république que nous nommons "de Weimar" avait assez bien réussi puisque elle est le socle
qui en 5 ans va permettre à Hitler (et ses commanditaires souterrains) de construire une machine de guerre considérable.


Que les allemands n'aient plus envie d'une hyper inflation, après tout on peu les comprendre, mais en quoi cela nous concerne ? à l'époque ou j'ai eu mon premier compte en banque, l'inflation
avoisinait les 13%, mais les file d'embauche devant les usines étaient inexistantes et la dette aussi.

edgar 02/12/2011 22:27


Pas du tout ! Juste rappeler que même si l'hyperinflation n'est pas responsable de la montée du nazisme, les allemands ont de bonnes raisons d'en garder un mauvais souvenir.

Gérard Couvert 02/12/2011 21:40


Je m'interroge .. Edgard voudrait-il nous dire qu'il faut nous préparer au pire ?


Bon si vous savez encore faire du vélo, j'aurais toujours des oeufs dans ma ferme ariégeoise.