La lettre volée

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Les sophismes de Varoufakis, souverainiste européen

La fièvre nationaliste s'est emparée de Yannis Varoufakis. Je lui reprochais, depuis longtemps, de vouloir maintenir son pays dans l'euro, à toutes forces.

Voilà maintenant qu'il entend faire la morale aux tenants du Brexit, dans un billet publié dimanche, avec deux arguments totalement spécieux :

 

1. Les partisans du Brexit voudraient rester dans le marché commun mais pas dans l'Union européenne. Hors, pour réguler le marché commun, il faut des règles et donc un état européen (l'Union européenne). A mon avis les partisans du Brexit ne s'attachent pas tant au marché commun qu'au libre-échange, et le libre échange est possible hors de l'Union européenne, dans le cadre de l'OMC par exemple.

 

Par ailleurs, je vois mal l'UE refuser longtemps des accords bilatéraux avec un Royaume-Uni post-brexit. Si le libre-échange est mutuellement avantageux, pourquoi l'UE irait-elle se tirer une balle dans le pied après s'être pris une belle baffe ?

 

2. Le Brexit signifierait, pour Varoufakis, la fin de l'UE, et la fin de l'UE c'est le retour des années 30. Pour l'économiste, post Brexit, l'UE éclaterait, condamnant la zone Allemagne à la déflation, et le sud de l'Europe à la stagflation. Ce sont deux postulats en réalité, que Varoufakis résume en un seul : il faut admettre à la fois que l'UE ne résisterait pas au Brexit, et qu'ensuite le démantèlement de l'UE serait un cataclysme économique. Pour quelqu'un qui a consacré de longues pages à expliquer la logique démente de l'euro, comme l'a fait Varoufakis, c'est assez acrobatique de convaincre le lecteur que la fin d'un système dément peut être encore plus démente. Ce n'est pas impossible, mais on peut aussi penser que les pays de l'Union rendus à eux-mêmes pourront, chacun, adopter enfin une combinaison de politiques budgétaire, monétaire et industrielle appropriées. C'est un sacré pari sur la nature humaine que d'imaginer que chacun des 27pays de l'Union, post-dissolution de l'UE, s'empresserait de mener les politiques les plus susceptibles de le mener à l'abîme. Par ailleurs, Varoufakis ne dit pas un mot d'une hypothèse tout aussi forte que ce qu'il redoute : que l'Union européenne maintenue s'effondre toute seule, victime de ses politiques ineptes, justement parce que personne n'aura voulu les interrompre, faute d'avoir obtenu l'accord de tous pour en finir. 

 

C'est Schauble qui doit rire en tout cas. Ce que je crois c'est qu'on a, avec Varoufakis, un bon exemple de patriote européen, si l'on est gentil, ou de nationaliste (et souverainiste) européen. Un économiste qui pèse parfaitement ce que coûte à son pays d'origine l'euro et ses disciplines, mais qui préfère les endurer plutôt que de perdre le super-état en cours de création. Et qui n'hésite pas à jouer la politique de la peur. Je préfère à ce discours inaudible celui d'un Boris Johnson, qui dénonce clairement la politique de la peur dont abusent les souverainistes européens.

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À propos

Edgar

blogueur parisien depuis 2005

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Tietie007 28/08/2016 18:48

La Grande-Bretagne n'était dans l'espace Schengen, ni dans la zone euro. La Suisse était à la limite mieux intégrée à l'espace européen que la Britanie. Personne ne regrettera ces anglais qui n'ont jamais joué le jeu.

gilles 19/03/2016 21:42

Varoufakis est à la manoeuvre avec DiEM25 pour la n ième tentative de nous faire croire qu'Une Autre Europe Est Possible, ce qui a toujours été un stratagème conscient ou inconscient pour nous faire accepter le processus « construction » européenne et ses résultats qu'ils s'appellent Communauté Économique Européenne ou Union Européenne.



Edgar, puisque tu t'intéresses aux oeuvres d'Alain Supiot que penses-tu de cet article qui reprend quelques éléments du Livre : { Au-delà de l’emploi sous la direction de Alain Supiot. Nouvelle édition augmentée de « Les voies d’une vraie réforme du droit du travail » 2016 – }
http://www.pauljorion.com/blog/2016/03/13/a-propos-de-au-dela-de-lemploi-sous-la-direction-de-alain-supiot-par-gaelle-peneau/#more-83439

Simon 04/03/2016 12:39

EU superstate would have no democratic legitimacy, warns euro architect
Suite à mon commentaire de hier (?), notre destin se prépare. Nous le découvrirons après les élections de 2017.

Simon 04/03/2016 21:23

Vous me flattez. Je n'ai pas le talent pour mériter la censure. Juste à propos du Brexit, je m'inquiète à la poussée fédéraliste qui déferlerait si nous Britanniques votons pour sortir. Les éditos Marianne, et peut-être les paroles d'Ayrault, donnent le ton. Une (la) grande obstacle saute. Un vent de panique souffle. Les convaincus, qui n'ont renoncé en rien, vont se dire « maintenant en fait l’Europe comme on aurait dû depuis longtemps. »
Et puis aujourd’hui je croise cet article du Telegraph (goo.gl/gjj0eA), qui dit entre autres que rien ne se fait avant les élections de 2017 en France et en Allemagne. Ça serait bien quand même si les pas-encore-convaincus essayaient de tirer la lumière sur ce qui peut-être se préparent ?

edgar 04/03/2016 16:48

je nai pas reçu de commentaire hier (je ne censure aucun commentaire a priori, et quand je le fais a posteriori je l'indique toujours !